Les taxes de Trump sur des biens mexicains nuisent à l’auto

Selon les estimations, l’automobile représente 75 milliards de dollars des 350 milliards de dollars d’importations mexicaines.
Photo: Pedro Pardo Agence France-Presse Selon les estimations, l’automobile représente 75 milliards de dollars des 350 milliards de dollars d’importations mexicaines.

La menace de Donald Trump d’imposer d’ici le 10 juin des tarifs douaniers de 5 % aux biens mexicains a fait l’effet d’une bombe dans l’industrie automobile américaine, qui produit beaucoup au Mexique, pays à la main-d’oeuvre abordable. Globalement, l’imposition par la Maison-Blanche de ces droits de douane va durement affecter les économies américaine et mexicaine, intimement liées depuis un quart de siècle par un accord de libre-échange.

L’onde de choc a été telle que la Chambre de commerce des États-Unis envisage de porter l’affaire en justice pour empêcher M. Trump de passer à l’acte, selon plusieurs médias. Une opposition qui se retrouve jusqu’au coeur du gouvernement : le Wall Street Journal croit savoir que Robert Lighthizer, l’homme fort des négociations commerciales, était opposé au projet du président. Un porte-parole de M. Lighthizer a toutefois déclaré à l’AFP que ce dernier « soutenait le président et ce qu’il fait ».

Risque important

« Avec des importations de marchandises en provenance du Mexique ayant atteint 350 milliards de dollars l’an dernier et des exportations de biens vers le Mexique de 270 milliards, les échanges commerciaux entre les deux pays sont fortement intégrés », résume Gregory Daco, économiste chez Oxford Economics. En outre, comme de nombreuses marchandises — à l’instar des pièces détachées automobiles — traversent la frontière plusieurs fois avant que le produit fini ne sorte d’usine, les tarifs douaniers représentent un risque important pour l’activité commerciale de part et d’autre de la frontière.

Et dans le scénario du pire, avec un taux de 25 % de droits de douane sur toutes les importations en provenance du Mexique, Oxford Economics a calculé que la croissance du PIB américain serait amputée par au moins 0,7 point de pourcentage l’année prochaine, tombant à +1 % ou moins tandis que le Mexique entrerait en récession.

Les consommateurs américains, friands de nombreux fruits et légumes frais de saison, devraient être en première ligne. Car le Mexique est la première source d’approvisionnement de produits agricoles importés aux États-Unis. Et les importateurs vont devoir arbitrer la question d’imputer tout ou partie des droits de douane sur la nourriture, car les marges de bénéfice dans le secteur sont faibles, explique Dave Salmonsen, spécialiste de la politique commerciale pour la principale fédération agricole, l’American Farm Bureau Federation. À la faveur du conflit entre Washington et Pékin, Mexico a en effet gagné une place dans le trio de tête des débouchés pour les biens agricoles américains.

Impact automobile

Autre industrie clé de l’économie, qui pourrait subir les effets dévastateurs, le secteur automobile : les constructeurs ont des chaînes d’approvisionnement totalement intégrées sur tout le continent nord-américain.

General Motors : environ 29 % des pièces contenues dans les voitures vendues par le premier groupe automobile américain aux États-Unis proviennent du Mexique, selon Deutsche Bank. Près de 13 % des véhicules vendus aux États-Unis par le géant de Detroit sont produites dans ses usines mexicaines.

Avec des importations de marchandises en provenance du Mexique ayant atteint 350 milliards l’an dernier et des exportations de biens vers le Mexique de 270 milliards, les échanges commerciaux entre les deux pays sont fortement intégrés

Ford : 17 % des voitures de la marque à l’ovale bleu contiennent des pièces détachées fabriquées au Mexique et 17 % des voitures « Made in Mexico » sont commercialisées sur le sol américain.

Chez Fiat Chrysler, 24 % des pièces des voitures viennent du Mexique et 18 % des véhicules vendus aux États-Unis y ont été assemblés.

Le pire pour les constructeurs américains est que ce sont les grosses voitures aux marges lucratives qui risquent d’être le plus affectées. Sur les 585 581 exemplaires du camion Chevrolet Silverado de GM écoulés aux États-Unis l’an dernier, environ 40 % (242 974 unités) avaient été assemblés au Mexique. La proportion est de 36 % pour le GMC Sierra. Chez Fiat Chrysler, 11 % des 536 980 camions RAM, une des locomotives des ventes avec les VUS Jeep, vendus aux États-Unis provenaient du Mexique.

Le nouveau VUS de GM, le Chevy Blazer, sur lequel compte le groupe de la p.-d.g. Mary Barra pour bousculer ses concurrents cette année, est produit au Mexique.

Nissan est l’un de ceux qui seront le plus affectés. Près de 45 % de sa production en Amérique du Nord est au Mexique. Environ un quart des véhicules que le groupe écoule aux États-Unis y est fabriqué et 9 % des pièces contenues dans ses voitures en proviennent. Quant à Toyota, 3 % des véhicules vendus aux États-Unis sont assemblés au Mexique, 5 % pour Honda. BMW, Volkswagen, Audi et Mercedes ont aussi des usines au Mexique.

Ces droits de douane pourraient rogner le bénéfice d’exploitation de GM de 6,3 milliards de dollars, celui de Fiat Chrysler de 4,8 milliards et celui de Ford de 3,3 milliards, calcule Deutsche Bank. La facture serait de près de 2 milliards pour Nissan. « Nous pensons que les tarifs douaniers supplémentaires vont sans aucun doute être répercutés sur les consommateurs par les constructeurs, sous la forme d’une hausse des prix des voitures d’en moyenne 1300 $US par véhicule », affirme Deutsche Bank.

JPMorgan Chase estime que l’automobile représente 75 milliards de dollars des 350 milliards de dollars d’importations mexicaines. Donc, 5 % de tarifs douaniers signifie qu’il faudra que quelqu’un paie 3,65 milliards.