Fiat Chrysler propose une fusion avec le constructeur français Renault

Les divisions de la compagnie Fiat Chrysler Automobiles, affichées par un marchand de Turin, en Italie
Photo: Marco Bertorello Agence France-Presse Les divisions de la compagnie Fiat Chrysler Automobiles, affichées par un marchand de Turin, en Italie

Marier Fiat Chrysler (FCA) et Renault pour donner naissance au numéro trois mondial du secteur, pesant plus de 30 milliards d’euros en Bourse ? L’offre présentée lundi par le constructeur italo-américain, saluée par les marchés et l’État français, pourrait bouleverser l’industrie automobile mondiale, à commencer par le rapport de forces entre le français et son allié japonais Nissan.

Ce rapprochement donnerait naissance au troisième « fabricant d’équipement d’origine », avec des ventes annuelles de 8,7 millions de véhicules et une « forte présence dans des régions et segments clés », a estimé Fiat Chrysler dans un communiqué. Le portefeuille des deux groupes est « large et complémentaire, et fournirait une couverture complète du marché, du luxe au segment grand public », a-t-il ajouté.

C’est d’un mariage dit « entre égaux » qu’il est question : la nouvelle entité serait détenue à 50 % par les actionnaires du constructeur italo-américain et à 50 % par ceux de Renault et serait cotée à Paris, à New York et à Milan.

FCA et Renault, qui fabriquent des voitures populaires, auraient la possibilité de partager de nombreux éléments techniques : Renault son savoir-faire dans l’électrique et Fiat Chrysler une part de marché importante en Amérique du Nord, avec de gros SUV et pick-up particulièrement rentables.

FCA a assuré que la fusion ne se traduirait par aucune fermeture de sites de production, tout en évoquant des synergies annuelles supérieures à 5 milliards d’euros.

Un peu plus tôt, la porte-parole du gouvernement français, Sibeth Ndiaye, avait déclaré que Paris, actionnaire à 15 % de Renault, était « favorable » à cette alliance. Pour sa part, le conseil d’administration du groupe Renault a exprimé lundi son « intérêt » pour le projet de fusion entre égaux. « Après avoir revu attentivement les termes de cette proposition amicale, le conseil d’administration de Renault a décidé d’étudier avec intérêt l’opportunité d’un tel rapprochement, confortant l’empreinte industrielle du Groupe Renault et générateur de valeur additionnelle pour l’Alliance » avec Nissan et Mitsubishi, a déclaré le groupe au losange.

« Si cette fusion se concrétise […], cela pourrait requérir plus d’un an », a estimé le patron de FCA, Mike Manley, dans une lettre aux employés dugroupe.

Et Nissan ?

Selon une source proche du dossier, cette annonce est l’aboutissement de « discussions qui avaient commencé sous Carlos Ghosn », l’ancien patron emblématique du constructeur français, mis en examen au Japon pour des malversations financières. Son arrestation fin novembre a déclenché une crise entre Renault et son allié japonais Nissan (qui contrôle Mitsubishi Motors), à l’origine des révélations qui ont déclenché l’enquête.

8,7 millions
Ce sont les ventes annuelles de véhicules qui résulteraient de la fusion entre les deux compagnies.

Une source proche du dossier estime que « ce projet laisse la porte ouverte à Nissan » pour faire partie de ce rapprochement. « Nous pensons que les bénéfices […] s’étendront aussi aux partenaires de l’Alliance, Mitsubishi et Nissan », a aussi estimé Mike Manley.

En comptant Nissan et Mitsubishi, la fusion créerait un ensemble de près de 16 millions de véhicules, devançant le mastodonte allemand Volkswagen (10,6 millions) et Toyota (10,59 millions). Une alliance franco-italo-américaine changerait aussi le rapport de force au sein de l’attelage Renault-Nissan-Mitsubishi, en renforçant la partie française. Laquelle vient justement d’être sèchement éconduite par Nissan, à qui Renault proposait une union plus étroite.

Quant à FCA, en grande difficulté en Europe, il est depuis plusieurs semaines au centre de rumeurs de rapprochements. Début mars, le français PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel, Vauxhall) avait également manifesté son intérêt pour le groupe italo-américain.