La recertification du Boeing 737 Max reste dans l’incertitude

Le 737 MAX, l’appareil phare du constructeur américain Boeing, est cloué au sol depuis plus de 70 jours.
Photo: Elaine Thompson Agence France-Presse Le 737 MAX, l’appareil phare du constructeur américain Boeing, est cloué au sol depuis plus de 70 jours.

Accusée de s’être subordonnée aux intérêts commerciaux de Boeing, l’agence fédérale de l’aviation (FAA) joue la carte de l’indépendance et entend imposer son propre calendrier. Face à ses homologues réunis jeudi au Texas pour faire le point sur l’évolution du dossier des 737 MAX, l’agence a maintenu le flou sur la remise en service de l’appareil phare du constructeur américain, cloué au sol depuis plus de 70 jours.

Désireuse de regagner la confiance des autres régulateurs de l’aviation civile, des compagnies aériennes et des voyageurs, la FAA faisait le point jeudi sur les correctifs apportés au 737 MAX en vue d’une recertification. Une soixantaine de représentants des régulateurs de 33 pays ont accepté l’invitation. La rencontre se déroulait à huis clos, mais le chef intérimaire de la FAA, Dan Elwell, rencontrait les médias en soirée. Au cours de la conférence de presse, il a déclaré que cette rencontre de huit heures avait permis un dialogue positif et constructif. Défendant le temps consacré au dossier, il a réitéré la volonté du régulateur de mener une analyse complète portant sur la sécurité, sans autre échéancier préétabli, et ajouté que la remise en question de l’entraînement des pilotes demeurait à l’étude.

Citant trois sources au fait de ce dossier, l’agence Reuters écrivait un peu plus tôt jeudi que des représentants de la FAA auraient évoqué l’horizon de fin juin devant des membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Mais sans qu’un échéancier ferme soit défini.

La veille, Dan Elwell avait pourtant douché les espoirs de ceux souhaitant une remise en service imminente en déclarant que « le correctif n’a pas encore été présenté ». Boeing disait la semaine dernière avoir apporté les changements au système anti-décrochage MCAS exigés par l’agence et que le correctif était prêt pour certification. À l’évidence, la FAA a exprimé un besoin d’informations additionnelles. Ce logiciel a été mis en cause dans l’écrasement de deux appareils de ce type ayant fait 346 victimes.

Dans une offensive visant à regagner la confiance de ses pairs des autres pays, Dan Elwell insistait mercredi sur le fait qu’il n’était attaché à aucun calendrier. « Ça prendra le temps qu’il faudra pour faire les choses comme il se doit », a-t-il déclaré, tout en rappelant qu’en tant qu’autorité d’origine du 737 MAX, la FAA « doit être la première régulatrice » à autoriser une reprise des vols.

Les agences chinoises, canadiennes et européennes ont indiqué vouloir tenir leur propre évaluation. Et si la FAA se contenterait d’une formation des pilotes expérimentés sur ordinateur ou iPad, Transport Canada réclame une formation sur simulateur.

Pression commerciale

La pression commerciale est forte. Southwest, avec 34 appareils, American Airlines (24) et United Airlines (14), principaux clients américains du 737 MAX, ont annulé les vols programmés sur cet avion jusqu’à mi-août dans l’espoir que l’interdiction de vol serait levée d’ici juillet au plus tard. Au nord de la frontière, Air Canada a répondu à l’incertitude créée par l’immobilisation prolongée en retirant ces appareils de son horaire au moins jusqu’au 1er août, remaniant sa carte estivale en conséquence. Aux 24 737 MAX présents dans sa flotte devait s’ajouter la livraison d’une douzaine d’appareils supplémentaires, pour porter son parc de 737 MAX à 36 en juillet.

Selon les données du constructeur publiées à la mi-mai, Boeing a comptabilisé une chute de près de 25 % des livraisons d’avions civils au cours des quatre premiers mois de l’année. Boeing a livré 172 avions de janvier au 30 avril, contre 228 au cours de la même période un an plus tôt. Pour ce qui est des commandes, il y a eu 171 annulations nettes dans la famille des 737. En tenant compte des commandes dans le créneau des longs courriers, le carnet de commandes affichait 119 avions nets en moins.

 
25 %
Selon les données du constructeur publiées à la mimai, Boeing a comptabilisé une chute de près de 25 % des livraisons d’avions civils au cours des quatre premiers mois de l’année.

En avril, Boeing chiffrait à 1 milliard la facture initiale de l’immobilisation de son avion-vedette, dont quelque 350 sont provisoirement cloués au sol. Cette somme couvrait une hausse anticipée des coûts de production du 737 MAX, et notamment des modifications en cours pour éviter de nouveaux dysfonctionnements du MCAS. Elle intègre aussi la formation supplémentaire des pilotes exigée par les régulateurs pour lever l’interdiction de vol frappant la locomotive des ventes de Boeing. Cette somme ne prend toutefois pas en compte les éventuelles indemnisations des compagnies aériennes, qui ont dû annuler des vols programmés, et les possibles dommages que le constructeur aéronautique pourrait être amené à verser aux familles des victimes.

Avec l’Agence France-Presse