Guerre commerciale: Huawei accusée de mentir à l’Occident

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a accusé Huawei de mentir sur ses véritables liens avec les autorités chinoises.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a accusé Huawei de mentir sur ses véritables liens avec les autorités chinoises.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a accusé Huawei de mentir sur ses véritables liens avec les autorités chinoises, qui dénoncent le « harcèlement » de Washington à l’encontre du numéro deux mondial des téléphones intelligents, lâché en vrac par nombre de ses partenaires.

En pleine guerre commerciale sino-américaine, l’administration Trump a placé Huawei sur une liste de sociétés suspectes auxquelles il est interdit de vendre des équipements technologiques de crainte que Pékin ne se serve de ces équipements à des fins d’espionnage. Même si l’interdiction a été suspendue pour trois mois, il en va néanmoins de la survie même du groupe chinois, selon des experts : Huawei dépend largement pour ses téléphones de puces électroniques fabriquées aux États-Unis. « Dire qu’ils ne travaillent pas avec le gouvernement chinois est une déclaration fausse », a lancé Mike Pompeo au cours d’un entretien sur la chaîne CNBC. « Le p.-d.g. de Huawei ne dit pas la vérité au peuple américain ni au monde », quand il affirme qu’il n’a pas de lien avec le gouvernement, a-t-il ajouté, citant la législation chinoise qui selon lui force les entreprises à collaborer avec les autorités.

Au même moment, des élus américains des deux bords — un événement rare — ont proposé un texte de loi pour protéger le futur réseau 5 G américain du fabricant chinois. Cette loi doit empêcher « les entreprises qui reçoivent des instructions d’un adversaire étranger d’infiltrer notre réseau national de communications », a déclaré Mark Warner, un sénateur démocrate.

Pékin avait déjà haussé le ton en annonçant jeudi avoir adressé « une protestation solennelle » à Washington, selon le ministère du Commerce. La veille, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, avait dénoncé un « harcèlement économique » destiné à « entraver le processus de développement » de son pays. Il a promis que Pékin se battrait « jusqu’au bout ». Et le porte-parole du ministère du Commerce a averti que les négociations commerciales avec Washington ne reprendraient pas si les Américains ne faisaient pas preuve de « sincérité ». Pékin disait jusqu’à présent croire à une reprise des discussions — à une date indéterminée. Mike Pompeo a pour sa part exprimé l’espoir « que ces deux questions [Huawei et le commerce] restent séparées ».

Affrontement technologique

Mais la guerre commerciale semble de plus en plus dominée par un affrontement technologique autour de Huawei. Malgré le délai de 90 jours accordé par Washington pour fermer le robinet de la technologie américaine, plusieurs groupes ont préféré prendre les devants face aux incertitudes planant désormais sur les produits Huawei. Le géant japonais de l’électronique Panasonic a rejoint mercredi soir la liste des grands groupes technologiques qui ont annoncé une rupture de certains liens avec le chinois. Son compatriote Toshiba a pour sa part annoncé la suspension de ses livraisons à Huawei pour vérifier que ses produits ne comportaient pas de composants « made in USA », avant de faire état de la reprise de ses livraisons.

Mercredi, quatre grands opérateurs nippons (KDDI, Softbank) et britanniques (Vodafone, EE) avaient annoncé un report du lancement de nouveaux modèles Huawei, ces appareils pouvant perdre une grande partie de leur intérêt sans l’apport de technologies américaines. Pourrait s’ajouter à la liste un autre britannique, ARM.

Ces annonces représentent de nouveaux revers pour Huawei, après l’annonce dimanche de Google : le mastodonte américain a fait savoir que son système Android, qui équipe l’immense majorité des téléphones dans le monde, n’équiperait plus les futurs appareils du groupe chinois. En réaction, Huawei travaille sur son propre système concurrent, HongMeng, qui pourrait être prêt en Chine avant la fin de l’année, a rapporté jeudi le média d’information financière CNBC, citant Richard Yu, un haut responsable de Huawei.