Comment adapter les régimes de retraite à une main-d’oeuvre mobile?

Au Québec, on a obligé les employeurs à mettre en place un «régime volontaire d’épargne-retraite».
Photo: Getty Images Au Québec, on a obligé les employeurs à mettre en place un «régime volontaire d’épargne-retraite».

La présence croissante des millénariaux sur le marché du travail devrait inciter les autorités à se pencher sur de nouveaux mécanismes d’épargne en vue de la retraite, estiment deux experts dans une analyse publiée par l’Institut C.D. Howe.

Puisque les employeurs ont pris leurs distances des régimes à prestations déterminées (PD) et que les régimes à cotisations déterminées (CD) font porter tout le risque sur les travailleurs, les auteurs plaident pour une réflexion sur des modèles hybrides qui « facilitent le partage des risques entre toutes les parties prenantes ».

En évoquant des régimes issus d’un des deux modèles mais qui comprendraient certaines caractéristiques de l’autre — par exemple sur le plan des prestations qu’on souhaite verser ou de la gestion par un tiers —, ils pensent notamment aux travailleurs qui changent d’emploi.

« Nous avons besoin d’une solution de retraite appropriée, surtout quand vous regardez ce qui se passe avec les millénariaux, leur façon d’aborder le cheminement et l’emploi : leur progression se fait à travers plusieurs employeurs. Un régime d’un employeur unique ne va pas réussir à faire ça », a dit en entrevue Stephen Eadie, associé et fondateur de Robertson, Eadie & Associates Ltd. Il a cosigné l’analyse avec Robert Brown, professeur émérite en actuariat à l’Université de Waterloo.

L’émergence d’un nouveau modèle doit se faire maintenant, car tout délai fera en sorte qu’il sera « très difficile » de procurer une « bonne retraite à ces millénariaux du secteur privé », selon M. Eadie.

Selon un sondage effectué par Deloitte l’an dernier auprès de 10 400 millénariaux, 43 % d’entre eux envisageaient de quitter leur emploi sur un horizon de deux ans, alors que 28 % d’entre eux croyaient pouvoir y rester pendant cinq ans ou plus.

Parmi les idées avancées par les auteurs figure celle d’une mise en commun d’actifs au sein de régimes partagés entre plusieurs employeurs, ce qui procurerait au fonds une taille suffisamment élevée pour garder un contrôle efficace sur les frais de gestion. Ils mentionnent des « régimes à prestations cibles groupés » (en anglais pooled), ou des « régimes CD collectifs ».

Il faudrait que « des politiques encourageant des régimes de retraite combinés et collectifs » soient déployées de manière à renforcer le système de retraite des Canadiens. « De telles solutions existent dans le secteur public [dans l’Ouest canadien, par exemple] mais ont besoin d’être mises en avant dans le secteur privé », notamment parmi les PME.

Mesures en place

Le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie — le « risque de longévité » — ont incité les autorités à repenser le système de retraite depuis une dizaine d’années. Les débats ont fini par aboutir à une bonification du système de retraite public. Au Québec, on a aussi obligé les employeurs à mettre en place un « régime volontaire d’épargne-retraite », duquel les employés peuvent se désinscrire et auquel l’employeur n’est pas tenu de cotiser.

Cependant, la réflexion sur un nouveau modèle, le régime à prestations cibles, qui prévoit la possibilité d’ajuster les rentes selon l’état financier du fonds, fait son chemin. À l’heure actuelle, il est limité au secteur forestier. Retraite Québec consulte présentement les milieux syndical et patronal pour évaluer les enjeux entourant la mise en place plus large de ce type de régime.

L’Institut canadien des actuaires (ICA) a récemment proposé de déplacer l’âge auquel les gens peuvent toucher leur rente de retraite provenant du Régime des rentes du Québec et du Régime de pensions du Canada. À l’heure actuelle, la rente commence normalement à 65 ans, avec possibilité de devancer à 60 ans (avec un montant réduit) et reporter à 70 ans (avec une prestation augmentée). L’ICA soumet l’idée de fixer ces âges à 67, 62 et 75 ans.

« Outre les avantages financiers associés au fait de profiter d’un revenu de retraite payable à vie plus élevé, notre proposition assure aux retraités une protection contre les coûts associés à la longévité accrue et à l’érosion importante des épargnes en raison de l’inflation », pouvait-on lire dans le communiqué diffusé au mois d’avril.