Les victimes américaines du président Trump (bis)

De nombreux fabricants de chaussures ont qualifié de catastrophique l’impact d’une surtaxe de 25% dans une lettre adressée au président américain.
Photo: Carlos Giusti Associated Press De nombreux fabricants de chaussures ont qualifié de catastrophique l’impact d’une surtaxe de 25% dans une lettre adressée au président américain.

La liste des victimes américaines de ces conflits commerciaux que livre Washington à ses principaux partenaires économiques ne cesse de s’allonger. Même les appuis ruraux de Donald Trump cachent difficilement leur impatience.

L’an dernier, les hauts cris venaient des manufacturiers et des industriels, soumis à l’application des tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium. Les Harley-Davidson, Whirlpool, GM, Boeing, Deere et Caterpillar se posaient en victimes collatérales, à l’instar des acheteurs immobiliers américains qui, eux, se voyaient refiler la facture des droits punitifs imposés sur le bois d’oeuvre canadien. D’autres grincements étaient perceptibles, venant des imprimeurs, des éditeurs et de la presse américaine peinant à absorber le choc des tarifs douaniers sur le papier canadien importé.

Pour leur part, les agriculteurs commençaient à ressentir l’impact de la riposte sur le prix des matières premières, atténué toutefois par une aide financière de 12 milliards débloquée par Washington destinée aux plus touchés d’entre eux. Mais la patience de ces acteurs appuyant largement Donald Trump s’est fortement érodée depuis, l’aide financière ne pouvant plus remplacer la perte de marché. Le président de l’American Farm Bureau Federation, plus important syndicat agricole aux États-Unis, chiffrait la semaine dernière à 50 % la chute des exportations agricoles vers la Chine en 2018 — à une division par quatre des exportations de soja —, le conflit sino-américain effaçant plus de sept ans de développement de marché ayant permis aux exportations agricoles vers ce pays de passer de 2 à 16 % des exportations totales américaines. Les producteurs de porc se sont joints aux doléances, eux qui dirigent plus du quart de leur production américaine vers la Chine.

Quant au choc sur le dernier maillon de la chaîne, le consommateur, il a pu être amorti jusqu’ici par la vigueur de l’activité économique, nombre de manufacturiers et d’intermédiaires compensant une érosion de leur marge par un plus grand volume.

Or la guerre commerciale s’est intensifiée depuis entre les États-Unis et la Chine. La Maison-Blanche a imposé des droits de douane supplémentaires sur un éventail plus large de biens chinois équivalant à des importations de 250 milliards avec, dans la ligne de mire, une surtaxe sur les quelque 300 milliards restants. Le consommateur américain sera, cette fois, frappé de plein fouet, les sanctions américaines débordant des produits industriels et agricoles pour toucher une vaste gamme de biens de consommation. Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a reconnu mercredi ce que le président refuse d’admettre : les tarifs douaniers vont se répercuter sur le prix des produits. Walmart puis Macy’s l’ont évoqué en début de semaine. « Si une quatrième série de tarifs entrait en vigueur, cela pourrait entraîner une hausse des prix de détail pour les marques maison et nationales », pouvait-on lire dans un texte de l’Associated Press. Walmart s’est fait plus affirmatif et ajoutait que ses principaux clients vivaient d’un chèque de paie à l’autre.

L’intervention des fabricants et distributeurs de chaussures a été encore plus médiatisée. Dans une lettre adressée au président, les Adidas, Nike, Puma, Crocs, Reebok, Foot Locker et autres parmi les 180 signataires membres de cette industrie ont qualifié de « catastrophique » l’impact d’une surtaxe de 25 % sur les chaussures, et ce, « pour nos consommateurs, nos entreprises et l’économie américaine dans son ensemble », avec un poids « disproportionné » sur les ménages à faible revenu. Les tarifs américains s’élèvent à 1,9 % sur les biens de consommation quand ils sont de 11,3 % en moyenne pour les chaussures, jusqu’à 67,5 % pour certaines catégories, dénoncent-ils.

Un texte de l’Agence France-Presse (AFP) reprend les données du département du Commerce indiquant que 62 % des importations américaines de chaussures provenaient de la Chine, 17 % du Vietnam et 5 % de l’Indonésie et de l’Italie. Et il n’y a pas que ce produit. En 2017, la Chine représentait 41 % de toutes les importations américaines de vêtements et 84 % de tous les articles de voyage, ont écrit les signataires de la lettre.

À la rhétorique présidentielle invitant tous ces intervenants à fabriquer en sol américain, ils ont répondu que la chaîne d’approvisionnement était plus complexe et plus ramifiée et qu’une usine ne se déplace pas sur une simple impulsion ou saute d’humeur. Les résultats d’un sondage publiés mercredi leur donnent raison. L’enquête a été menée par la Chambre de commerce américaine en Chine. Ainsi, 35 % des 250 répondants ont affirmé qu’ils orientaient leur approche pour ne servir que le marché local. Aussi, plus de 40 % des firmes interrogées précisent qu’elles ont d’ores et déjà déménagé leurs sites de production ou envisagent de le faire, de préférence vers le Mexique et l’Asie du Sud-Est, nous dit l’AFP. À peine 6 % déclarent envisager d’installer à nouveau leurs usines en sol américain.