Pour l’OCDE, il y a «urgence» d’enrayer l’escalade des conflits commerciaux

Le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a présenté mardi les perspectives économiques de son organisation, à Paris.
Photo: Éric Piermont Agence France-Presse Le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a présenté mardi les perspectives économiques de son organisation, à Paris.

L’OCDE a appelé mardi les États à éviter « d’urgence » une guerre commerciale, sur fond de passes d’armes entre Chine et États-Unis, et à unir leurs efforts pour redynamiser l’économie mondiale, qui devrait ralentir cette année.

« Il y a urgence à nous retrouver autour d’une table multilatérale afin de créer des conditions qui permettent au commerce de soutenir la croissance mondiale », a prévenu avec gravité le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, lors de la présentation des perspectives économiques de son institution. « Pour nous, le pire scénario possible, c’est que l’on continue à avoir des tensions commerciales qui poussent comme des champignons et qui créent une incertitude permanente et partout », a expliqué Laurence Boone, la chef économiste de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), avant sa réunion annuelle mercredi et jeudi à Paris.

Lors d’une conférence de presse, elle a dit redouter « un climat incertain et très délétère pour les investissements, pour la confiance, [qui] commence à créer des tensions sur les prix, ce qui forcément va commencer à éroder le pouvoir d’achat dans un contexte où les salaires n’augmentent pas très rapidement ».

Face aux risques d’une guerre commerciale, l’institution a exhorté les gouvernements à « agir d’urgence pour redynamiser une croissance dont tout le monde bénéficierait ». Selon elle, il convient de « régler les conflits […] par une plus grande coopération internationale, tout en améliorant le cadre juridique international », dans une allusion implicite à une réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), actuellement quasi paralysée. À l’image du Fonds monétaire international (FMI), qui a appelé en avril l’Allemagne à relancer la croissance en Europe, l’OCDE a aussi invité les pays disposant d’une marge de manoeuvre budgétaire à « investir dans les infrastructures », mais sans citer explicitement Berlin.

Mise à jour des prévisions

Outre la guerre commerciale, l’institution basée à Paris s’inquiète d’un éventuel « ralentissement marqué en Chine qui pourrait avoir des répercussions partout dans le monde », ainsi que de l’augmentation de la dette privée.

Face à ces risques, l’OCDE a abaissé une nouvelle fois sa prévision pour la croissance mondiale à 3,2 %, contre 3,3 % en mars, soit 0,3 point de moins qu’à la fin de l’année dernière. En revanche, elle a maintenu le léger rebond attendu pour l’an prochain à 3,4 %. Ces prévisions ne prennent pas directement en compte les récentes passes d’armes entre la Chine et les États-Unis autour des droits de douane et du géant technologique Huawei.

« Il demeure une forte incertitude sur la durée pendant laquelle [les taxes douanières] resteront en place et sur l’évolution à venir de la relation commerciale entre les deux pays », a expliqué une source de l’institution à l’AFP. En revanche, « l’augmentation de l’incertitude liée aux tensions commerciales dans les mois passés, y compris autour de l’éventualité de ce relèvement de droits de douane jusqu’à leur annonce, est incorporée dans les projections, » a-t-elle souligné.

Malgré ce contexte, l’OCDE a relevé ses prévisions pour les États-Unis à 2,8 % cette année, soit 0,2 point de plus qu’en mars, mais elle s’attend à un léger recul de la première économie mondiale à 2,3 % l’an prochain. Pour la Chine, pas de changement. L’OCDE table toujours sur un ralentissement à 6,2 % cette année et 6 % l’an prochain.

En Europe, l’institution a maintenu sans changement sa prévision pour la zone euro à 1,2 %, tout en maintenant l’Allemagne à 0,7 % cette année et à 1,1 % pour l’an prochain. Pour la France, elle n’a pas changé non plus sa prévision à 1,3 % pour cette année et la prochaine, soit légèrement moins que la prévision du gouvernement (1,4 %). Elle revoit toutefois à la hausse la tendance pour l’Italie, dont la croissance devrait être nulle cette année et non de –0,2 %. En 2020, ce pays devrait rebondir à 0,6 %. Pour le Royaume-Uni, dont l’économie fait face aux incertitudes du Brexit, l’OCDE a relevé ses prévisions de 0,8 % à 1,2 % cette année.

Dans les pays émergents, l’OCDE table cette année sur une croissance de 1,4 % au Brésil (–0,5 point par rapport à la prévision de mars), de 7,2 % pour l’Inde (sans changement) et de 1,2 % pour l’Afrique du Sud (–0,5 point). Au Canada, le PIB devrait croître de 1,3 % cette année, après 1,8 % en 2018, pour revenir à une progression de 2 % en 2020.

Avec Le Devoir