«C’est beaucoup d’émotions pour moi», dit François Legault

L’annonce publique de la conclusion d’une entente entre les deux parties autour d’un prix à 13$ l’action en circulation a été faite par voie de communiqué jeudi matin.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne L’annonce publique de la conclusion d’une entente entre les deux parties autour d’un prix à 13$ l’action en circulation a été faite par voie de communiqué jeudi matin.

Air Canada fait une offre pour acquérir son concurrent québécois Transat AT pour une somme d’environ 520 millions. La transaction devra être approuvée d’ici un mois par les actionnaires de la compagnie achetée.

Le regroupement des deux transporteurs devra aussi recevoir l’aval du Bureau de la concurrence, une entité fédérale. Le groupe Transat AT comprend plusieurs filiales dans la chaîne du voyage (distribution, voyagistes, hôtels…) regroupées autour du transporteur aérien Air Transat.

L’annonce publique de la conclusion d’une entente entre les deux parties autour d’un prix à 13 $ l’action en circulation a été faite par voie de communiqué jeudi matin. Ce prix marque une prime d’environ 150 % sur le cours moyen pondéré des 20 jours précédant le 30 avril, au moment de l’annonce de la possibilité d’une vente du transporteur.

Les employés

Le premier ministre François Legault, cofondateur d’Air Transat en 1986 — il a vendu ses parts en 1997 —, a été mis au courant de la proposition d’achat mercredi soir.

« C’est beaucoup d’émotions pour moi », a-t-il affirmé en mêlée de presse en évoquant le premier vol du transporteur. « Bien sûr, c’est un pincement au coeur de voir qu’Air Canada, notre compétiteur, achèterait Air Transat. Maintenant, c’est une bonne nouvelle que ce soit Air Canada, parce qu’Air Canada a son siège social à Montréal. Je l’ai dit depuis le début [des rumeurs de vente], l’important, c’est de s’assurer que le siège social reste au Québec. »

Le ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon a dit être sensible aux effets possibles de la transaction pour le consommateur (« est-ce que les prix des voyages à Cancún en janvier vont changer ? ») et « évidemment » pour les employés des deux compagnies en rapprochement.

« Qu’est-ce que le gouvernement du Québec peut imposer à Air Canada ? Pas grand-chose », a dit M. Fitzgibbon, qui qualifie tout de même la transaction de « solution québécoise ».

Le ministre n’a pas exclu de venir en aide à un autre acheteur qui se manifesterait. Si Transat AT acceptait une autre offre, il devrait payer 15 millions à Air Canada. Si le Bureau de la concurrence refuse la proposition, cette fois, c’est Air Canada qui paierait 40 millions en dédommagement.

Une autre compagnie canadienne, WestJet, a été achetée cette semaine par le fonds d’investissement canadien Onex pour 5 milliards.

 

 

Des promesses

Le président et chef de la direction d’Air Canada, Calin Rovinescu, se fait rassurant. Il parle d’« une excellente occasion pour les parties prenantes des deux sociétés » dans son communiqué, sa seule déclaration officielle. Il ajoute que les actionnaires et les employés des deux sociétés aériennes tout comme les voyageurs profiteront de la transaction.

« L’acquisition présente une occasion unique de se mesurer aux plus grands du marché mondial du voyage d’agrément, dit-il encore. Cette solution toute québécoise permettra de conserver des emplois de grande qualité au sein de la direction générale et des fonctions clés au siège social de Montréal, ainsi que de fournir une plateforme pour une croissance et des emplois futurs. »

Le président et chef de la direction de Transat, Jean-Marc Eustache, abonde dans le même sens.

« C’est l’occasion de s’adosser à une grande entreprise qui connaît et comprend notre métier et qui a un succès incontestable dans le voyage, dit-il dans son propre communiqué. Ceci représente la meilleure perspective non seulement de maintien, mais de croissance à long terme de l’activité et des emplois que Transat a développés au Québec et ailleurs depuis plus de 30 ans. »

Le siège social

La haute direction de la compagnie est installée à Montréal. M. Legault évalue que les deux tiers des membres du conseil d’administration s’y trouvent également.

« Sur papier, le siège social est à Montréal, mais les décisions se prennent à Toronto parce que le nouveau hub en matière aéroportuaire, c’est l’aéroport Pearson », a commenté Pascal Bérubé, chef parlementaire du Parti québécois.

La question de la concurrence a été abordée par le premier ministre Legault. Il ne s’inquiète pas pour les vols vers les marchés internationaux (Europe, États-Unis, Asie), où continueront de s’affronter plusieurs transporteurs. De même, les liaisons de villégiature seront aussi desservies par deux concurrents, Sunwing et WestJet.

« Reste le problème des vols domestiques, dit M. Legault, en rappelant qu’Air Transat n’est pas présent sur ce marché. Nous avons déjà commencé à discuter avec Air Canada. Je veux que l’on mette des prix maximums pour certaines régions. Les discussions vont bon train.

« Mais effectivement, actuellement, il y a de l’abus parce qu’il y a un monopole sur certains vols domestiques. On avait déjà cette préoccupation avant l’achat d’Air Transat. »