Wall Street prise de court par la réplique de Pékin à Washington

Le Dow Jones et l’indice S&P 500 ont enregistré lundi leur pire séance depuis le début de janvier.
Photo: Spencer Platt Getty Images / AFP Le Dow Jones et l’indice S&P 500 ont enregistré lundi leur pire séance depuis le début de janvier.

La Bourse de New York a terminé en forte baisse lundi, touchée de plein fouet par l’incertitude que génère la brusque escalade des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis.

L’indice vedette de Wall Street, le Dow Jones (-2,4 % à 25 324,99 points), et l’indice S&P 500 (-2,4 % à 2811,87 points), représentant les 500 plus grandes entreprises de la cote américaine, ont enregistré leur pire séance depuis début janvier. L’indice Nasdaq, à forte coloration technologique, a chuté de 3,4 % pour finir à 7647,02 points, sa pire journée depuis décembre.

« Quand les investisseurs peuvent quantifier un risque, alors les mouvements sont contenus. Mais quand aucune perspective réelle ne se dessine, alors la peur prend le dessus », a commenté Sam Stovall, du cabinet CFRA.

Or les soubresauts des négociations sino-américaines tiennent les investisseurs en haleine depuis que Donald Trump a, dans un tweet le 5 mai, menacé la Chine de sanctions commerciales supplémentaires. De quoi brusquement refroidir l’enthousiasme de nombreux courtiers, qui s’attendaient à ce que la rencontre entre émissaires chinois et américains à Washington jeudi et vendredi soit la dernière avant un sommet entre le président américain et son homologue chinois.

Les négociateurs se sont finalement quittés sans accord et le ton est monté durant le week-end pour culminer avec l’annonce lundi par Pékin de l’augmentation, à partir du 1er juin, de droits de douane sur des produits américains représentant 60 milliards de dollars d’importations annuelles, en représailles aux nouvelles taxes imposées vendredi par Washington. « Qui peut maintenant dire les compromis qu’il va falloir atteindre pour parvenir à un accord ? Les investisseurs n’en savent rien et retirent leur argent de la table », avance Sam Stovall.

Pour Alan Skrainka, de Cornserstone Wealth Management, toutefois, les courtiers de Wall Street ont sans doute « surréagi ». « Les investisseurs doivent prendre un peu de recul et reconnaître que les États-Unis n’exportent que 120 milliards de dollars de biens en Chine et que 25 % de taxes à l’importation sur les 539 millions de dollars de biens chinois importés aux États-Unis [la pire des menaces jusqu’à présent brandies, NDLR] ne représenteraient que 135 milliards de dollars », a-t-il avancé. « Dans une économie de 21 000 milliards de dollars, c’est de l’ordre de l’épaisseur du trait. »

Les regards sont désormais tournés vers Donald Trump, qui s’était montré particulièrement menaçant lundi peu avant le relèvement des droits de douane décidés par Pékin : « La Chine ne devrait pas répliquer — ça ne ferait qu’empirer les choses ! », avait twitté le président américain. Mais le gouvernement chinois a affiché sa détermination.

« La Chine ne cédera jamais à aucune pression extérieure. Nous avons la détermination et la capacité de défendre nos droits et intérêts légitimes », a encore martelé lundi Geng Shuang, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. « Nous l’avons déclaré à maintes reprises : l’ajout de droits de douane ne permet de résoudre aucun problème », a-t-il déclaré en conférence de presse.

Donald Trump a cependant distillé une note d’espoir en évoquant une rencontre potentiellement « fructueuse » avec son homologue chinois, Xi Jinping. « Nous nous rencontrerons au [sommet du] G20 au Japon », fin juin, a déclaré le président américain. « Ce sera probablement une rencontre très fructueuse », a-t-il ajouté.

Avant les mesures punitives annoncées lundi par Pékin, la quasi-totalité des marchandises américaines importées en Chine étaient déjà surtaxées par Pékin — soit 110 milliards de dollars sur un total annuel de 120 milliards. La Chine pourrait également cesser d’acheter des produits agricoles et réduire ses commandes d’avions Boeing, a jugé sur Twitter Hu Xijin, l’influent rédacteur en chef du Global Times, quotidien réputé proche du pouvoir.

Dans un éditorial mis en ligne lundi soir, le journal affirme que Pékin « prendra certainement d’autres mesures de rétorsion ». « Avec leurs politiques douanières, les États-Unis semblent tirer des balles dans tous les sens. Ils s’infligeront beaucoup de dégâts à eux-mêmes, et cela sera difficile à maintenir sur le long terme. La Chine va viser avec précision, en essayant d’éviter de se faire mal. »