Le conflit chez ABI rebondit à l’assemblée d’Alcoa

Une délégation des Métallos de l’usine de Bécancour a fait le trajet à Pittsburgh pour manifester.
Photo: Keith Srakocic Associated Press Une délégation des Métallos de l’usine de Bécancour a fait le trajet à Pittsburgh pour manifester.

Le lockout de 1030 employés de l’Aluminerie de Bécancour (ABI) a monopolisé une partie de la période de questions mercredi à l’assemblée des actionnaires d’Alcoa, où la direction a convenu que le conflit n’est pas sans conséquences auprès des employés.

Une délégation des Métallos de l’usine a fait le trajet à Pittsburgh pour manifester à l’extérieur de l’assemblée annuelle puis profiter de l’événement afin de poser des questions directement au patron d’Alcoa, qui possède 75 % de l’aluminerie.

« Nous reconnaissons l’impact que ceci entraîne sur la main-d’oeuvre à Bécancour », a dit le président et chef de la direction d’Alcoa, Roy Harvey. « Je reconnais aussi l’impact sur les employés salariés qui continuent de s’occuper de la moitié de la dernière série de cuves toujours en activité. »

À travers le conflit, a dit M. Harvey, la sécurité a continué d’être au rendez-vous et les efforts ont été déployés pour que l’usine soit prête pour un redémarrage. « Notre objectif, c’est d’avoir une usine compétitive dans laquelle nous pouvons investir sur le long terme, où nous pouvons miser sur la stabilité et où nous pouvons créer le bon environnement pour nos employés et pour les actionnaires. »

Profits perdus pour Alcoa

« Nous devons poursuivre nos discussions », a dit M. Harvey en mentionnant l’objectif de « trouver un résultat équitable pour les travailleurs et pour l’entreprise ». M. Harvey, entré chez Alcoa en 2002, répondait ainsi à une question de Tom Conway, vice-président international à l’administration des United Steelworkers. Celui-ci lui a signalé que le lockout décrété en janvier 2018 a jusqu’ici retranché 177 millions de la ligne des profits chez Alcoa.

« Du point de vue des actionnaires, vous perdez de l’argent que vous seriez en train de faire autrement, les familles souffrent, et ceci dure depuis très longtemps, a dit M. Conway. Alcoa me surprend. Nous avons une excellente relation qui remonte à plusieurs années. Mais je vois des conflits en Australie, une situation difficile en Espagne et cette dispute terrible au Québec. Nous devons trouver une façon d’y mettre un terme. »

Lors de son intervention au micro, le président de la section locale des Métallos à Bécancour, Clément Masse, a dit : « Ce qu’on veut, c’est de se rasseoir à la table. On veut une entente négociée qui respecte les travailleurs et qui respecte la société, la communauté de Bécancour. » L’usine est le plus grand employeur privé de la région.

Sources du conflit

Le conflit de travail chez ABI, qui appartient à 25 % à Rio Tinto Alcoa, a pris des proportions insoupçonnées au fil du temps. Alcoa a déclenché le lockout en janvier 2018, peu après le rejet d’une offre patronale par environ 80 % des employés. Au coeur des enjeux qui ont caractérisé le conflit figurent les mouvements de personnel et le régime de retraite. Les salaires n’ont jamais été problématiques, a déjà affirmé le syndicat.

Or, après l’incapacité du conseil de médiation de rapprocher les parties cet hiver, le premier ministre François Legault a causé la surprise en avril en demandant au syndicat d’être « raisonnable ». Quant à l’hypothèse de règlement déposée par le ministre du Travail il y a deux semaines, elle a été qualifiée de « grand pas en avant » par la compagnie, mais décrite comme un « copier-coller de la dernière offre de l’employeur » par les Métallos.

En marge du conflit, Hydro-Québec perd des revenus, car l’entente qui lie la société d’État à ABI prévoit des achats d’électricité. Le contrat permet toutefois à Alcoa de suspendre ses achats dans les cas de force majeure, une catégorie qui comprend notamment un lockout. Pour Hydro-Québec, cet impact financier s’est chiffré à 165 millions en 2018.