Encore des turbulences pour Bombardier

Les usines de Bombardier situées à Belfast, en Irlande du Nord, et au Maroc risquent de fermer.
Photo: Paul Faith Agence France-Presse Les usines de Bombardier situées à Belfast, en Irlande du Nord, et au Maroc risquent de fermer.

Le redressement entamé il y a cinq ans demeure turbulent pour Bombardier, qui, en plus de vouloir vendre ses usines situées à Belfast en Irlande du Nord et au Maroc, se distancie de ses objectifs de 2020.

Une semaine après avoir sabré ses prévisions pour l’exercice en cours, ce qui avait fait plonger le cours de l’action, le président et chef de la direction de l’entreprise, Alain Bellemare, a affirmé jeudi que les chiffres fournis pour 2020 ne constituaient pas une prévision en bonne et due forme. « Ces cibles avaient été mises en place en 2015 afin de bâtir une organisation de classe mondiale », a-t-il déclaré, en point de presse, au terme de l’assemblée annuelle des actionnaires. « Avec les défis devant nous dans le segment des trains, nous adoptons une approche prudente. »

Le changement de ton a été accueilli froidement par les investisseurs, puisque jeudi, à la Bourse de Toronto, le titre de l’avionneur a retraité de 12 ¢, ou 5,1 %, pour clôturer à 2,22 $.

Bombardier Transport est aux prises avec des problèmes d’exécution en lien avec cinq contrats d’envergure, ce qui fait en sorte que le chiffre d’affaires de cette division devrait être inférieur de 750 millions $US cette année. C’est ce qui a incité la direction à ne pas vouloir confirmer qu’à la fin de 2020, les revenus consolidés de la société seraient d’environ 20 milliards et que les flux de trésorerie générés seraient d’au moins 750 millions.

Encore des ventes

Parallèlement, au cours des prochains mois, Bombardier tentera de trouver preneur pour ses usines de fabrication de composantes situées à Belfast et à Casablanca, alors qu’elle regroupera son secteur aéronautique en une entité. Les deux usines représentent environ la moitié des activités de la division Aérostructures, qui a généré un bénéfice d’exploitation ajusté de 239 millions en 2018. À terme, c’est quelque 3900 employés qui devraient passer dans le giron d’un éventuel acheteur. Cela signifie aussi que Bombardier cessera de construire les ailes de l’A220, l’ancienne CSeries, désormais contrôlée par Airbus. Le reste des activités de la division aérostructures sera concentré à Montréal, au Texas ainsi qu’au Mexique.

Cette nouvelle vente d’actif survient alors que Bombardier poursuit son retrait de l’aviation commerciale après avoir cédé le contrôle de la CSeries, vendu le programme Q400 et des activités de formation de pilotes.

2,22$
C’est la valeur du titre de Bombardier à la clôture de la Bourse de Toronto jeudi.

Bombardier Aviation, qui regroupera les activités des jets d’affaires, du programme d’avions régionaux CRJ — dont l’avenir demeure incertain — ainsi que de la fabrication de composantes, relèvera de David Coleal, qui dirigeait jusqu’ici la division des jets d’affaires. M. Bellemare n’a pas voulu nommer d’acheteurs potentiels ni précisé ce que l’entreprise pourrait empocher grâce à ses ventes. Toutefois, une chose est certaine, l’argent ne servira pas à verser un dividende, ce qu’attendent de petits actionnaires qui ont fait connaître leur point de vue à ce sujet dans le cadre du rendez-vous annuel. « Nous avons encore une dette de 9 milliards », a rappelé M. Bellemare.

Les intentions de Bombardier ont toutefois provoqué un tollé en Irlande du Nord, où l’entreprise compte 3600 employés qui fabriquent également des pièces pour les A320 d’Airbus. Le syndicat Unite a exhorté le gouvernement britannique à agir pour préserver les emplois. « Bombardier est tout simplement trop importante pour l’économie d’Irlande du Nord pour permettre une solution moins avantageuse », a fait valoir Unite dans un communiqué.

M. Bellemare a assuré que la vente du site de Belfast n’était pas liée au Brexit, soulignant que la société comptait toujours 4000 employés dans sa division Transport au Royaume-Uni.

Quant à sa performance financière pour le premier trimestre terminé le 31 mars, l’entreprise a affiché une perte ajustée de 122 millions, ou 7 ¢US par action, par rapport à un profit ajusté de 35 millions, ou 1 ¢US par action, il y a un an. Pour leur part, les revenus se sont contractés de 13 %, à 3,52 milliards.