Québec se préoccupe des emplois de Transat

Il faut aussi «des institutions financières qui ont un environnement de pérennité, pas un environnement temporel», a dit le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Il faut aussi «des institutions financières qui ont un environnement de pérennité, pas un environnement temporel», a dit le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Le gouvernement québécois préfère un scénario où la vente de Transat mettrait en vedette des institutions financières comme la Caisse de dépôt et placement, le Fonds FTQ et Investissement Québec plutôt qu’un investisseur pur ou un autre transporteur aérien, selon le ministre de l’Économie. Par ailleurs, un groupe québécois qu’il n’a pas nommé aurait exprimé de l’intérêt.

En entrevue à l’émission de Paul Arcand au 98,5 FM mercredi matin, Pierre Fitzgibbon a dit que l’idée d’une acquisition par un joueur « stratégique », par exemple une entreprise du même secteur, pourrait entraîner une combinaison de « fonctions importantes », ce qui n’est « pas l’idéal […] afin de maintenir des emplois ».

Tout en insistant sur l’importance d’avoir une bonne équipe de direction, « ce qui est le cas présentement chez Transat », M. Fitzgibbon a dit qu’il faut aussi « des institutions financières qui ont un environnement de pérennité, pas un environnement temporel ».

« La Caisse de dépôt et placement, le Fonds FTQ, Investissement Québec sont des fonds que j’appelle “souverains”, qui ont une vue à beaucoup plus long terme, a dit le ministre au 98,5 FM. C’est évident que c’est une composition de ces gens-là qui serait l’idéal, et nous, comme gouvernement, on va complémenter la chaîne de capitaux. Si on n’est pas impliqués et qu’on a le même résultat, tant mieux, le milliard servira à d’autres entreprises. »

M. Fitzgibbon faisait ainsi référence à l’intention du gouvernement Legault de se garder la capacité d’injecter jusqu’à un milliard de dollars dans des entreprises jugées stratégiques pour l’économie du Québec. Le plan et les modalités ne sont pas encore connus.

Le Fonds FTQ détient présentement 11,6 % des actions de Transat en circulation, selon la dernière circulaire de direction envoyée aux actionnaires en prévision de l’assemblée annuelle. La Caisse possédait un bloc de 5,9 % au 31 décembre 2018. Toujours selon la circulaire, le premier actionnaire est le gestionnaire de placements Letko Brosseau, à 18,15 %.

En vertu des règles fédérales en vigueur, un investisseur étranger ne peut pas détenir un bloc de participation supérieur à 49 % dans l’entreprise.

Intérêt d’un groupe québécois

Invité à préciser ce qu’il sait au sujet du dossier et de la présence d’acheteurs potentiels, M. Fitzgibbon a par ailleurs indiqué lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale qu’il a « eu un appel ce matin avec un groupe québécois, qui travaille dessus depuis quelque temps et qui est prêt à le regarder ». Sans donner de détails, le ministre a dit qu’il s’agit de « gens qui n’ont pas besoin de nous autres nécessairement ».

L’action de Transat a bondi de près de 50 %, à 8,29 $, mardi après que son président et cofondateur, Jean-Marc Eustache, a révélé avoir reçu des manifestations d’intérêt pour l’acquisition de l’entreprise. Les discussions sont « préliminaires » et le conseil a mis sur pied un comité d’administrateurs indépendants pour analyser les offres. Le titre s’est replié à 8,27 $ mercredi.

La probabilité d’une transaction est « élevée », a estimé mercredi l’analyste financier Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, dans une note aux clients.

Concentrée sur les destinations vacances et l’Europe, Transat a réalisé des revenus d’environ 3 milliards en 2018 et enregistré une perte nette de 24,5 millions. L’entreprise, qui compte 5000 employés, travaille depuis un certain temps sur la création d’une division hôtelière dans les Caraïbes et au Mexique.

Il est temps que le gouvernement Legault dévoile son plan pour protéger les sièges sociaux, a affirmé Québec solidaire mercredi. « On demande au ministre des Finances de nous dire qui sera dans ce comité, comment on va gérer ce milliard de dollars. Est-ce qu’on considère que Transat, par exemple, est une entreprise stratégique ? » a demandé le député de Rosemont, Vincent Marissal, lors d’une conférence de presse. « Parce qu’historiquement, c’est la norme pour laquelle on doit ou non intervenir avec des fonds publics. On veut, en fait, ce n’est pas compliqué, éviter un autre Bombardier. »

Le sujet sera fort probablement abordé par les élus jeudi soir lors du passage du ministre des Finances, Eric Girard, à la Commission des finances publiques pour l’étude des crédits.