Analyse: rattrapage au salaire minimum

Une hausse de 50¢ du salaire minimum est en vigueur, qui passe à 12,50$ l’heure pour les travailleurs salariés.
Photo: iStock Une hausse de 50¢ du salaire minimum est en vigueur, qui passe à 12,50$ l’heure pour les travailleurs salariés.

Premier mai, Journée internationale des travailleurs et, au Québec, coup d’envoi à une nouvelle hausse du salaire minimum. Une augmentation qui peut traduire une certaine volonté de rattrapage, mais qui peine à atténuer la pauvreté du travailleur.

Une hausse de 50 ¢ du salaire minimum est en vigueur, qui passe à 12,50 $ l’heure pour les travailleurs salariés. On parle d’une augmentation de 4,2 %, de loin supérieure aux hausses générales de salaires prévues pour 2019 de 2,6 %, selon les données du Conseil du patronat du Québec, a déjà dénoncé la partie patronale. D’autant qu’elle s’ajoute à celle de 6,7 % de l’an dernier, de 4,7 % au 1er mai 2017.

Il s’agit effectivement d’un rythme accéléré qui s’insère toutefois dans un contexte de rattrapage dont la pertinence est validée par une conjoncture économique favorable et par la vigueur du marché du travail. Il succède à des taux de croissance sous les 2 %, certes plus près de l’inflation, mais témoignant d’un salaire minimum ayant fait du surplace sur une quarantaine d’années lorsque calculé en dollars constants, a déjà conclu Statistique Canada. Il a déjà été écrit qu’avant 2017, tout au plus le pouvoir d’achat de ces salariés a-t-il été protégé lorsque mesuré selon l’indice des prix à la consommation, mais appauvri lorsqu’on greffe l’impact de la hausse des taxes et des tarifs.

Mardi, la Chaire de recherche de l’Université de Sherbrooke publiait une étude concluant que cet élan haussier avait permis à un nombre accru de travailleurs québécois de franchir, voire de s’éloigner du seuil de faible revenu. Certes, la carte du revenu ne suffit pas, à elle seule, à mener la lutte contre la pauvreté, puisque toute hausse n’est pas sans incidence fiscale. Mais elle confirme sa place au sein d’un arsenal plus grand comprenant prestations et transferts sociaux.

L’étude se base sur la mesure du panier de consommation (MPC) pour calculer que les dernières augmentations contribuent à une augmentation réelle du pouvoir d’achat. Avec la dernière hausse, les couples sans enfant dont un seul membre travaille à temps plein au salaire minimum viennent rejoindre les autres avec un revenu disponible dépassant 100 % du MPC.

Mais là s’arrêtent les réjouissances, et la Chaire est la première à le reconnaître. La MPC ne se colle qu’aux besoins essentiels. Pour Montréal, elle se situe à 36 500 $ pour une famille de quatre personnes, à 19 200 $ pour une personne, pour une semaine de 35 heures. « On ne mesure ici que l’atteinte d’un seuil de faible revenu. Ce cap est certainement inférieur à ce qu’on considérait le minimum requis pour sortir de la pauvreté », a précisé le fiscaliste Luc Godbout, coauteur de l’étude.


Revenu viable

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) tente l’exercice avec son concept de revenu viable, qui greffe à la MPC la notion plus subjective de salaire décent, permettant de combler des besoins de base élargis et de dégager une petite marge de manoeuvre financière. Le revenu viable tente de s’arrimer aux besoins plus réels des ménages calculés selon le coût de la vie et les réalités régionales. Dans sa version 2019, qu’il doit publier jeudi, le chercheur Philippe Hurteau estime que ce revenu viable passe de 23 504 $ à Trois-Rivières à 27 205 $ à Montréal, et à 30 935 $ à Sept-Îles pour une personne seule. À 34 236 $, 37 435 $ et 41 579 $ respectivement pour une famille monoparentale avec un enfant. À 55 017 $, 58 166 $ et 62 180 $ respectivement pour un couple avec deux enfants d’âge préscolaire.

En 2016, l’IRIS avait appliqué la notion de revenu viable au salaire minimum. L’on arrivait à la cible moyenne de 15,10 $ l’heure pour une semaine de 37,5 heures. Pour ensuite souligner que plus d’un million de personnes au Québec recevant le qualificatif de « travailleurs pauvres » gagnaient moins de 15 $ l’heure, soit 26 % des salariés.

Pour sa part, l’Organisation de coopération et de développement économiques est revenue cette semaine sur la stagnation de la rémunération au sein des pays de la zone. La forte création d’emplois observée depuis la reprise économique reste concentrée dans les secteurs à faible productivité et à basse rémunération. Aussi, la part de la croissance économique récupérée depuis la crise et redistribuée aux employés sous forme de salaire affiche une baisse quasi généralisée depuis maintenant 15 ans, écrivait-on lundi. Déjà l’an dernier, l’organisation mesurait que « les revenus du travail réels du 1 % le mieux rémunéré ont augmenté beaucoup plus rapidement que ceux des travailleurs à temps plein médians, accentuant une tendance déjà bien installée ».

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