États-Unis: la Fed répond à Trump par un statu quo

Le président de la Fed, Jerome Powell, a noté que les principaux indicateurs économiques étaient généralement «conformes aux attentes à long terme».
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le président de la Fed, Jerome Powell, a noté que les principaux indicateurs économiques étaient généralement «conformes aux attentes à long terme».

Message de la Réserve fédérale américaine au président Trump : la croissance économique est « solide », le marché de l’emploi est « fort », et s’il est vrai que l’inflation est un peu basse, cela devrait se corriger tout seul au cours des prochains mois. Aussi, les taux d’intérêt ne bougeront pas.

La banque centrale américaine a maintenu, mercredi, son taux directeur dans l’étroite fourchette comprise entre 2,25 % et 2,50 %. La décision prise à l’unanimité par les 10 membres votants du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) n’a surpris personne, aucun des 90 prévisionnistes sondés sur la question par l’agence Bloomberg n’ayant prédit un changement à la hausse ou à la baisse.

Annoncée au terme d’une réunion du FOMC de deux jours, la décision avait été précédée, la veille, par de nouveaux appels pressants du président américain pour une politique monétaire beaucoup plus stimulatrice. Faisant une fois de plus l’impasse sur l’indépendance de la Fed, Donald Trump l’avait encore critiquée sur son fil Twitter mardi pour avoir augmenté son taux directeur de 0,25 point de pourcentage à quatre reprises l’an dernier avant d’ajouter : « Nous avons le potentiel de décoller comme une fusée si on abaisse les taux d’un point [de pourcentage], par exemple, et qu’on y ajoute des mesures d’assouplissement quantitatif. »

En conférence de presse, le président de la Fed, Jerome Powell, a noté que les principaux indicateurs économiques étaient généralement « conformes aux attentes à long terme » et révélateurs d’une « saine trajectoire ». Il a notamment observé que l’activité économique se révèle même un peu plus « solide » que prévu et que le marché de l’emploi « reste fort ».

Alors que la Fed disait en mars s’attendre à un tassement de la croissance du produit intérieur brut (PIB), cette dernière a récemment bondi d’un rythme annuel de 2,2 % au dernier trimestre de 2018 à 3,2 % au premier trimestre de 2019. Quant au taux de chômage le mois dernier, on devrait en avoir une première estimation vendredi, mais les spécialistes ne croient pas qu’il ait beaucoup changé depuis le mois de mars alors qu’il n’était que de 3,8 %.

Il est vrai que les dépenses des ménages et l’investissement des entreprises ont ralenti en début d’année, mais peut-être plus encore, que l’inflation « a décliné » et se situe actuellement sous la cible de 2 %, a admis la Fed. En effet, sa mesure de prédilection des prix à la consommation, qui exclut les facteurs les plus volatils comme l’énergie et l’alimentation, est passée d’une hausse en 12 mois de 2 % en décembre à seulement 1,6 % en mars.

Ce ralentissement de l’inflation n’est vraisemblablement le résultat que de « facteurs temporaires », a expliqué Jerome Powell. Mais si cela devait se révéler une tendance plus lourde, des ajustements seraient apportés à la politique monétaire.

Patiente et prudente

La banque centrale américaine a réitéré une nouvelle fois son intention de se montrer « patiente », sa façon de dire qu’elle entend bien pour le moment rester sur les lignes de touche. En conférence de presse, son patron a aussi pris grand soin de ne pas avoir l’air de répondre directement aux commentaires de Donald Trump. Il s’est montré tout aussi réservé sur les alliés politiques que le président voudrait pouvoir placer dans les deux sièges vacants au FOMC et qui se sont attiré de multiples critiques, tant au Congrès américain que dans la communauté des experts.

Dans ce contexte, « il faudrait que l’inflation diminue davantage et de façon persistante pour convaincre [la Fed] de diminuer ses taux directeurs », a expliqué Francis Généreux, économiste du Mouvement Desjardins. « Nous continuons de penser que la Fed ne bougera pas cette année ni l’année prochaine », a commenté son confrère de la Banque TD, James Marple.