Transat courtisée, François Legault inquiet

Le premier ministre du Québec, jadis membre de l’équipe fondatrice du voyagiste, a promis de tout faire pour garder ce siège social au Québec.
Photo: Pascal Pavani Agence France-Presse Le premier ministre du Québec, jadis membre de l’équipe fondatrice du voyagiste, a promis de tout faire pour garder ce siège social au Québec.

Vulnérable à une prise de contrôle, Transat A.T. a annoncé mardi qu’elle était courtisée par « plus d’une partie ». En réaction immédiate, François Legault, aujourd’hui premier ministre du Québec mais jadis membre de l’équipe fondatrice du voyagiste, a promis de tout faire pour garder ce siège social au Québec, voire d’appuyer une réponse québécoise.

Ce n’était qu’une question de temps. Avec une action se négociant à 5,67 $, près de son bas des 52 dernières semaines, avec une capitalisation boursière de quelque 215 millions pour une entreprise disposant d’un actif de 1,56 milliard abritant des liquidités de près de 600 millions, avec un actionnariat diffus, le principal actionnaire étant probablement encore le Fonds de solidarité FTQ avec 11,6 % des actions, Transat A.T. a annoncé mardi qu’elle était « en discussions préliminaires avec plus d’une partie concernant une transaction potentielle visant l’acquisition de la société ».

Le voyagiste intégré a mis sur pied un comité spécial d’administrateurs indépendants « chargé d’évaluer les propositions avec l’aide de conseillers financiers et juridiques, de considérer et, si jugé approprié, d’entreprendre un processus de revue formelle des options stratégiques, d’examiner toute proposition alternative, et de faire des recommandations au conseil d’administration dans l’intérêt de la société et de toutes ses parties prenantes ».

Transat prend soin d’ajouter que ces manifestations d’intérêt n’ont aucune incidence sur les clients ou les quelque 5000 employés de Transat ni sur ses activités, qui se poursuivent comme à l’accoutumée. « Les discussions sont à un stade préliminaire. Aucune décision n’a été prise à l’égard d’une transaction potentielle. Il n’y a aucune garantie qu’une transaction sera conclue. »

L’analyste Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, évoquait les noms des fonds spéculatifs américain KKR et suédois EQT Partners parmi les acheteurs potentiels, alors que le géant chinois Fosun International, déjà propriétaire du Club Med, aurait manifesté un intérêt, a-t-il écrit. Ces trois joueurs courtisent présentement le britannique Thomas Cook, deuxième voyagiste à l’échelle mondiale.

Air Transat et Thomas Cook ont, l’automne dernier, entrepris des discussions préliminaires en vue d’une éventuelle mise en commun de leurs réseaux respectifs, sous la forme d’un éventuel partage de codes, voire de l’interconnexion des réseaux entre les deux composantes aériennes.

Le cas échéant, ces acheteurs étrangers se heurteraient toutefois à une disposition de la Loi sur les transports limitant à 49 % la propriété étrangère dans une compagnie aérienne canadienne.

Je suis préoccupé depuis hier après-midi. Cela a fait partie de mes rêves cette nuit.

À l’échelle canadienne, Air Canada ne fait pas de commentaires sur une situation hypothétique. Mais le solide face à face que le transporteur et sa filiale Rouge livrent à Transat pourrait soulever un enjeu de concurrence. Quant à WestJet, pour qui Transat serait un complément naturel ne serait-ce que pour accélérer sa percée dans l’Est canadien et vers le marché européen, le transporteur n’avait toujours pas fait de commentaires au moment où ces lignes étaient écrites. Même silence de la part de Groupe de voyage Sunwing, numéro un vers les destinations soleil.

Conflit d’intérêts émotif

Sur la scène politique, François Legault, visiblement surpris, a été rappelé mardi à son passé de membre de l’équipe fondatrice de Transat. Soulignant qu’il ne détenait plus d’actions du voyagiste, le premier ministre s’est dit en conflit d’intérêts non pas financier, mais émotif. « C’est pour cela que je laisse ce dossier à Pierre Fitzgibbon. » M. Legault a ajouté que tout sera fait pour garder le siège social au Québec, entre autres trouver et appuyer un acheteur québécois. « Je suis préoccupé depuis hier après-midi. Cela a fait partie de mes rêves cette nuit », a-t-il ajouté.

En point de presse à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a rappelé que le gouvernement avait mis sur pied un fonds de 1 milliard pour protéger les sièges sociaux. Il a dit ne pas connaître l’identité des joueurs en discussion avec Transat.

L’action de Transat a bondi de 46 % mardi, ou de 2,59 $, à 8,26 $. À ce cours, la capitalisation boursière du voyagiste passe à 312 millions, selon le nombre d’actions en circulation.