L’impact sur la valeur des propriétés force la réflexion

Les institutions financières ne raffolent pas de l’idée de consentir des prêts pour des propriétés dans les zones d’inondation 0-20 ans.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les institutions financières ne raffolent pas de l’idée de consentir des prêts pour des propriétés dans les zones d’inondation 0-20 ans.

Quel impact les inondations auront-elles sur la valeur des propriétés ? La réponse à cette question demeure nébuleuse pour l’instant, mais Desjardins, qui contrôle environ 40 % du marché hypothécaire au Québec, s’interroge déjà au sujet des clients dont la maison vaudrait soudainement moins que ce qu’ils doivent à l’institution.

« Desjardins est en réflexion sur l’accompagnement qu’on va donner aux sinistrés dont la valeur de la maison est inférieure au prêt », a indiqué mardi un porte-parole, Richard Lacasse. « Je ne peux pas en dire plus, mais on est conscients qu’il y a des situations qui vont se présenter » où la valeur de revente glissera sous celle de l’hypothèque.

Environ 6700 résidences étaient inondées mardi — dont 2500 à Sainte-Marthe-sur-le-Lac — et 3500 autres étaient isolées. Le nombre de personnes évacuées s’élevait à 10 260.

La littérature décrivant l’impact d’inondations sur la valeur des propriétés n’est pas abondante. Des chercheurs ont cependant produit l’an dernier une étude portant sur la célèbre rivière Rouge. Celle-ci monte vers le Manitoba depuis la région métropolitaine de Fargo, dans le Dakota du Nord, soumise depuis le XIXe siècle à des inondations répétées.

Selon l’étude, publiée dans le Journal of Real Estate Finance and Economics, une inondation majeure entraîne généralement un écart de 3,5 % à 12,2 % entre la valeur des propriétés en zone inondable et celle des propriétés à l’extérieur de cette zone. L’écart atteint 14 % et 16 % après une deuxième inondation, moins forte. Mais ces écarts finissent par disparaître, soulignent les chercheurs.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir À Sainte-Marthe-sur-le-Lac, des sinistrés attendaient de rentrer chez eux.

« Nous étudions au cas par cas les demandes de financement hypothécaire pour des propriétés situées en zones inondables », a indiqué la Banque Nationale dans une déclaration écrite. « Notre équipe d’experts effectue plusieurs validations, notamment la réglementation du secteur visé, l’imperméabilité ou le type de construction. Nous porterons attention au débat entourant les zones inondables, mais dans tous les cas nous appliquerons la réglementation en vigueur. »

Un effet majeur

L’effet des inondations pourrait être « énorme », dit le porte-parole de l’agence hypothécaire Multi-Prêts, Denis Doucet. En premier lieu, les événements pourraient inciter des acheteurs ou des prêteurs à annuler des transactions. Ce qui affectera inévitablement les gens comptant sur la vente pour générer une mise de fonds afin de financer l’achat d’une autre propriété.

M. Doucet craint que « la nouvelle étude que le gouvernement va faire pour redélimiter les zones d’inondation 0-20 ans » ne donne lieu à des « zones beaucoup plus larges ». Des propriétaires qui se trouvent dans la zone 20-100 ans pourraient, en théorie, basculer dans la zone 0-20 ans. « Donc eux, pour revendre, ça va devenir compliqué. »

Les institutions financières ne raffolent pas de l’idée de consentir des prêts pour des propriétés dans les zones d’inondation 0-20 ans, dit M. Doucet. L’ampleur des événements a probablement secoué les institutions, selon lui. « On ne sait pas comment elles vont réagir, mais c’est évident que ça ne sera pas un statu quo les yeux fermés. »

Le concept de zone « exclue » n’existe pas d’emblée chez Desjardins, a dit son porte-parole. « Il est possible, dans certains cas, qu’il y ait eu un refus d’octroyer un prêt dans l’intérêt du membre ou du client, parce qu’en regardant les risques d’inondation, l’historique du dossier, on se rend compte que les possibilités de se ramasser avec un prêt supérieur à la valeur du bien… On convient que ce n’est pas dans l’intérêt de la personne. »

L’attrait pour le bord de l’eau, ou une vue, demeure fort et le marché sera toujours soumis aux lois de l’offre et de la demande, prévient Denis Doucet. Les gens ne voudront peut-être pas acheter dans le secteur de Sainte-Marthe-sur-le-Lac l’an prochain, « mais avec le temps, les générations changent, les gens oublient, et finalement ils rachètent. À la base, les municipalités doivent prendre leurs responsabilités pour s’assurer que les permis de construction qui sont octroyés assurent une certaine viabilité ».
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que la rivière Rouge descend du Manitoba jusqu'à la région métropolitaine de Fargo, a été modifiée.