Un bloc de 300 MW pour les cryptomonnaies, mais pas d’enchères

Selon le directeur des relations publiques chez Bitfarms, qui se présente comme le principal mineur québécois de cryptomonnaies, il fallait éviter une hausse des tarifs facturés aux promoteurs ainsi qu’une enchère tarifaire pour éviter de «tuer une industrie émergente qui a besoin de stabilité» à l’heure actuelle.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Selon le directeur des relations publiques chez Bitfarms, qui se présente comme le principal mineur québécois de cryptomonnaies, il fallait éviter une hausse des tarifs facturés aux promoteurs ainsi qu’une enchère tarifaire pour éviter de «tuer une industrie émergente qui a besoin de stabilité» à l’heure actuelle.

Il n’y aura pas de nouveau tarif d’électricité pour les joueurs du secteur de la chaîne de blocs et des cryptomonnaies — comme le bitcoin — déjà présents au Québec ainsi que pour ceux qui souhaitent venir s’y établir.

C’est ce qui a été décidé par la Régie de l’énergie dans une décision dévoilée lundi, qui confirme aussi l’octroi d’un bloc de 300 mégawatts (MW) à cette industrie en plus de rejeter la proposition d’Hydro-Québec de soumettre les nouveaux projets à un encan tarifaire. Cette dernière mesure aurait fait grimper les enchères, étant donné que la société d’État aurait pu exiger au moins 1 ¢ de plus du kilowattheure par rapport au tarif normal. La « catégorie de consommateurs d’électricité pour un usage cryptographique appliqué aux chaînes de blocs » paiera plutôt, selon le cas, le tarif LG (3,46 ¢ le kilowattheure plus le coût de la puissance requise) ou M (5,03 ¢ le kilowattheure plus le coût de la puissance requise).

« L’encan tarifaire […] va à l’encontre des bonnes pratiques tarifaires en créant une situation discriminatoire, sans motifs raisonnables, entre les différents clients faisant un usage cryptographique appliqué aux chaînes de blocs, mais également entre les différentes catégories de consommateurs », fait valoir la Régie.

L’organisme avait tenu des audiences de juin à novembre alors qu’Hydro-Québec craignait de ne pas pouvoir répondre à toutes les demandes de cette industrie, qui utilise des équipements informatiques énergivores et produisant beaucoup de chaleur. Depuis, la baisse de la valeur des monnaies virtuelles, comme le bitcoin qui a abandonné 42,5 % depuis les 12 derniers mois pour se négocier aux alentours de 5300 $ US, a tempéré l’ardeur de certains promoteurs.

Au tarif LG, le bloc de 300 MW représenterait des revenus d’au moins 120 millions pour Hydro-Québec, selon un porte-parole, Jonathan Côté. En tenant compte des ententes déjà conclues avec certains clients et les réseaux municipaux, le volume total réservé à l’industrie atteindra 668 MW. « Si l’on regarde l’ensemble de la décision, la majorité de ce que nous avions proposé est pratiquement reprise telle quelle, a-t-il expliqué. Cela nous permet d’aller de l’avant. Il s’agissait de ventes qui demeuraient sur la table. » Interrogé, il a tempéré le rejet de la proposition d’encan tarifaire, soulignant que cette proposition de la société d’État répondait à la demande d’un décret gouvernemental où l’on souhaite maximiser les revenus.

Puisque la Régie s’est prononcée, le processus de sélection des projets visant à octroyer les 300 MW débutera dans les prochaines semaines, a indiqué M. Côté. Avant de sélectionner un projet, on tiendra compte de la création d’emplois, des investissements effectués au Québec ainsi que des efforts de récupération de chaleur.

Si la consommation excède 300 MW, chaque kilowattheure coûtera 15 ¢,soit près de trois fois le tarif LG. De plus, il faudra faire une place aux plus petits joueurs, car au moins 50 MW devront être consacrés aux projets de 5 MWet moins.

« La décision de la Régie correspond à ce que l’on demandait », a expliqué Bahador Zabihiyan, directeur des relations publiques chez Bitfarms, qui se présente comme le principal mineur québécois de cryptomonnaies. Selon lui, il fallait éviter une hausse des tarifs facturés aux promoteurs ainsi qu’une enchère tarifaire pour éviter de « tuer une industrie émergente qui a besoin de stabilité » à l’heure actuelle. Avec plus de prévisibilité, Bitfarms pourra poursuivre ses projets d’expansion à Sherbrooke, dit M. Zabihiyan.

Jonathan Hamel, fondateur de l’Académie Bitcoin, une firme-conseil, a estimé que la décision de la Régie constituait une « victoire majeure » pour l’industrie. « Dans le meilleur des mondes, on n’aurait pas plafonné le bloc d’énergie, mais je pense que c’est un bon premier pas par rapport à ce qui peut être réalisé au Québec, où les capitaux ne sont pas illimités », a-t-il dit.