Immigration: des chefs d’entreprise appellent les partis à calmer le jeu

Les experts disent que le Canada aura besoin d’un afflux constant de travailleurs pour pourvoir des postes et financer des programmes sociaux.
Photo: Getty Images Les experts disent que le Canada aura besoin d’un afflux constant de travailleurs pour pourvoir des postes et financer des programmes sociaux.

Les dirigeants de grandes entreprises inquiets de la démographie vieillissante du Canada ont exhorté les partis politiques à ne pas enflammer le débat sur l’immigration en vue des élections fédérales de cet automne.

Le président du groupe de pression représentant les dirigeants des plus grandes entreprises canadiennes a déclaré qu’il avait déjà soulevé la question avec des chefs de parti qui préparent leur campagne en vue du scrutin d’octobre prochain. Étant donné des signes montrant de l’inquiétude dans la population en ce qui concerne l’immigration, le président et chef de la direction du Conseil canadien des affaires, Goldy Hyder, a déclaré qu’il avait mis en avant les bénéfices économiques de l’ouverture des portes du pays à un plus grand nombre de personnes.

Devant les journalistes, jeudi à Ottawa, M. Hyder a fait valoir que le pays se trouvait « à 10 ans d’un véritable point de bascule démographique ». « Ce que j’ai dit aux chefs des partis politiques sur cette question est ceci : “S’il vous plaît, s’il vous plaît, faites de votre mieux pour résister à faire de l’immigration l’enjeu de cette élection.” Je ne pouvais pas être plus clair », a-t-il indiqué.

Le message des dirigeants d’entreprise arrive à un moment où le débat public et politique est axé sur l’immigration, les réfugiés et la sécurité frontalière, au point de devenir un enjeu électoral tentant pour les partis luttant âprement pour la faveur des électeurs. Un sondage publié ce mois-ci par Ekos Research laisse croire à une augmentation importante de la proportion de personnes qui pensent qu’il y a trop de minorités visibles au Canada, même si l’opposition générale à l’immigration est restée pratiquement inchangée ces dernières années et reste inférieure à ce qu’elle était dans les années 1990.

Le Canada a augmenté ses seuils d’immigration et prévoit d’accueillir plus de gens. Le ministère de l’Immigration s’est fixé pour objectif de faire venir près de 331 000 personnes cette année, 341 000 en 2020 et 350 000 en 2021, selon son rapport au Parlement de 2018. Alors que la génération des baby-boomers se fait vieillissante, les experts disent que le Canada — à l’instar d’autres pays occidentaux — aura besoin d’un afflux constant de travailleurs pour pourvoir des postes et financer des programmes sociaux, tels que les soins de santé publics, par l’entremise de l’impôt sur le revenu.

M. Hyder a également fait référence à la promesse électorale du premier ministre du Québec, François Legault, de réduire de 20 % les niveaux annuels d’immigration dans sa province. M. Legault a remporté les élections après avoir fait ce voeu, même si le Québec fait face à des défis démographiques importants. Plus tôt cette semaine, la Banque du Canada a souligné l’importance économique de l’immigration dans son rapport sur la politique monétaire. Carolyn Wilkins, première sous-gouverneure de la banque centrale, a déclaré que, sans l’immigration, la main-d’oeuvre canadienne cesserait de croître d’ici cinq ans.

M. Hyder a indiqué qu’il faisait partie d’un groupe appelé Initiative du siècle, qui aimerait voir le Canada, un pays d’environ 37 millions d’habitants, atteindre 100 millions d’habitants d’ici 2100. Le groupe a été cofondé par M. Hyder et plusieurs autres personnes, dont deux membres de l’influent conseil consultatif économique du gouvernement Trudeau — Dominic Barton, directeur général du cabinet de conseil McKinsey & Co., et Mark Wiseman, un haut dirigeant du géant de la gestion des investissements BlackRock. M. Hyder était consultant en affaires avant de rejoindre le Conseil canadien des affaires et était l’un des principaux collaborateurs du chef du Parti progressiste-conservateur fédéral Joe Clark.

L’Initiative du siècle souhaite que le Canada augmente de manière responsable sa population afin de contribuer à son potentiel économique.