Le projet éolien Apuiat pourrait être relancé grâce à New York

En mêlée de presse mardi à Québec, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a confirmé que le Québec allait «réactiver de manière intense» les négociations avec New York.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir En mêlée de presse mardi à Québec, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a confirmé que le Québec allait «réactiver de manière intense» les négociations avec New York.

L’appétit de la Ville de New York pour l’hydroélectricité québécoise pourrait contribuer à ressusciter Apuiat, ce projet éolien des Innus que le gouvernement caquiste avait torpillé l’an dernier. Hydro-Québec pourrait en effet avoir besoin dans un avenir rapproché de l’électricité d’Apuiat, si le maire de New York, Bill de Blasio, concrétise son intention exprimée lundi d’alimenter sa métropole à 100 % avec de l’hydroélectricité canadienne d’ici à 2020.

La société d’État québécoise essaie actuellement d’écouler ses surplus d’énergie, estimés pour 2019 à 12,6 térawattheures (TWh) ; or ce juteux contrat d’approvisionnement en gestation avec New York pourrait solliciter jusqu’à 5 TWh par an. Et si le projet d’entente d’approvisionnement de 9,45 TWh par an avec le Massachusetts aboutit, c’est alors que le parc éolien Apuiat, avec son potentiel de 200 mégawatts (MW), permettrait de sécuriser les approvisionnements.

En mêlée de presse mardi à Québec, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a confirmé que le Québec allait « réactiver de manière intense » les négociations avec New York, en plus de rouvrir la porte aux Innus de la Côte-Nord. « Pour nous, c’est clair que le prochain projet électrique de toute nature sera Apuiat, donc aussitôt qu’on aura la démonstration que nos surplus seront bien entamés, Apuiat aura lieu. »

Rappelons que le gouvernement Legault avait bloqué l’automne dernier le projet de 600 millions des Innus, qui avait pourtant reçu l’appui du précédent gouvernement libéral. Le gouvernement caquiste faisait valoir qu’Hydro devait d’abord écouler ses surplus avant de s’engager à acheter l’électricité d’Apuiat, qui représentait un « coût potentiel » de 1,6 milliard pour la société d’État.

Tombé à point

L’intérêt du maire de New York tombe à point pour Hydro-Québec, qui, à l’exception de son important contrat avec le Massachusetts, ne dispose pas d’une multitude d’options, à l’heure actuelle, afin d’exporter ses surplus. En plus d’un revers au Connecticut survenu en fin d’année, rien ne bouge du côté d’un appel de propositions — auquel la société d’État a répondu — de la New York Power Authority (NYPA) pour 1 TWh lancé en septembre 2017.

Jusqu’à présent, Hydro-Québec n’avait pas fourni de détails sur le sort de son offre au Connecticut, mais elle a confirmé que sa proposition, déposée en septembre dernier, n’avait « pas été retenue ». À la suite d’une vérification effectuée par La Presse canadienne, la société d’État a confirmé avoir appris la nouvelle à la fin décembre. La société d’État espérait écouler annuellement 3 TWh à destination de cet État américain. Mais la concurrence était plus féroce qu’à l’habitude, puisque l’on acceptait l’énergie fournie par des centrales nucléaires. C’est finalement la centrale de Millstone, au Connecticut, qui a remporté la mise.

Quant à l’appel de propositions de la NYPA, qui n’a pas répondu aux questions à ce sujet, rien ne semble indiquer que le processus connaîtra son dénouement prochainement. Parallèlement, le premier ministre ontarien, Doug Ford, ne semble pas désireux d’acheter davantage d’hydroélectricité québécoise alors que sa province doit procéder à la rénovation de ses centrales nucléaires.

Ainsi, Hydro-Québec doit continuer, pour le moment, à se rabattre sur son contrat de vingt ans avec le Massachusetts pour 9,45 TWh d’hydroélectricité par année, ce qui pourrait générer des revenus de 10 milliards. Toutefois, pour que cela se concrétise, la société d’État et son partenaire Central Maine Power devront s’assurer que le New England Clean Energy Connect qui doit traverser le Maine obtient tous ses permis. Le projet a récemment obtenu le feu vert de la commission des services publics du Maine.

Surplus annuels prévus chez Hydro-Québec:

— 2019 : 12,6 TWh

— 2020 : 11,3 TWh

— 2021 : 12,2 TWh

— 2022 : 11,4 TWh

— 2023 : 10,8 TWh

(Source : Plan d’approvisionnement 2017-2026 d’Hydro-Québec)