Le Canada, un cancre environnemental

L’Alberta, qui représentait moins de 12% de la population du Canada en 2017, était responsable de presque 40% des émissions totales de GES, notamment en raison d’un secteur des sables bitumineux polluant à lui seul autant que l’économie québécoise tout entière.
Photo: Jason Woodhead Creative Commons L’Alberta, qui représentait moins de 12% de la population du Canada en 2017, était responsable de presque 40% des émissions totales de GES, notamment en raison d’un secteur des sables bitumineux polluant à lui seul autant que l’économie québécoise tout entière.

Ne nous faisons pas de cachette : le bilan environnemental du Canada est très mauvais et peu de raisons donnent à penser que les choses sont tellement en train de s’améliorer.

La semaine qui s’achève a été pour le moins difficile en cette veille de Jour de la Terre. L’Alberta s’est ajoutée à l’Ontario, la Saskatchewan, le Manitoba et le Nouveau-Brunswick sur la liste désormais longue des provinces dont le gouvernement conservateur ne veut rien entendre d’une taxe sur le carbone sous quelque forme que ce soit, y compris celle qu’Ottawa entend imposer par défaut aux récalcitrants. Le retour au pouvoir des conservateurs à Edmonton après un bref intermède néodémocrate vient avec l’intention déclarée de lâcher encore plus la bride à l’industrie pétrolière et gazière albertaine.

Le hasard a voulu qu’un peu plus tôt durant la semaine, on dévoile un nouveau bilan officiel du gouvernement fédéral sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada destiné aux Nations unies. On y confirmait qu’au lieu de diminuer, ces émissions ont augmenté entre 2016 et 2017, éloignant le pays de ses cibles (modestes) de réduction de GES dans le cadre de sa lutte contre les changements climatiques.

Si la tendance se maintient…

Globalement, les émissions du Canada en 2017 étaient de 2 % inférieures à 2005, contre un objectif de réduction du Canada pour 2030 de 30 %. Par rapport à 1990, année de référence du Protocole de Kyoto et de la plupart des pays dont les politiques sont jugées les plus sérieuses en la matière, on rapporte une hausse de 19 %, à raison de diminutions de 21 % dans la production d’électricité et de 25 % dans l’industrie lourde, mais d’augmentations de 43 % dans le transport et de 84 % dans le secteur pétrolier et gazier, deux secteurs qui comptent chacun pour environ le quart des émissions totales canadiennes.

On devine que toutes les provinces ne sont pas égales à ce chapitre, les plus grandes provinces affichant un certain progrès en 27 ans, à raison d’une diminution d’environ 10 % au Québec (par rapport à 1990 comme 2005) et de 12 % en Ontario (–22 % par rapport à 2005). C’est une tout autre histoire pour les provinces de l’Ouest riches en énergie fossile, l’Alberta et la Saskatchewan affichant respectivement une augmentation de 58 % (+18 %) et de 77 % (+14 %).

En fait, la petite Saskatchewan émettait en 2017 autant de GES que le Québec, dont l’économie est cinq fois plus grosse et la population, sept fois plus grande. Quant à l’Alberta, qui représentait moins de 12 % de la population du Canada et moins de 16 % de son économie, elle était responsable de presque 40 % des émissions totales de GES, en raison notamment d’une industrie pétrolière et gazière comptant pour plus de la moitié de ce total et un secteur des sables bitumineux polluant à lui seul autant que l’économie québécoise tout entière.

En queue de peloton

Cette mise à jour des tendances en matière de lutte contre les changements climatiques au Canada n’a rien pour améliorer le portrait que dressait, il y a un peu plus d’un an, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son plus récent Examen environnemental du Canada. On y constatait qu’il était, en proportion de son économie, le pays le plus énergivore de toutes les économies développées après l’Islande, le deuxième consommateur de ressources naturelles (après le Chili) et le deuxième émetteur de GES (après l’Estonie). On soulignait déjà que pour atteindre ses objectifs de diminution de GES, « le Canada devra réduire radicalement l’intensité carbone de la production d’énergie, en particulier dans le secteur des sables bitumineux ».

La grande utilisation d’électricité de sources à faibles émissions de carbone, notamment hydraulique (60 %) et nucléaire (17 %), valait tout de même de bons points au Canada, tout comme l’amélioration de la qualité de son air extérieur les dernières années.

On déplorait cependant l’augmentation de 30 % des déchets ménagers depuis 2002, qui dépassait celle de la population comme de l’économie, d’autant plus que près des trois quarts d’entre eux étaient toujours mis à la décharge. On soulignait que près de 20 % des sites d’approvisionnement en eau testés indiquaient une qualité mauvaise ou médiocre due, entre autres, à la pollution urbaine, la pollution agricole et la persistance d’anciens contaminants. On s’étonnait de l’augmentation de l’utilisation d’engrais deux fois plus rapide que celle de la production agricole et de son impact sur la pollution des cours d’eau. On rappelait aussi au Canada que seulement 10 % de ses zones terrestres et 1 % de ses zones marines et côtières étaient formellement protégées, soit encore très loin de son engagement à l’ONU de porter ces proportions à 17 % d’ici 2020.

Partageant la conviction des experts que l’un des plus puissants moyens d’aider la transition vers une économie verte était d’envoyer aux consommateurs et aux entreprises les bons signaux de prix, l’OCDE s’étonnait du fait que le Canada subventionne encore les énergies fossiles et déplorait que le Canada soit en queue de peloton des pays développés, aux côtés des États-Unis et du Mexique, en matière de niveaux de taxation environnementale.

Malgré ce sombre tableau, l’OCDE trouvait quelques raisons d’espérer. Elle se réjouissait, notamment, du nouveau souffle apporté aux politiques environnementales par le nouveau gouvernement fédéral de Justin Trudeau. On saluait, entre autres, ses programmes d’investissement dans les infrastructures vertes, mais surtout sa capacité à négocier et à s’entendre avec les provinces sur la mise en place d’un système de tarification du carbone…

Misère.