Ottawa et Bruxelles se lèvent contre les sanctions américaines envers Cuba

Les États-Unis ont indiqué leur intention de laisser s’appliquer un article de la loi Helms-Burton de 1996 permettant aux Américains de poursuivre en justice des sociétés étrangères liées à des propriétés cubaines confisquées après la révolution de 1959.
Photo: Ramon Espinosa Associated Press Les États-Unis ont indiqué leur intention de laisser s’appliquer un article de la loi Helms-Burton de 1996 permettant aux Américains de poursuivre en justice des sociétés étrangères liées à des propriétés cubaines confisquées après la révolution de 1959.

Le Canada et l’Union européenne ont promis de résister aux nouvelles sanctions de Washington contre les investisseurs à Cuba.

Ottawa et Bruxelles ont eu beau, depuis le début de l’année, multiplier les démarches pour faire changer d’avis la Maison-Blanche, le gouvernement Trump a quand même donné suite, mercredi, à sa menace d’appliquer une mesure suspendue depuis deux décennies et exposant les compagnies étrangères faisant affaire dans l’île à des milliers de poursuites pour plusieurs milliards.

En même temps qu’ils annonçaient une volée de nouvelles sanctions économiques contre Cuba, le Venezuela et le Nicaragua, les États-Unis ont indiqué leur intention, à partir du 2 mai, de laisser pour la première fois s’appliquer un article de la loi Helms-Burton de 1996 permettant aux Américains de poursuivre en justice des sociétés étrangères liées à des propriétés cubaines confisquées après la révolution de 1959. « C’est une attaque au droit international et à la souveraineté de Cuba et d’États tiers », a réagi le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez.

Photo: Wilfredo Lee Associated Press John Bolton

Le Canada et l’Union européenne n’ont pas tardé, non plus, à répondre à l’annonce. Dans une déclaration commune, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, ont parlé d’une décision « regrettable [qui] aura d’importantes répercussions » sur des « acteurs économiques légitimes » canadiens et européens. Les deux camps ont dit examiner maintenant « toutes les options », y compris devant l’Organisation mondiale du commerce, afin de répondre à cette mesure « contraire au droit international » et ont rappelé qu’ils s’étaient tous deux dotés depuis longtemps de règles neutralisant la loi Helms-Burton sur leurs propres territoires et la condamnant à « aboutir à une spirale inutile de poursuites judiciaires ».

Des milliards

Le chapitre III de la loi Helms-Burton étend aux exilés cubains ayant pris la nationalité américaine le droit de poursuivre aux États-Unis des entreprises de pays tiers qui seraient non seulement directement propriétaires d’actifs expropriés sans compensation après la révolution castriste, mais qui feraient aussi seulement affaire avec ces propriétaires. Une Commission pour le règlement des réclamations à l’étranger relevant du ministère américain de la Justice a recensé près de 6000 réclamations pour un montant de 1,9 milliard. À un taux d’intérêt annuel de 6 %, cela représenterait une somme de 6 milliards, selon une étude citée mercredi par l’Agence France-Presse. Washington serait aussi au fait de 200 000 autres réclamations représentant « plusieurs dizaines de milliards », selon un porte-parole du ministère américain du Commerce cité, cette fois, par le Financial Times.

Nous défendrons pleinement les intérêts des [Canadiens] qui font du commerce et mènent des activités d’investis­sement légitimes avec Cuba

L’Union européenne est le plus important investisseur étranger à Cuba, et son deuxième partenaire commercial. Le Canada arrive aussi dans le peloton de tête, notamment en raison d’une forte présence dans les secteurs minier, bancaire et touristique. Parmi les exemples d’entreprises à risque le plus souvent évoquées, on retrouve les chaînes hôtelières espagnoles Meliá et Iberostar, le géant français Pernod Ricard et la minière canadienne Sherritt International, participante à une société mixte propriétaire d’une usine de nickel à Cuba. « J’ai communiqué avec des entreprises canadiennes pour réaffirmer que nous défendrons pleinement les intérêts des [Canadiens] qui font du commerce et mènent des activités d’investissement légitimes avec Cuba », a assuré dans un communiqué mercredi Chrystia Freeland.

La « troïka de la tyrannie »

En décourageant les partenaires internationaux de Cuba, la mesure de Washington vise surtout son régime communiste qui a fait des investissements étrangers une priorité pour soutenir son économie en crise et minée par les pénuries.

Les États-Unis exercent depuis 1962 un embargo économique sur Cuba, que le président démocrate Barack Obama avait commencé à assouplir, mais que son successeur républicain, Donald Trump, s’applique aujourd’hui à raffermir.

Dans un discours en Floride devant des élus d’origine cubaine et des exilés cubains qui ont participé au débarquement raté de la baie des Cochons, exactement 58 ans plus tôt, son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, en a profité mercredi pour annoncer également de nouvelles restrictions pour le voyage d’Américains dans l’île, une diminution des montants des transferts d’argent depuis les États-Unis vers Cuba par les familles et l’ajout de cinq nouvelles sociétés cubaines sur sa liste de sanctions.

Étendant sa guerre contre ce qu’il qualifie de « troïka de la tyrannie », le gouvernement Trump a aussi dévoilé de nouvelles sanctions contre deux autres de ses bêtes noires en Amérique latine : les gouvernements socialistes vénézuélien et nicaraguayen. Déjà la cible d’importantes pressions économiques et politiques de la part de nombreux pays, y compris le Canada, le Venezuela de Nicolás Maduro verra désormais sa banque centrale empêchée d’utiliser des dollars américains. Au Nicaragua, ce sont la banque Banco Corporativo, le fils ainsi que l’épouse du président, Daniel Ortega, qui feront maintenant l’objet de sanctions de la part du Trésor américain.

Avec l’Agence France-Presse