Investissement Québec: une certaine volatilité à prévoir, dit le ministre

En 2017-2018, Investissement Québec a engagé 1,1 milliard de fonds propres dans un total de 1456 interventions financières.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne En 2017-2018, Investissement Québec a engagé 1,1 milliard de fonds propres dans un total de 1456 interventions financières.

La nouvelle mission plus agressive d’Investissement Québec (IQ) pourrait donner lieu à une plus grande volatilité de ses rendements, a prévenu mercredi le ministre de l’Économie et de l’Innovation en disant du même souffle qu’il faudra une reddition de comptes efficace.

Lors du premier budget de la Coalition avenir Québec, le ministre des Finances a indiqué en mars qu’il veut que le bras financier du gouvernement augmente le nombre d’interventions faites « à partir de ses fonds propres », qu’il s’agisse de prêts ou d’acquisition de blocs de participation dans les entreprises.

Or la « prise de risques » dont fera preuve Investissement Québec pourrait vouloir dire des « pertes plus grandes » sur certains placements, a dit le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, lors de l’étude de crédits en commission parlementaire.

« Le gain va être plus grand, mais la perte va être plus grande. Au gouvernement, on se caractérise comme étant audacieux. Mais l’audace… Il va falloir accepter la volatilité des rendements », a dit M. Fitzgibbon. « Il sera super important qu’il y ait une bonne reddition de comptes. » Le gouvernement gère quand même par l’entremise d’IQ « l’argent de 8,5 millions de personnes », a-t-il dit.

Afin de donner les coudées franches à l’organisme et lui permettre de multiplier les appuis auprès d’entreprises cherchant du financement, le capital-actions d’Investissement Québec passera de 4 à 5 milliards, a annoncé le ministre des Finances, Eric Girard, lors du discours sur le budget le 21 mars.

En entrevue à Radio-Canada au mois de décembre, le ministre Fitzgibbon a affirmé qu’« Investissement Québec a beaucoup modulé son offre de service comme une banque, comme une institution financière, en faisant des prêts ». Ce qui « est correct », avait-il ajouté, « mais je pense qu’il va falloir ajuster le curseur ».

Investissement Québec a généré en 2017-2018 un rendement de 8,2 %, cela représentant un bénéfice net record de 264 millions, a indiqué l’organisme en juin dernier. Ce rendement tombe à 5,3 % si l’on exclut certains éléments non récurrents. Au total, IQ a engagé 1,1 milliard de fonds propres au cours de l’année, pour 1456 interventions financières.

Du coup, Investissement Québec a réussi à verser un dividende au gouvernement. « Nous avons réussi à absorber le déficit accumulé en trois ans », avait alors indiqué son p.-d.g., Pierre-Gabriel Côté.

Absence du patron

Contrairement aux dernières années, toutefois, M. Côté n’était pas présent à l’étude de crédits, un rendez-vous traditionnel où les ministres et dirigeants des organismes relevant du gouvernement — la Caisse de dépôt et placement, Hydro-Québec, la Société des alcools, etc. — sont priés de faire le point sur la situation.

L’absence a été faite à la demande de M. Côté, a dit le ministre Fitzgibbon, qui a « acquiescé pour des raisons assez évidentes, je pense, avec les changements qui vont être annoncés assez bientôt ». M. Fitzgibbon a ajouté que le reste de la haute direction était quand même présent.

Dominique Anglade, ex-ministre de l’Économie et donc auparavant responsable d’Investissement Québec, n’a pas apprécié cette absence. « Je ne me rappelle pas une étude de crédits récente où le p.-d.g. d’un organisme public n’était pas présent pour présenter les échanges. Je ne sais pas si on accepterait qu’Hydro-Québec vienne sans son p.-d.g., Éric Martel, ou que la Caisse de dépôt vienne sans Michael Sabia. »

M. Fitzgibbon dit avoir convenu en décembre 2018 avec M. Côté, nommé en décembre 2014, qu’il ne serait pas p.-d.g. d’Investissement Québec dans le futur, compte tenu des changements qui s’en viennent au chapitre de sa mission. Le ministre a dit qu’il était lui-même le mieux qualifié pour parler de l’avenir de l’organisme en raison de son rôle dans le développement de la nouvelle vision.

Des annonces au sujet d’IQ auront lieu dans les « prochains jours », voire les « prochaines semaines », a d’ailleurs soulevé M. Fitzgibbon.