Turbulences dans les négos entre Bombardier-Airbus et les syndicats 

La prise de contrôle du programme de la CSeries — rebaptisé A220 — par Airbus a fait en sorte que les employés affectés à l’assemblage de cet avion à Mirabel, dans les Laurentides, sont désormais dans le giron de la société en commandite.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La prise de contrôle du programme de la CSeries — rebaptisé A220 — par Airbus a fait en sorte que les employés affectés à l’assemblage de cet avion à Mirabel, dans les Laurentides, sont désormais dans le giron de la société en commandite.

Il semble y avoir de la discorde dans les négociations visant à renouveler le contrat de travail de milliers d’employés de Bombardier et de la société en commandite contrôlée par Airbus, qui assemblent l’A220 à Mirabel.

Dans un bulletin interne distribué à ses membres vendredi, que La Presse canadienne a pu consulter, l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), qui négocie avec les deux employeurs, a indiqué que les offres patronales présentées plus tôt cette semaine « se trouvent à des années-lumière » des attentes syndicales. Les conventions collectives sont échues depuis le 30 novembre.

« L’absence d’ouverture de la part des employeurs fait en sorte que nos gains sont inexistants », explique l’AIMTA, qui, sans faire d’autres commentaires, dit vouloir « prendre du recul ». Selon le syndicat, une élimination du régime de retraite à prestations déterminées à la faveur d’un régime à cotisations déterminées, des augmentations salariales qui ne suivent pas « l’augmentation du coût de la vie » et un fractionnement de l’accréditation syndicale figurent dans les propositions de Bombardier et de la société en commandite Airbus Canada.

Après des mois d’échanges, les offres patronales ont été présentées mardi en soirée, mais n’ont pas été soumises aux membres de l’AIMTA, et ce, même si les deux employeurs estimaient que cela aurait dû être le cas, selon la note.

L’absence d’ouverture de la part des employeurs fait en sorte que nos gains sont inexistants

Cette négociation est différente des dernières étant donné que le syndicat doit négocier à la fois avec Bombardier et le géant européen en raison d’une entente de réciprocité conclue il y a un peu plus d’un an. La prise de contrôle du programme de la CSeries — rebaptisé A220 — par Airbus a fait en sorte que les employés affectés à l’assemblage de cet avion à Mirabel, dans les Laurentides, sont désormais dans le giron de la société en commandite. Leur employeur n’est donc plus exclusivement Bombardier. Outre quelque 1000 syndiqués qui s’affairent à assembler l’A220, les négociations concernent plus de 3000 travailleurs de Bombardier affectés au programme des avions CRJ à Mirabel, ainsi que d’autres à Dorval et à Saint-Laurent.

Sous le couvert de l’anonymat afin d’éviter des représailles, certains employés ont exprimé leur étonnement à la lumière du contenu de la note envoyée par l’AIMTA. « On sent que la grogne monte, a expliqué à La Presse canadienne un employé qui travaille à l’assemblage de l’A220. Les gens sont surpris et ils ne s’attendaient pas à cela. Surtout ceux qui pensent bientôt partir à la retraite. »

De façon distincte, Bombardier et la Société en commandite Airbus Canada n’ont pas voulu commenter le contenu des discussions, mais ont indiqué que les pourparlers se poursuivaient. « Est-ce que la négociation est serrée ? C’est sûr, mais c’est le cas dans tous les renouvellements de contrat de travail, pas seulement dans l’aéronautique, a expliqué le porte-parole de l’avionneur québécois, Olivier Marcil. Nous avons confiance de nous entendre et je pense que l’on va arriver à une entente négociée. »

La note de l’AIMTA déplore le contexte actuel en rappelant à ses membres que ceux-ci ont fait preuve de professionnalisme alors que Bombardier a procédé à une autre restructuration, en novembre dernier, en annonçant entre autres l’élimination de 5000 postes, dont 2500 au Québec. Une assemblée syndicale est prévue à la fin avril au Palais des congrès, à Montréal. L’Association dit espérer avoir une offre « crédible » à présenter à ses membres.