L’OCDE appelle les gouvernements à la rescousse de la classe moyenne

L’OCDE note qu’on se retrouve plus exposé au mode de vie des plus riches, au point d’y voir une sorte de normalité à laquelle on aspire.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’OCDE note qu’on se retrouve plus exposé au mode de vie des plus riches, au point d’y voir une sorte de normalité à laquelle on aspire.

Au coeur du bon fonctionnement des économies et des démocraties, la classe moyenne est en perte de vitesse dans les pays développés, confirme l’OCDE.

Aux prises depuis des années avec des revenus qui augmentent moins vite que leurs dépenses, les familles de la classe moyenne ont de plus en plus de mal à maintenir leur mode de vie et en sont de plus en plus frustrées, conclut l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un rapport dévoilé mercredi et intitulé : Sous pression : la classe moyenne en perte de vitesse.

« Les gens sont en colère. Ils estiment ne pas recevoir ce qui leur revient », a déclaré le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, lors du lancement du rapport aux Nations unies à New York, évoquant la montée de toutes sortes de courants populistes, isolationnistes ou anti-système dans plusieurs pays riches. « Les pouvoirs publics doivent entendre les préoccupations des citoyens, mais aussi protéger et promouvoir le niveau de vie de la classe moyenne. Cette démarche permettra de stimuler la croissance économique et de créer un tissu social plus solidaire et plus stable. »

Une majorité sous pression

Dans son rapport, l’OCDE définit la classe moyenne comme les ménages gagnant entre 75 % et 200 % du revenu médian. Au Québec, où, selon Statistique Canada, le revenu familial médian avant impôt était d’environ 51 000 $ en 2016, cela correspond donc aux ménages qui gagnaient entre 38 000 $ et 102 000 $ par an.

Constituant au Canada, comme pour la moyenne des pays de l’OCDE, environ 60 % de la population et des revenus, cette classe moyenne a vu ses revenus croître à pas de tortue depuis une trentaine d’années. C’était malgré tout plus vite que les 30 % des plus pauvres, mais presque trois fois plus lentement que les 10 % des plus riches.

En matière d’effectifs, la classe moyenne au Canada est engagée dans un lent déclin au profit de ces deux autres groupes de revenus. Elle ne compte dans ses rangs que 59 % des millénariaux alors qu’au même âge, on y retrouvait 64 % des membres de la génération X et 67 % des baby-boomers. Pour accéder à la classe moyenne et s’y maintenir, les ménages ne peuvent plus désormais se contenter d’un seul revenu et doivent avoir fait des études de plus en plus longues.

Les gens sont en colère. Ils estiment ne pas recevoir ce qui leur revient.

Au même moment, il devient de plus en plus difficile d’accéder au niveau de vie normalement associé à la classe moyenne, poursuit le rapport de l’OCDE, qui s’inscrit dans une série d’études qui se sont aussi penchées auparavant sur la montée des inégalités et le recul de la mobilité sociale. C’est vrai pour le prix des maisons, qui a augmenté trois fois plus vite que le revenu médian depuis vingt ans, mais aussi pour les coûts d’éducation et de santé. L’OCDE note aussi qu’on se retrouve plus exposé au mode de vie des plus riches, au point d’y voir une sorte de normalité à laquelle on aspire.

Cette situation amène plus d’un ménage sur cinq à dépenser plus qu’il ne gagne et a poussé le taux de surendettement à un niveau plus élevé dans la classe moyenne (11 %) que chez les familles plus riches ou plus pauvres. Presque 40 % des ménages de la classe moyenne ne pourraient pas absorber une soudaine perte de revenu alors qu’un emploi sur six y est fortement à risque d’être remplacé par une machine.

Aux gouvernements d’agir

Difficile de ne pas faire de lien entre toutes ces tendances et la crise de confiance qui a mené aux États-Unis à l’élection de Donald Trump, a conduit les Britanniques à voter pour le Brexit et a plongé dans la tourmente tant de gouvernements en Italie, en France, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en République tchèque et dans bien d’autres pays encore, a noté mercredi Angel Gurría dans son allocution à l’ONU retransmise par Internet.

Or, il en va du sort de la classe moyenne, comme celui de nos économies et de nos démocraties, a-t-il fait valoir. Une classe moyenne forte et prospère porte sur ses épaules la consommation, le secteur immobilier et les dépenses en éducation. Elle est aussi généralement associée à croissance plus inclusive, des politiques sociales plus généreuses, une gestion publique plus rigoureuse et une démocratie plus vigoureuse.

Les auteurs du rapport rappellent que durant ces mêmes années, les plus grands gagnants de la croissance ont aussi été les membres de la classe moyenne, mais celle des économies émergentes, comme la Chine. Ils précisent également que, contrairement à une impression répandue, la classe moyenne reçoit la même proportion des services publics que des taxes qu’elle paye, mais qu’une large partie de ces services lui sont prodigués avant son entrée sur le marché du travail (éducation) et après (santé).

Les gouvernements des pays riches doivent toutefois faire plus pour s’attaquer aux trois principaux problèmes qui affligent leur classe moyenne, poursuit l’OCDE : le sentiment d’injustice, l’accroissement des coûts et le sentiment d’incertitude au travail. On recommande entre autres de rétablir une plus grande progressivité de l’impôt, d’améliorer l’offre de logements abordables et d’assurer de meilleurs filet social et formation continue aux travailleurs.