Le FMI révise à la baisse ses perspectives économiques mondiales

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s'est montrée rassurante sur l'éventualité d'une récession à court terme.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s'est montrée rassurante sur l'éventualité d'une récession à court terme.

La croissance économique est en berne presque partout dans le monde, rapporte le Fonds monétaire international. Elle devrait parvenir à rebondir un peu, plus tard cette année, mais à condition qu’un gouvernement ne vienne pas tout gâcher.

Le FMI a révisé à la baisse ses prévisions économiques mardi. Alors « qu’il y a un an, l’activité s’accélérait dans presque toutes les régions du monde », on s’attend désormais à « un ralentissement de la croissance en 2019 pour 70 % de l’économie mondiale », a observé son économiste en chef, Gita Gopinath. Alors qu’en avril 2018, on anticipait une croissance mondiale de 3,9 % en 2018 et 2019, on devra probablement se contenter de 3,6 % pour 2018, 3,3 % en 2019 et 3,6 % l’an prochain.

Les causes de ce ralentissement sont nombreuses et forcent à revoir à la baisse la plupart des prévisions qu’on faisait encore au mois de janvier. Aux États-Unis, l’effet stimulant des baisses d’impôt et des hausses des dépenses massives de Donald Trump s’amenuise comme prévu, faisant passer le taux de croissance de 2,9 % l’an dernier à 2,3 % cette année (contre une prévision de 2,5 % en janvier) et à 1,9 % l’an prochain. Dans la zone euro, l’impact du resserrement des règles d’émissions polluantes sur l’industrie automobile allemande et la crise de la dette souveraine italienne contribuent à limiter la croissance à seulement 1,8 % en 2018, à 1,3 % en 2019 (contre 1,6 % en janvier) et à 1,5 % en 2019 (1,7 %). En Chine, de vigoureuses mesures de relance budgétaire et monétaire ont permis d’amortir quelque peu le ralentissement causé par une fragilité financière, la lente transition vers une économie de consommation et les tarifs commerciaux américains, mais la deuxième économie mondiale verra néanmoins sa croissance graduellement passer de 6,6 % l’an dernier à 6,1 % l’an prochain.

Pays exportateur fortement dépendant du prix des ressources naturelles, le Canada n’est pas à l’abri du ralentissement mondial. Le FMI s’attend désormais à y voir la croissance passer de 1,8 % l’an dernier à 1,5 % cette année (contre 1,9 % en janvier), et à 1,9 % en 2020. C’est moins que les dernières prévisions de la Banque du Canada, qui fixaient, au mois de janvier, cette croissance à 2 % en 2018, à 1,7 % cette année et à 2,1 % l’an prochain.

Pas le temps de gaffer

« Nous n’envisageons pas de récession à court terme », avait tenu à rassurer, la semaine dernière, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde. Au contraire, les politiques monétaires plus accommodantes adoptées récemment par les principales banques centrales, à commencer par la Réserve fédérale américaine, de même que les rumeurs d’une entente imminente entre Washington et Pékin dans le conflit commercial qui les oppose devraient contribuer à un certain rebond en seconde moitié d’année, espère le FMI.

70%
C’est le pourcentage de l’économie mondiale qui a connu un ralentissement en 2019, selon le Fonds monétaire international.

Mais cette reprise « sera précaire » et exposée à de nombreux risques qui pourraient tout compromettre, a martelé mardi Gita Gopinath. « En raison de ces risques, il est impératif que les erreurs politiques coûteuses soient évitées. »

Dangers à court et à long terme

Source d’une grande incertitude qui pèse sur l’investissement des entreprises, l’escalade des tensions commerciales fait partie de ces pièges à éviter. La conclusion d’une entente entre les États-Unis et la Chine sera une bonne nouvelle, à moins qu’elle ne soit pas viable à long terme ou que Donald Trump ne déclare immédiatement après une autre guerre des tarifs, dans l’industrie de l’auto par exemple. Une sortie désordonnée du Royaume-Uni de l’Union européenne, qui priverait l’un de 6 % de croissance économique et l’autre de 0,5 %, estime le FMI, est un autre de ces risques à éviter. La fragilité financière de la Chine, l’endettement des entreprises américaines et les difficultés économiques de pays comme l’Italie, l’Argentine et le Turquie sont également préoccupants.

Les gouvernements devront aussi s’occuper de problèmes requérant des efforts de plus longue haleine, poursuit le FMI, comme le creusement des inégalités qui nourrit les tensions sociales et mine les institutions démocratiques. Dans plusieurs cas, souligne Gita Gopinath, il leur sera « nécessaire de renforcer [leur] coopération multilatérale afin de résoudre les différends commerciaux, de s’attaquer aux changements climatiques et aux risques liés à la cybersécurité, et d’améliorer l’efficacité de la fiscalité internationale ».