Le réchauffement climatique pourrait mettre les rendements en péril

La jetée de Percé a été démolie par des marées exceptionnelles, en 2016. Ce phénomène aurait été causé par les changements climatiques. 
Photo: Thierry Haroun Le Devoir La jetée de Percé a été démolie par des marées exceptionnelles, en 2016. Ce phénomène aurait été causé par les changements climatiques. 

Les investissements de tous horizons vivront vraisemblablement des lendemains difficiles si le réchauffement de la planète dépasse les deux degrés Celsius, estime la firme Mercer dans une analyse prévisionnelle qui tente de quantifier l’impact sur les rendements.

Se basant sur un modèle de la firme Cambridge Econometrics, qui vise à prédire les dommages physiques du réchauffement, Mercer a travaillé sur des scénarios de deux, trois ou quatre degrés afin de calculer les conséquences sur les portefeuilles. Résultat : alors que le premier scénario permet à l’investissement durable d’afficher un rendement amélioré, les deux derniers scénarios auraient un effet négatif… pour tout le monde.

« Investir en prévision d’un scénario d’augmentation des températures de deux degrés Celsius est à la fois un impératif et une occasion », selon la responsable mondiale de l’investissement responsable chez Mercer, Helga Birgden. Pour « presque toutes les catégories d’actifs, les régions et les périodes, un scénario d’augmentation des températures de deux degrés donne lieu à des rendements projetés améliorés » par rapport aux deux autres, selon la firme.

Les investisseurs auraient donc intérêt à se tourner davantage vers des actifs « durables », estime Mercer, afin d’améliorer les rendements.

Dans un scénario de deux degrés qui comprend une transition marquée vers des énergies vertes, l’impact cumulatif sur les actifs du charbon pourrait se chiffrer à -59 % d’ici 2030, comparativement à -42 % dans le secteur pétrolier et gazier, affirme Mercer. En parallèle, les actifs du secteur des énergies renouvelables bénéficieraient d’une hausse de valeur de 106 %.

Les scénarios de trois et quatre degrés, qui seraient le résultat de gestes timides, voire carrément absents, entraînent une série de problèmes liés à la hausse du niveau de la mer, une plus grande rareté de l’eau, de même que des risques accrus sur les écosystèmes et l’agriculture, rappelle Mercer.

Pour un portefeuille axé sur la croissance durable, un effort concerté visant à limiter le réchauffement à deux degrés pourrait se traduire par un impact annuel de 0,29 % d’ici 2030, selon la firme, comparativement à 0,11 % pour un simple portefeuille de croissance. Les scénarios de trois et quatre degrés entraînent un impact négatif, quel que soit le portefeuille.

Nouvelle variable

Le rapport publié mardi fait suite à une première série de conclusions publiées en 2015. À l’époque, Mercer avait écrit que l’environnement représentait « la nouvelle variable » dans l’équation et que les investisseurs devaient absolument en tenir compte dans leurs stratégies.

Le risque inhérent aux changements climatiques a donné lieu il y a quelques années à une préoccupation concernant la place des combustibles fossiles dans un monde en pleine transition vers des énergies renouvelables, cela menant à l’expression « actifs bloqués », désignant un placement qui a perdu une partie de sa valeur.

Certains investisseurs institutionnels ont entrepris de purger graduellement leurs avoirs afin de réduire le risque qu’ils associent aux placements dans les énergies non renouvelables quant aux choix qui viendront avec la transition énergétique.

Un des cas les plus médiatisés dernièrement est celui de la Norvège, dont le fonds souverain a décidé de liquider ses placements dans les compagnies spécialisées en exploration et en production pétrolière. Le fonds gère des actifs de plus de 1000 milliards $US.

« En retirant ces compagnies, l’objectif est de rendre l’avoir du gouvernement moins vulnérable à une baisse permanente des cours du pétrole », a-t-il indiqué au mois de mars. La décision touche 1,2 % des avoirs du fonds.