Tarifs sur l’acier: des voix s’élèvent contre la fin de mesures de sauvegarde

Craignant du dumping, Ottawa avait décidé, en octobre dernier, d’imposer des mesures de sauvegarde.
Photo: Peter Power La Presse canadienne Craignant du dumping, Ottawa avait décidé, en octobre dernier, d’imposer des mesures de sauvegarde.

Des voix s’élèvent pour demander à Ottawa de mettre de côté un rapport fédéral indiquant que rien ne justifie l’imposition de tarifs douaniers de 25 % sur les importations de certains types d’acier.

Alors que l’industrie sidérurgique canadienne est visée par des tarifs de 25 % aux États-Unis et que rien ne laisse présager un dénouement, des milliers d’emplois sont en jeu, estiment l’Association canadienne des producteurs d’acier (ACPA) et le Syndicat des Métallos. Le coordonnateur québécois du syndicat, Alain Croteau, est d’ailleurs dans la capitale fédérale cette semaine afin de sensibiliser l’entourage du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, aux répercussions du rapport. « Sans mesure de sauvegarde définitive, on va se faire inonder par les produits d’autres pays, qui, eux, protègent leurs marchés, a-t-il expliqué lundi. En plus, avec le tarif de 25 % aux États-Unis, on a de la difficulté à vendre de l’acier au sud de la frontière. »

Craignant du dumping, Ottawa avait décidé, en octobre dernier, d’imposer des mesures de sauvegarde — un tarif de 25 % — à sept types d’acier étranger lorsque les importations dépassaient certains seuils.

Or, dans un volumineux rapport déposé la semaine dernière, le Tribunal canadien du commerce extérieur estime notamment que cette mesure n’était pas justifiée pour cinq catégories d’acier. Le contenu du document ne lie toutefois pas le ministre des Finances.

25%
C’est le tarif qu’Ottawa avait décidé d’imposer, en octobre dernier, à sept types d’acier étranger quand les importations dépassaient certains seuils.

Trois de ces catégories, le fil machine — qui se retrouve dans une multitude de produits, comme les ressorts et les pièces automobiles —, les barres d’armature de construction et les tubes, sont produites chez ArcelorMittal, à Contrecoeur, et Novatube, à Montréal. « On représente à peu près 1000 personnes dans ces usines, a dit M. Croteau. Mais, dans l’industrie, on parle de 2000 à 3000 travailleurs. On va tuer l’industrie si on ne fait rien. » Le leader syndical estime que l’industrie canadienne pourrait se retrouver coincée par l’arrivée d’acier à bas prix sur son territoire ainsi que par une incapacité à écouler les stocks aux États-Unis en raison des tarifs.

ArcelorMittal a renvoyé les questions sur le sujet à l’ACPA, mais sur son site Web, le géant sidérurgique plaide néanmoins en faveur de l’imposition de mesures de sauvegarde définitives pour sept catégories de produits d’acier.

Les mesures de sauvegarde temporaires adoptées l’automne dernier viendront à échéance, selon la catégorie, le 28 avril et le 12 mai. D’ici là, rien n’empêche toutefois le gouvernement Trudeau de prolonger les mesures de sauvegarde jusqu’à nouvel ordre. Par courriel, Pierre-Olivier Hébert, un porte-parole du ministre Morneau, a indiqué qu’une décision devrait être prise rapidement dans ce dossier.