Les chantiers de logements locatifs atteignent un sommet à Montréal

Le manque d’appartements se poursuivra malgré la hausse des constructions.
Photo: iStock Le manque d’appartements se poursuivra malgré la hausse des constructions.

Aux prises avec une rareté grandissante de logements locatifs, Montréal a vu leur construction bondir au mois de mars, y propulsant le nombre total de mises en chantier au premier trimestre à un niveau qui n’avait pas été vu depuis plus de 10 ans.

Le total de mises en chantier d’habitations au Québec a augmenté le mois dernier de 68 % par rapport au mois précédent, transporté par un sursaut de 110 % dans la grande région de Montréal, a rapporté lundi la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Moins volatil, le total pour les trois premiers mois de l’année dans l’ensemble du Québec affiche ainsi une hausse de 37 % par rapport à la même période l’an dernier et de 57 % dans le grand Montréal seulement. Dépassant les 5000 nouveaux logements, les nouvelles mises en chantier dans la région métropolitaine ont ainsi atteint un sommet inégalé depuis 2008.

Ce rythme d’activité élevé est essentiellement le résultat de la construction de nouveaux appartements locatifs, qu’on trouve beaucoup, ces temps-ci, dans de grands complexes d’habitation plutôt que dans de plus petits bâtiments qui ne compteraient que quelques logements, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir Lukas Jasmin-Tucci, analyste de marché à la SCHL.

Bien que l’apparente envolée du mois dernier tienne peut-être au hasard du démarrage de plusieurs grands projets au même moment, la tendance favorable à la construction locative semble tout de même avoir de solides assises, a poursuivi le spécialiste. « C’est vrai à Montréal, où l’on retrouve le plus grand parc locatif au Canada, mais aussi ailleurs au Québec. »

Tendance favorable au locatif

Le premier de ces facteurs déterminants est la rareté grandissante de logements locatifs, avec un taux d’inoccupation qui n’a cessé de baisser ces dernières années aussi bien au Québec (de 4,3 %, en 2016, à environ 3,2 %, l’an dernier, selon les derniers chiffres de la SCHL) qu’à Montréal (de 3,9 % à environ 2,6 %).

Et puis, la solide croissance économique des dernières années a contribué à améliorer le bilan migratoire du Québec y amenant des gens d’un peu partout, y compris de l’étranger. Le vieillissement de la population augmente également la demande de résidences pour personnes âgées. Quant aux jeunes ménages, une proportion accrue opte à leur tour désormais pour le marché locatif.

68%
C’est l’augmentation des mises en chantier d’habitations le mois dernier au Québec, par rapport au mois précédent.

À l’inverse, le prix élevé des terrains à Montréal et la volonté déclarée des autorités municipales de densifier l’occupation du territoire ne favorisent pas vraiment la construction de maison unifamiliale. Quant aux copropriétés, il s’en est tellement construit les dernières années qu’il faudra encore du temps pour écouler celles que l’on a déjà.

On ne saurait dire combien de temps cette situation durera, dit Lukas Jasmin-Tucci. Dans ses prévisions, la SCHL ne voit pas de remontée du taux d’inoccupation des logements locatifs avant au moins 2020. Quant à l’économie québécoise, elle devrait approcher maintenant des limites de son potentiel de croissance et entamer bientôt un certain ralentissement.

Constatant la pénurie de logements, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a indiqué, la semaine dernière qu’elle envisageait de mettre en place des mesures spéciales si la situation devait encore se détériorer d’ici le 1er juillet.