Le Brexit n’effraie pas des joueurs québécois

CGI emploie quelque 5500 professionnels au Royaume-Uni.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne CGI emploie quelque 5500 professionnels au Royaume-Uni.

Bien que le flou provoqué par le Brexit au Royaume-Uni complique la tâche à certaines entreprises canadiennes qui brassent des affaires dans ce pays, celles-ci ne sont pas prêtes à tourner le dos à cet important marché.

On ignore toujours s’il y aura sortie sans accord de l’Union européenne (UE), un scénario qui pourrait se concrétiser dès le 12 avril et qui est redouté par le milieu des affaires. Vendredi, la première ministre britannique, Theresa May, a demandé un report de l’échéancier au 30 juin.

« On nage dans l’inconnu et à ce stade-ci, il est encore trop tôt pour définir exactement les impacts », estime l’analyste Chris Murray, d’Altacorp Capital, qui suit des entreprises canadiennes exposées à l’étranger.

Pour des joueurs du Québec inc. avec une importante présence au Royaume-Uni comme CGI, Bombardier, WSP Global et SNC-Lavalin, il n’y a pas lieu d’imiter Airbus et d’évoquer un désengagement faute d’un Brexit sans accord. Mais cela n’empêche pas certaines de ces multinationales de souhaiter que l’impasse soit dénouée dans ce pays — le cinquième partenaire commercial international en importance pour le Québec.

Pour le moment, M. Murray dit avoir constaté une baisse de l’activité dans le secteur privé, notamment du côté de la construction, ce qui peut compliquer la tâche à certaines compagnies. Mais à l’inverse, les dépenses gouvernementales dans les projets d’infrastructures et de transport sont au rendez-vous afin de stimuler l’économie.

Avec quelque 5500 professionnels au Royaume-Uni, CGI, spécialisée dans les technologies de l’information et de services-conseils, demeure optimiste, malgré le Brexit, à l’endroit de ce marché où elle a généré 12 % de ses revenus de 11,5 milliards de dollars l’an dernier.

Optimisation

Selon la multinationale québécoise, une sortie de l’UE, combinée à la conjoncture économique, est un élément qui incite les gouvernements et les entreprises à accroître leur efficacité. « Si [le Royaume-Uni] devait se séparer des douanes européennes, il y aurait d’importants systèmes à changer, avait expliqué le président et chef de la direction de CGI, Georges Schindler, en janvier, au cours d’une entrevue accordée à La Presse canadienne, en marge de l’assemblée annuelle. Et si le pays décide de négocier une entente, les changements seront différents. »

Toutefois, le contexte d’incertitude a semblé avoir une incidence sur les activités de CGI au Royaume-Uni, puisque l’an dernier, la hausse des recettes n’a été que de 0,3 % dans le marché britannique, alors qu’en 2017, la progression avait été de 6,1 %.

Pour sa part, SNC-Lavalin, qui compte près de 10 000 employés au Royaume-Uni, vient de déménager au coeur de Londres, afin de regrouper des employés d’Atkins, acquise par la firme québécoise, et d’autres divisions.

Chez Bombardier, qui construit des trains et du matériel roulant à Derby ainsi que des pièces d’aéronautique — dont les ailes du A220 — à Belfast, en Irlande du Nord, on a plutôt opté pour la prudence dans ce dossier. La multinationale souhaite une « sortie ordonnée de l’UE », a indiqué par courriel un porte-parole, Simon Letendre. L’incertitude actuelle « ne nous aide pas à planifier nos activités », a-t-il ajouté, dans un marché où l’entreprise emploie 8000 personnes, soit environ 12 % de son effectif mondial.

Bombardier Transport « n’exporte pas vraiment vers l’Europe à partir du Royaume-Uni », a indiqué M. Letendre, puisque l’entreprise compte plusieurs installations sur le Vieux Continent, comme en Allemagne et en France. C’est au chapitre de l’importation de pièces que le problème pourrait se situer en cas de Brexit dur.

« Je pense que tout le monde doit actuellement tabler sur des plans de contingence, mais je ne considère pas que la situation [du Brexit] engendrera une perturbation majeure », a estimé Chris Murray, l’analyste d’Altacorp Capital.

Quant aux installations de Bombardier à Belfast, qui font partie de la division aéronautique, la majorité de la production est expédiée à destination du Québec et du reste de l’Amérique du Nord, où se fait l’assemblage de l’A220, et non vers l’Europe.

Plus de tremplin

Selon Hubert Rioux, chercheur à l’École nationale d’administration publique, le Brexit pourrait surtout refroidir les entreprises qui misaient sur le Royaume-Uni comme un tremplin vers le reste du marché européen.

Mais il croit toutefois que le Brexit pourrait générer des occasions d’affaires pour les entreprises canadiennes, particulièrement si le Royaume-Uni désire renforcer ses liens commerciaux avec d’autres partenaires pour s’approvisionner.