Pertes d’emplois, mais recul du chômage en mars au Québec

Au Canada, le taux de chômage reste inchangé à 5,8 %.
Photo: Aaron Lynett La Presse canadienne Au Canada, le taux de chômage reste inchangé à 5,8 %.

Mars a mis fin à cinq mois de croissance ininterrompue de l’emploi au Québec. La perte mensuelle de presque 13 000 emplois n’a pas suffi pour empêcher le taux de chômage de diminuer un peu à 5,2 %.

Le recul du mois dernier s’est observé dans les emplois à temps plein dans le secteur privé et chez les travailleurs autonomes, a rapporté vendredi Statistique Canada. Mais comme la baisse totale de 12 900 emplois a été plus que compensée par la sortie de 17 000 personnes de la population active, le taux de chômage a légèrement baissé, de 5,3 % à 5,2 %.

Au Canada, la situation a été plus stable avec un bien modeste tassement de seulement 7200 emplois qui arrive, là aussi, après six mois de croissance, et un taux de chômage resté inchangé à 5,8 %.

« Rarement une baisse de l’emploi aura eu si peu de retentissement », a observé dans une brève analyse Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins. « C’est que le faible recul observé en mars a été précédé par plusieurs mois de fortes hausses, si bien que la tendance du marché du travail demeure très positive. »

Son collègue de la Banque CIBC, Avery Shenfeld, va même plus loin. « La fête devait prendre fin à un moment donné, parce que les données sur l’emploi au Canada ont dépassé d’autres indicateurs de la croissance économique, ce qui fait que le modeste repli de l’emploi en mars n’est pas très étonnant. »

Après un an

Plus révélatrice, la moyenne des trois premiers mois de l’année affiche un taux de chômage de 5,8 % et l’ajout, en un an, de plus de 340 000 emplois au Canada (+1,8 %), a calculé l’Institut de la statistique du Québec. C’est en Ontario que plus de la moitié de ces nouveaux emplois ont été créés (+2,5 % avec 179 000 emplois), mais en Colombie-Britannique que les gains ont été proportionnellement les plus importants (+2,8 % avec 70 000 emplois), y amenant le taux à un taux moyen aussi bas que 4,6 %. Durement touchée par la faiblesse des prix du pétrole et aux prises, durant le premier trimestre de 2019, avec un taux de chômage moyen de 7 %, l’Alberta a enregistré les gains annuels proportionnellement les plus modestes (+0,4 % avec moins de 10 000 emplois).

Fort d’un taux de chômage qui se maintient depuis un an entre 5,2 % et 5,5 %, le Québec a gagné, de son côté, environ 40 000 emplois (+0,9 %) depuis le premier trimestre de 2018. Passée d’une moyenne de 11 000 nouveaux emplois par mois à la fin de l’année dernière à 6000 au début de cette année, cette création d’emplois s’est concentrée depuis un an dans les emplois à temps partiel et le secteur privé, les secteurs des services professionnels, scientifiques et techniques (+27 000 emplois) ainsi que des soins de santé et de l’assistance sociale (+14 000), enregistrant les plus fortes hausses, alors que ceux de l’information, de la culture et des loisirs (–14 000) ainsi que de l’hébergement et de la restauration (–12 000) essuyaient les pertes les plus sévères.

Ces gains et pertes se sont inégalement répartis sur le territoire québécois. Aux prises avec un taux de chômage plus élevé que la moyenne (7,1 %), Montréal a gagné en un an près de 26 000 emplois (+2,5 %), pendant que la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (12,7 % de chômage) perdait presque 11 % de ses emplois (–4000). Pendant que la région des Laurentides (4,4 % de chômage) gagnait presque 44 000 emplois (+15,1 %), la Montérégie (4,6 % de chômage) en perdait 32 000 (–3,9 %).

Et les salaires ?

Depuis un an, le taux de chômage se révèle difficile à comprimer au Québec, a commenté à son tour vendredi dans une analyse l’économiste du Mouvement Desjardins, Joëlle Noreau. « Dans ce contexte de rareté de main-d’oeuvre, l’arrimage entre les exigences des employeurs et les compétences des chercheurs d’emplois semble plus ardu. »

Les salaires, quant à eux, s’améliorent un peu plus vite au Québec que dans l’ensemble canadien, à raison d’une hausse moyenne du salaire horaire de 3,2 % au Québec en un an contre 2,2 % au Canada.

De pareils résultats viendront conforter la Banque du Canada dans son sentiment que la croissance économique canadienne ne fait que traverser un ralentissement passager, estime l’économiste de la Banque Scotia, Derek Holt.

Pour son confrère du Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher, cela laissera à la banque centrale la marge de manoeuvre nécessaire pour garder ses taux d’intérêt inchangés au moins jusqu’à l’an prochain.