Guerre des tarifs: Donald Trump a presque tout faux, dit le FMI

Donald Trump peut bien en faire toute une histoire, les déficits commerciaux bilatéraux ne sont pas si importants, finalement, expliquent des experts du FMI.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Donald Trump peut bien en faire toute une histoire, les déficits commerciaux bilatéraux ne sont pas si importants, finalement, expliquent des experts du FMI.

Donald Trump a tout faux en matière de commerce international, dit le Fonds monétaire international. Ou presque.

Le président américain peut bien en faire toute une histoire, les déficits commerciaux bilatéraux, comme celui des États-Unis à l’égard de la Chine, ne sont pas si importants, finalement, expliquent des experts du FMI dans l’un des chapitres analytiques de la prochaine édition de ses Perspectives de l’économie mondiale, attendue la semaine prochaine. Et s’il est vrai que certains de ces déficits commerciaux bilatéraux dont se plaint le président se sont creusés les dernières années, cela tient beaucoup plus à des facteurs économiques fondamentaux qu’à de quelconques manoeuvres commerciales déloyales, poursuit-on. L’imposition de ses tarifs punitifs ne changera rien à l’affaire, contrairement à ses dernières baisses d’impôt et augmentations de dépenses massives, qui ne feront qu’aggraver les choses.

Dévoilée mercredi, l’étude du FMI commence par rappeler quelques principes de base de la science économique. Un déficit commercial avec un pays en particulier n’est pas mauvais en soi parce qu’il peut être seulement le reflet de l’organisation de l’économie mondiale et de la spécialisation, par exemple, de la Chine dans la fabrication de biens de consommation de masse comme les appareils électroniques, les vêtements et les meubles. Plus préoccupante, une balance commerciale déficitaire avec l’ensemble du monde est généralement le résultat de facteurs économiques fondamentaux qui nous sont propres, comme une structure économique moins porteuse, un manque de compétitivité, un choc démographique, ou une croissance à crédit, et qui appellent à l’achat de biens et services de l’étranger pour compenser.

La faute aux États-Unis

Ces facteurs économiques fondamentaux ont joué un rôle particulièrement important dans les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine les dernières années, remarquent les experts du FMI, qui leur attribuent 95 % des variations du déficit commercial américain entre 1995 et 2015. Les vingt années ont ainsi d’abord été marquées par une période de croissance où, contrairement à la Chine ou à l’Allemagne, les États-Unis produisaient moins de richesses qu’ils n’en consommaient et en importaient. Cette période de croissance à crédit est aujourd’hui remplacée par une autre où, cette fois, c’est le gouvernement de Donald Trump qui a recours à l’endettement pour financer ses baisses d’impôt et hausses de dépenses massives afin de stimuler une économie américaine qui avait déjà atteint les limites de ses capacités.

Il ne sert à rien, dans ce contexte, d’espérer que les États-Unis améliorent leur balance commerciale globale, dit le FMI. L’imposition de tarifs douaniers sur quelque 250 milliards d’importations chinoises contribuera tout au plus à remplacer une partie de ces importations par des biens achetés auprès d’autres pays étrangers, comme le Canada et le Mexique. Au bout du compte, l’imposition réciproque par les États-Unis et la Chine de tarifs douaniers pourrait profiter à quelques pays tiers bien placés, mais nuirait au plus grand nombre, particulièrement aux deux protagonistes.

La Chine doit aussi composer avec ses propres facteurs fondamentaux, précise le FMI. Son plus grand recours au crédit s’est notamment traduit par une diminution de son surplus commercial avec le reste du monde. Les accusations de concurrence déloyale de Donald Trump à son égard ne sont pas toutes non plus sans fondement. Si Pékin a largement cessé de dévaluer artificiellement sa devise pour vendre plus facilement ses produits à l’étranger, ses importantes subventions à la production et aux exportations des entreprises d’État chinoises font effectivement partie des facteurs fondamentaux de son économie.

Lueur d’espoir

Ces observations des économistes du FMI sur l’inefficacité de la guerre des tarifs déclenchée par la Maison-Blanche rejoignent des constats que l’Organisation mondiale du commerce faisait mardi dans son bilan de l’année 2018 et ses prévisions pour 2019 et 2020. L’OMC y déplorait l’impact de l’escalade des sanctions sur le commerce et l’économie mondiale. Elle mettait aussi en garde contre l’extension du conflit au secteur de l’automobile, qui serait beaucoup plus dommageable encore.

Une lueur d’espoir est venue mercredi des négociations entre les États-Unis et la Chine qui reprenaient dans les bureaux du représentant américain au Commerce, à quelques coins de rue du siège du FMI à Washington. On y disait les deux pays près d’un compromis notamment sur l’augmentation des exportations américaines en Chine et une plus grande ouverture du marché chinois dans le secteur numérique en échange d’une réduction graduelle des tarifs américains.