Le commerce et l’économie mondiale accusent le coup

Donald Trump a réitéré récemment sa menace d’imposer d’autres tarifs, cette fois sur les importations d’autos étrangères. Une telle mesure serait extrêmement dommageable pour le commerce et l’économie mondiale, ont prévenu mardi les économistes de l’OMC.
Photo: Thomas Kienzle Agence France-Presse Donald Trump a réitéré récemment sa menace d’imposer d’autres tarifs, cette fois sur les importations d’autos étrangères. Une telle mesure serait extrêmement dommageable pour le commerce et l’économie mondiale, ont prévenu mardi les économistes de l’OMC.

La guerre commerciale que les États-Unis ont déclarée à la Chine est en train d’avoir les effets que l’on craignait sur les échanges et l’économie mondiale. Mais les conséquences seront pires encore si Washington décide d’étendre ses tarifs au secteur de l’auto, prévient l’OMC.

La croissance du commerce mondial s’est vue donner un solide coup de frein en tombée de rideau l’année dernière, a rapporté mardi l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Alors que 2017 s’était bouclée par une augmentation annuelle de 4,6 % du volume des échanges et que l’OMC croyait encore, au mois de septembre dernier, qu’on pourrait connaître une hausse d’au moins 3,9 % en 2018, on n’aura finalement pas pu faire mieux qu’un modeste 3 %. Loin de s’améliorer, la situation continuera de se dégrader cette année, avec une croissance « atone » de seulement 2,6 %, avant de revenir à 3 % en 2020, prédit maintenant l’institution basée à Genève.

« Le fait que nous n’ayons pas de bonnes nouvelles à annoncer aujourd’hui ne surprendra personne qui lit les journaux depuis un an, a déclaré en conférence de presse le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo. Bien sûr, d’autres facteurs sont aussi en cause, mais l’accroissement des tensions commerciales en est un majeur. »

L’escalade des tarifs et l’incertitude qu’elle fait peser sur l’économie ne nuisent pas seulement au commerce, a-t-il remarqué. Elles plombent aussi les investissements des entreprises, la consommation des ménages, l’emploi et, par conséquent, l’économie mondiale tout entière.

Pas de récession « à court terme »

« Soyons clairs : nous n’envisageons pas de récession à court terme », a précisé presque au même moment à Washington la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, lors de son discours de lever de rideau des réunions printanières du FMI et de la Banque mondiale de la prochaine semaine. Bien que touchée par les guerres commerciales et le relèvement des taux d’intérêt des banques centrales de l’année dernière, la croissance économique mondiale devrait même s’accélérer un peu à compter de l’été.

Mais ce petit « rebond » sera « précaire » et reste « exposé à des risques » tels que le Brexit, l’important niveau d’endettement de plusieurs pays et secteurs économiques de même que la fébrilité des marchés financiers et, encore une fois, les tensions commerciales. Le FMI en dira plus lors de la mise à jour de ses perspectives économiques prévue la semaine prochaine.

Attention à l’auto

Une large part de la responsabilité de la dégradation du climat commercial en 2018 revient à la guerre des tarifs que le président américain, Donald Trump, a déclarée à la Chine et aux représailles adoptées par Pékin. Sur la multiplication par six du volume des échanges frappés par des tarifs cette année, pour un total de 481 milliards entre les pays du G20 seulement, 350 milliards sont directement liés à la lutte de titans que se livrent Américains et Chinois, a rappelé Roberto Azevêdo. Quant au reste, une bonne partie est des mesures défensives adoptées par les autres pays pour éviter de voir leur propre marché submergé par les produits bloqués aux frontières américaines et chinoises.

L’imposition de tous ces nouveaux tarifs contribue à rediriger une partie du flot des échanges commerciaux au profit notamment du Mexique, du Brésil et de pays voisins de la Chine, constate l’OMC. Au risque de décevoir le président américain, on ne détecte nulle trace pour le moment de l’amorce d’un retour au bercail (onshoring) des activités de production que les entreprises avaient délocalisées dans des pays étrangers, comme la Chine. En fait, comme la croissance économique a été plus élevée aux États-Unis que dans la plupart des autres pays l’année dernière, le déficit commercial a continué de s’y creuser à la faveur d’une croissance des importations plus forte que celle des exportations.

Washington et Pékin négocient depuis la fin de l’année dernière en vue d’une entente qui éviterait à la Chine l’imposition de nouveaux tarifs qui viendraient s’ajouter à ceux qui s’appliquent déjà sur quelque 200 milliards d’importations annuelles de produits chinois. Accusant notamment la Chine de voler la propriété intellectuelle étrangère, d’aider de façon déloyale ses champions nationaux et de garder son marché intérieur fermé à la concurrence étrangère, le président Trump a déjà indiqué qu’il souhaitait maintenir un certain niveau de tarifs quoi qu’il arrive.

Il a aussi réitéré récemment sa menace d’imposer d’autres tarifs, cette fois sur les importations d’autos étrangères. Une telle mesure serait extrêmement dommageable pour le commerce et l’économie mondiale, ont prévenu mardi les économistes de l’OMC. Plus dommageables même que l’actuelle guerre que se livrent Washington et Pékin, les exportations et les importations de véhicules routiers comptant pour environ 8 % du commerce mondial, soit presque le triple du poids relatif des échanges entre les États-Unis et la Chine (3 %).