La Fed ne prévoit pas de toucher à ses taux cette année

Les États-Unis bénéficient d’une croissance «solide», mais «probablement plus lente», selon Jerome Powell.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Les États-Unis bénéficient d’une croissance «solide», mais «probablement plus lente», selon Jerome Powell.

La Réserve fédérale américaine ne voit plus l’utilité d’augmenter ses taux d’intérêt cette année et entrevoit même la possibilité de ne pas y toucher pendant les trois prochaines années, à une petite exception près.

Comme cela était largement anticipé par les marchés, les membres du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) ont décidé à l’unanimité, mercredi, de laisser leur taux directeur inchangé à l’intérieur de l’étroite fourchette entre 2,25 % et 2,50 %. Plus étonnant, même pour les nombreux observateurs qui avaient compris que la banque centrale était désormais plus encline à l’attentisme, ils en ont aussi profité pour indiquer que la prochaine hausse d’un petit quart de point de pourcentage des taux d’intérêt ne viendra probablement pas avant l’an prochain, et qu’elle pourrait être la seule d’ici la fin de 2021.

Soucieuse d’éviter une surchauffe de l’économie et un emballement de l’inflation, la Fed a procédé à quatre hausses d’un quart de point de pourcentage chacune en 2018 et prévoyait encore, en décembre, deux autres hausses similaires cette année. Ce serait la première année, depuis 2014, que les taux de la Fed n’augmenteraient pas au moins une fois.

Prévisions à la baisse

Témoin d’un ralentissement de la croissance économique américaine, marquée notamment par une augmentation plus faible des dépenses des ménages et des investissements des entreprises, le FOMC en a aussi profité pour réviser à la baisse ses perspectives de croissance économique du mois de décembre, de 2,3 % à 2,1 % pour cette année et de 2 % à 1,9 % pour 2020, laissant inchangée sa prévision pour 2021 à 1,8 %. Sur le front de l’emploi, la banque centrale a également revu très légèrement à la hausse ses prévisions de chômage, de 3,5 % à 3,7 % cette année, de 3,6 % à 3,8 % l’an prochain et de 3,8 % à 3,9 % en 2021. Prenant acte de l’impact de la baisse des prix de l’énergie sur le coût de la vie, la Fed s’attend aussi à une inflation un tout petit peu moins élevée qu’elle ne le prévoyait il y a trois mois, à 1,8 % cette année (plutôt que 1,9 %) et à 2 % en 2020 et 2021 (plutôt que 2,1 %).

Les États-Unis bénéficient toujours d’une croissance « solide », mais « probablement plus lente », a expliqué en conférence de presse le président de la Fed, Jerome Powell. Ce ralentissement est sans doute causé par un ensemble de facteurs, allant du resserrement des taux d’intérêt de la Fed à l’épuisement de l’effet stimulant des baisses de taxes et des hausses de dépenses du gouvernement Trump, en passant par le ralentissement des économies européenne et chinoise. La guerre des tarifs commerciaux déclenchée par ce même gouvernement Trump peut avoir joué un rôle dans le ralentissement de la croissance mondiale, a-t-il admis. « C’est un excellent moment pour se montrer patient. »

Les marchés partagés

Les marchés financiers américains n’ont pas su quoi faire de la nouvelle mercredi, partagés entre la satisfaction de voir arrêter la hausse des taux de la Fed et l’incertitude que soulèvent ses interrogations sur l’avenir de la croissance. Le S&P 500, indicateur de référence à Wall Street, a finalement perdu 0,29 % à la fin de la journée et le dollar américain, 0,49 % par rapport à un panier de devises étrangères.

Censé être un acteur indépendant et neutre, mais plusieurs fois la cible de virulentes attaques du président Trump, le président de la Fed n’a pas voulu commenter l’écart entre les prévisions économiques de son institution et celles de la Maison-Blanche, qui promet une croissance de 3,2 % cette année, puis de 3 % par an les dix années suivantes.

La Réserve fédérale a précisé mercredi ce qu’elle entend faire de l’immense réserve de titres du Trésor et autres actifs financiers constituée durant la dernière crise comme moyen d’injecter des liquidités dans l’économie. Entamé depuis plusieurs mois, le rythme de réduction de la taille de son portefeuille d’actifs devrait ainsi ralentir de 30 milliards à 15 milliards par mois, avant d’arriver à un arrêt complet à la fin de septembre afin de se laisser le temps ensuite de faire le point. La banque centrale américaine détiendra alors pour environ 3500 milliards d’actifs, soit « quelque peu au-dessus » de ce qui sera nécessaire à plus long terme.