Des entreprises réclament l’amélioration de la compétitivité fiscale canadienne

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, visitait la semaine dernière un club de jeunes à Toronto.
Photo: Chris Younge La Presse canadienne Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, visitait la semaine dernière un club de jeunes à Toronto.

Toujours préoccupées par les tensions commerciales et leur compétitivité face aux concurrents à l’étranger, les entreprises surveilleront de près le dernier budget fédéral mardi pour voir s’il contient des mesures s’ajoutant à celles annoncées à l’automne 2018 lors de la mise à jour économique.

Le ralentissement que traverse l’économie canadienne depuis 2018, principalement à cause des prix du pétrole, est plus marqué que prévu et les exportations sont inférieures aux attentes, a récemment observé la Banque du Canada. La croissance de 2 % en 2018 reculera à 1,8 % cette année, puis à 1,7 % l’an prochain, selon le Mouvement Desjardins.

La situation s’ajoute à un contexte nord-américain hors du commun, les entreprises des États-Unis bénéficiant depuis plus d’un an de conditions fiscales qui ont changé du jour au lendemain. Des groupes industriels et des organisations patronales demandent maintenant à Ottawa d’y prêter une attention particulière.

« Dans le contexte actuel, la capacité concurrentielle des entreprises canadiennes passe notamment par leur compétitivité fiscale, aujourd’hui grandement érodée par la réforme fiscale majeure mise en place aux États-Unis », a écrit le Conseil du patronat du Québec dans le mémoire qu’il a soumis au ministre fédéral des Finances, Bill Morneau. Le taux d’impôt des entreprises américaines est passé de 39 % à 26 %.

L’avantage canadien « qui permettait de compenser d’autres faiblesses a ainsi été perdu », ajoute le CPQ en souhaitant que le taux des sociétés se rapproche le plus possible de 16 %, à tout le moins pour les entreprises exportatrices et celles qui font face à la concurrence américaine.

Pour aider les entreprises à garder le cap, le ministre Morneau a annoncé en novembre 2018 que les sociétés pourraient bénéficier d’un amortissement accéléré pour les investissements des entreprises. Coût de la mesure : 14 milliards d’ici 2028, dont un peu plus du tiers serait lié à l’année 2019-2020.

Le ministre des Finances avait même donné la raison pour laquelle il n’empruntait pas la voie des baisses d’impôt. « Il n’y a pas de nécessité d’avoir plus de profits pour un investissement qui a déjà été fait. Le but est d’avoir plus d’investissements à l’avenir pour assurer des emplois à la population. »

Autres enjeux

Certains détails concernant le contenu du budget ont déjà commencé à filtrer. Selon The Globe and Mail, par exemple, il devrait réserver des rabais pour l’achat de véhicules électriques, un geste s’inscrivant dans la stratégie de lutte contre les changements climatiques.

Par conséquent, Ottawa emboîterait le pas aux gouvernements du Québec et de la Colombie-Britannique, les deux seuls qui offrent une aide financière depuis que l’Ontario a éliminé son programme après l’élection des conservateurs de Doug Ford.

Par ailleurs, le ministre Morneau a laissé entendre la semaine dernière que le budget contiendrait des mesures à l’intention des travailleurs qui suivent de la formation professionnelle, une mesure qui surviendrait dans un contexte où de nombreux secteurs disent composer avec une pénurie de main-d’oeuvre.

Les Manufacturiers et Exportateurs du Québec, de leur côté, espèrent voir Ottawa bonifier les sommes allouées au Fonds stratégie pour l’innovation, qui s’élèvent à 800 millions sur cinq ans et dont une tranche de 100 millions devait aller au secteur forestier. L’organisation souhaite que l’enveloppe atteigne 2 milliards, mais qu’en plus elle devienne permanente.

Enfin, plusieurs groupes guetteront la présence de mesures visant le secteur agricole, au sein duquel des producteurs (laitiers, entre autres) attendent toujours la nature précise de l’aide financière d’Ottawa pour compenser l’élargissement de certains marchés.

Selon les producteurs laitiers, l’accord commercial avec l’Europe, l’accord avec les États-Unis et le Mexique et le Partenariat transpacifique pourraient entraîner des pertes de revenus annuelles de 450 millions.

Après consultations, un groupe de travail a remis cet hiver un rapport au ministre de l’Agriculture. « M. Trudeau doit tenir ses engagements dans le prochain budget », indiquent les Producteurs de lait du Québec sur leur site Internet.