Le programme fédéral en infrastructures n’a pas eu l’effet d’entraînement prévisible

Les grandes villes de Montréal, Toronto, Calgary, Ottawa et Edmonton ont consacré un milliard de plus à leurs infrastructures que l’indice de référence du Directeur parlementaire du budget le prévoyait. Sur cette photo, les travaux sur la structure de l’échangeur Turcot.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les grandes villes de Montréal, Toronto, Calgary, Ottawa et Edmonton ont consacré un milliard de plus à leurs infrastructures que l’indice de référence du Directeur parlementaire du budget le prévoyait. Sur cette photo, les travaux sur la structure de l’échangeur Turcot.

Une partie du programme d’infrastructures d’Ottawa a moins servi, jusqu’à présent, à réparer des routes ou installer des rails de métro qu’à donner un peu de marge de manoeuvre financière à des provinces qui en avaient grand besoin, conclut le Directeur parlementaire du budget (DPB).

Le « plan d’investissement du Canada » dans les infrastructures de 188 milliards sur 12 ans n’a, jusqu’à présent, pas eu l’effet d’entraînement sur les gouvernements provinciaux auquel on aurait normalement pu s’attendre dans de telles conditions, estime le DPB dans un rapport dévoilé mercredi.

Qu’on se comprenne bien, y expliquent les auteurs du rapport, l’investissement des provinces dans leurs infrastructures a bel et bien augmenté depuis l’annonce du programme fédéral en 2016. Mais cette augmentation reste à court de ce à quoi l’expérience et la science économique auraient permis d’espérer des milliards offerts par Ottawa. S’élevant à un total de 85 milliards en deux ans, les dépenses nettes en immobilisation des provinces accuseraient ainsi un manque à gagner de 5,4 milliards, soit presque l’équivalent de la part occupée par les transferts fédéraux (5,9 milliards).

Cette estimation ne vient pas du gouvernement fédéral, qui ne dispose pas d’outil lui permettant d’évaluer ce genre d’écart entre l’impact prévisible et l’impact réel d’un tel programme, explique le DPB, qui a dû mettre au point son propre « indice de référence » en la matière.

L’écart entre les attentes et l’effort financier effectivement déployé par les provinces laisse entendre que ces dernières ont profité de la situation pour rediriger vers d’autres priorités, reporter, voire carrément annuler des investissements qu’autrement elles auraient faits dans leurs infrastructures, disent les auteurs du rapport.

« L’explication qui semble la plus plausible est les difficultés budgétaires auxquelles la plupart des provinces font face », a expliqué en entretien téléphonique au Devoir le DPB, Yves Giroux. « Dans ce cas-ci [le programme d’infrastructures d’Ottawa] a été un soulagement pour plusieurs gouvernements qui ont pu poursuivre l’investissement dans leurs infrastructures tout en allégeant leur propre contribution grâce à l’effort fédéral. Dit autrement, c’est un programme qui a donné de l’oxygène financier aux provinces en les soulageant d’un certain fardeau. »

Emplois perdus

À l’origine, le programme du gouvernement libéral de Justin Trudeau se voulait un moyen d’aider une croissance économique à long terme, la transition vers une économie verte et le développement de « collectivités inclusives ». Comme souvent en pareil cas, il prend la forme de contrats où chaque gouvernement et chaque acteur impliqué dans un projet s’engagent à avancer une partie du financement requis.

Si le manque à gagner dans l’investissement des provinces en infrastructures est simplement resté dans leurs coffres, cela pourrait avoir enlevé environ 0,15 % de croissance économique la première année seulement et fait perdre de 7500 à 8100 nouveaux emplois, estiment les auteurs du rapport. Mais si une partie du manque à gagner a été investie ailleurs, ces pertes économiques ont été moins grandes.

Propriétaires d’une grande partie des infrastructures publiques au Canada, les grandes villes de Toronto, Montréal, Calgary, Ottawa et Edmonton semblent avoir adopté une stratégie inverse de celle des gouvernements provinciaux, note le rapport. Plutôt que d’investir moins dans leurs infrastructures depuis deux ans que l’indice de référence du DPB le laisse présager, elles y ont en effet consacré un milliard de plus.

Le Québec

Dans son rapport, le DPB ne s’arrête pas aux différences entre les provinces. En entretien téléphonique, Yves Giroux observe toutefois que « le Québec a contribué de façon peut-être plus enthousiaste, ou du moins plus proportionnelle au programme fédéral » que les autres.

Au bureau du président du Conseil du trésor, Christian Dubé, responsable du dossier, on disait avoir besoin de plus de temps pour comprendre la méthodologie employée par le DPB dans son rapport avant de se prononcer sur ses conclusions. On en profitait pour rappeler que le gouvernement Legault dévoilera la semaine prochaine son premier plan québécois des infrastructures (PQI) pour la période s’étendant de 2019 à 2029, en même temps que son premier budget.