De nombreux pays suspendent le vol des Boeing 737 MAX 8, le Canada résiste

Après une série de pays asiatiques la veille, de nombreux États européens se sont ajoutés mardi à l’imposante liste de pays qui ont choisi de garder au sol les Boeing 737 MAX 8.
Photo: Jason Redmond Agence France-Presse Après une série de pays asiatiques la veille, de nombreux États européens se sont ajoutés mardi à l’imposante liste de pays qui ont choisi de garder au sol les Boeing 737 MAX 8.

Le nombre de pays et d’organisations ayant décidé d’empêcher les Boeing 737 MAX 8 de voler ou de les interdire dans leur espace aérien n’a cessé d’augmenter mardi, mais la pression internationale n’a pas fait broncher le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau : à son avis, il est encore trop tôt pour décider de clouer au sol ces appareils au Canada.

Après une série de pays asiatiques la veille, de nombreux États européens se sont ajoutés mardi à l’imposante liste de pays qui ont choisi de garder au sol les Boeing 737 MAX 8 ou les autres avions de la même gamme, dans une manifestation de défiance inédite dans l’histoire de l’aviation civile.

Au cours de la journée, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas font partie des États qui ont tour à tour choisi de suspendre les vols des 737 MAX 8 ou tous les appareils de la famille 737 MAX. Puis, en après-midi, l’Agence européenne de la sécurité aérienne a décidé de fermer l’ensemble de l’espace aérien européen aux Boeing 737 MAX 8 et 9, autant pour les vols en provenance, à destination ou à l’intérieur de l’Union européenne, que les opérateurs soient européens ou issus de pays tiers, comme le Canada.

Quand on regarde les pays qui s’ajoutent d’heure en heure et les données qu’on a entre les mains au sujet de l’écrasement, même si ce n’est pas encore confirmé par l’enquête, je pense que c’est beaucoup plus prudent et responsable d’arrêter de faire voler ces avions 

L’Inde, l’Australie et Singapour font également partie des pays qui ont décidé mardi de clouer au sol les Boeing 737 MAX.

À la suite de la décision du Royaume-Uni, Air Canada a annoncé l’annulation de quatre vols prévus en direction ou en provenance de Londres d’ici jeudi. Au moment où ces lignes étaient écrites, elle n’avait pas indiqué comment l’annonce de l’Agence européenne de la sécurité aérienne toucherait ses opérations.

 

Sunwing a annoncé en fin de soirée mardi qu’elle suspend temporairement les opérations de ses quatre Boeing 737 MAX 8. Cette décision est liée aux « restrictions d’espace aérien imposées sur certaines [...] destinations partenaires », et non à des enjeux de sécurité, a expliqué la compagnie par courriel.

« Nous sommes confiants quant au processus d’enquête mené par Transport Canada et les autres opérateurs canadiens des appareils MAX 8, a souligné le transporteur aérien. Nous nous efforcerons de minimiser l’impact de ces changements à l’horaire, ce qui, à notre avis, est réalisable étant donné que le MAX 8 représente moins de 10 % de notre flotte. »
 

Garneau reste de glace

Au moment où la liste de pays décidant de laisser les Boeing 737 MAX 8 au hangar s’allongeait, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a maintenu la même position que la veille. En fin de matinée, il a déclaré en point de presse que son équipe et lui allaient « continuer d’évaluer la situation » et que « toutes les options sont sur la table ».

Il s’est dit prêt à clouer au sol les avions montrés du doigt depuis l’écrasement survenu dimanche en Éthiopie, qui a fait 157 morts, dont 18 Canadiens, mais pas avant d’avoir suffisamment d’informations en main, a-t-il souligné. Il a par ailleurs répété qu’il n’hésiterait pas à effectuer un vol à bord d’un 737 MAX 8. Au moment où ces lignes étaient écrites, il n’avait pas revu sa position. Le ministre fera le point sur le sujet lors d’une conférence de presse mercredi à 11h, à Ottawa.

Trajets des Boeing 737 MAX 8 appartenant aux compagnies canadiennes Air Canada, Sunwing et WestJet entre le 5 et le 11 mars 2019.
Source : FlightRadar24 et FlightAware


La position du gouvernement libéral a été vivement dénoncée mardi par les partis d’opposition. « Le ministre [Garneau] doit appliquer le principe de précaution et clouer les Boeing 737 MAX 8 jusqu’à ce que les boîtes noires nous dévoilent les causes de l’écrasement », a fait valoir le porte-parole du NPD en matière de transports, Robert Aubin.

« Il n’y a pas de risque à prendre avec la sécurité de la population, a renchéri Louis Plamondon, du Bloc québécois. Je demande au ministre Garneau d’être responsable et d’emboîter le pas aux pays qui ne jouent pas avec la vie des gens et qui interdisent à ces avions d’entrer dans leur espace aérien jusqu’à nouvel ordre. »

« Quand on regarde les pays qui s’ajoutent d’heure en heure et les données qu’on a entre les mains au sujet de l’écrasement, même si ce n’est pas encore confirmé par l’enquête, je pense que c’est beaucoup plus prudent et responsable d’arrêter de faire voler ces avions », estime quant à lui le professeur de l’UQAM et spécialiste de l’industrie aéronautique Mehran Ebrahimi.

Comme les États-Unis

Le Canada adopte pour l’instant la même position que les États-Unis, qui permettent toujours aux avions de la compagnie américaine de voler. Ils résistent ainsi aux pressions provenant notamment de l’association américaine représentant les agents de bord professionnels, qui a réclamé mardi la suspension des vols de Boeing 737 MAX 8.

« Nous continuons à être impliqués dans l’enquête sur l’accident et prendrons les décisions sur les suites à donner en fonction des éléments récoltés », a indiqué une porte-parole de la FAA, l’agence fédérale de l’aviation américaine.

Washington demande toutefois à Boeing de procéder à des modifications au système de contrôle antidécrochage « au plus tard en avril ». Le dysfonctionnement de ce système (le MCAS, pour « Maneuvering Characteristics Augmentation System ») est soupçonné d’être à l’origine de l’écrasement de dimanche, comme ce fut le cas lors d’un autre écrasement impliquant un 737 MAX 8 de Lion Air, survenu en octobre dernier en Indonésie.

En début de journée, le président américain, Donald Trump, a écrit sur Twitter que les « avions sont bien trop complexes à manoeuvrer ». « Je ne sais pas pour vous, mais je ne veux pas qu’Albert Einstein soit mon pilote. Je veux des pilotes professionnels qui peuvent facilement et rapidement prendre le contrôle d’un avion ! » a-t-il ajouté.

Considérations économiques

« Je pense que la philosophie américaine ou canadienne n’est pas seulement animée par la sécurité publique, observe M. Ebrahimi. Je pense qu’il y a d’autres considérations, comme l’impact économique et l’impact opérationnel. Tous ces éléments entrent en ligne de compte, mais je ne crois pas qu’il est de mise de prioriser ces considérations. »

Avec ses 24 appareils Boeing 737 MAX 8, Air Canada est le deuxième transporteur aérien comptant le plus d’avions de ce type dans sa flotte à travers le monde, à égalité avec Americain Airlines (24) et derrière Southwest Airlines (34), deux compagnies américaines.

À la Bourse de New York, l’action de Boeing a poursuivi sa chute mardi : après un recul de plus de 5 % la veille, elle a cette fois clôturé en baisse de 6 %.

Avec l’Agence France-Presse

Interdits de vol

Pays et organisations ayant immobilisé les Boeing 737 MAX 8 ou les ayant interdits dans leur espace aérien:
Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA), pour l’ensemble de l’espace aérien de l’Union européenne
Australie
Chine
Inde
Indonésie
Malaisie
Oman
Singapour
Corée du Sud

Compagnies aériennes (hors Europe) ayant cloué au sol leurs Boeing 737 MAX 8:
Gol, du Brésil
Cayman Airways, des Caraïbes
Ethiopian Airlines
Aeromexico
Comair, de l’Afrique du Sud
Turkish Airlines
Sunwing
 

5 commentaires
  • Paul St-Gelais - Abonné 13 mars 2019 03 h 56

    Faire trop avec pas assez

    Construire un avion géant à partir d'un concept qui date de plus de cinquante ans, c'est pas l'idée du siècle, Obtenir au final un avion qui a une tendance naturelle à l'auto destruction par sa propension à décrocher, propension qu'il faut compenser par des programmes devenus si complexes qu'il est impossible d'en intégrer mentalement tout le fonctionnement, C'est encore pire. autre ex: le système de paie fédéral.
    Y faire monter des centaines de personnes dans une telle brimbale relève de la négligence criminelle.
    Cela soulève des questions également sur le processus d'homologation de ces avions, Il semble imbu de la nouvelle tendance à placer les profits loin au-dessus de la vie humaine.

    • Daniel Grant - Abonné 13 mars 2019 16 h 14

      J’ai bien peur que vous ayez raison M. St-Gelais, ce qui m’a frappé le plus à regarder un ado manipuler un drone c’est de voir la facilité à contrôler cet objet volant qui fait des manoeuvres beaucoup plus compliquées qu’un avion.

      Et tout ce qu’il doit investir c’est de dégager du temps entre son programme de TV et son jeu vidéo.

      Ma première question a été, mais qu’arrive-t-il s’il laisse aller les commandes, et bien c’est très simple
      le drone se stabilise dans un vol parfaitement stationnaire pendant qu’il se gratte le nez et mange une poutine en même, alors que pour être pilote de ligne c’est un doctorat dont il s’agit.

      L’aviation électrique est à nos portes avec des possibilités et opportunités qui étaient du rêve avant le drone.

      Prospérité et futur sans pétrole.

  • Gilles Théberge - Abonné 13 mars 2019 04 h 21

    Exactement comme aux USA. Ce qui tend à prouver que les ministres Justin et Garneau sont plus sensible à Trump qu’à la sécurité des passagers.

    Comme dans l’affaire de la chinoise en voie d’extradition, comme dans bien d’autres dossiers également. Notamment le pétrole.

    Nous sommes américains n’est-ce pas ?

    Qu’on me montre un dossier où le Canada se démarque des USA, un seul, et j’aurai un indice que Garneau et Justin ne sont pas dés fantoches au service des américains.

    Jusqu’a preuve du contraire mon idée est faite. Ces gens qui dirigent le Canada, sont bel et bien au service des américains.

  • François Beaulé - Abonné 13 mars 2019 07 h 51

    Le Canada : plus colonisé que ça, tu meurs !

    Deux tragédies surviennent en moins de 5 mois, suivant le même scénario et impliquant cette nouvelle version du Boeing 737, mise en service récemment, ont rapidement convaincu de nombreux pays que quelque chose ne va pas avec ces avions.

    L'attitude américaine fait prévaloir des motifs économiques à court terme sur la sécurité. Et le ministre des transports du Canada, Marc Garneau, est incapable de la moindre indépendance d'esprit vis-à-vis des États-Unis. Il prétend que sa décision d'attendre les résultats des enquêtes avant d'agir est rationnelle. Alors que la position rationnelle est l'inverse. Le ministre devrait interdire les vols des 737 MAX jusqu'à ce que l'on sache avec précision ce qui a causé les deux accidents.

    Dans cette question de l'heure comme dans de multiples autres dossiers, on voit à quel point le Canada est un pays colonisé par son puissant voisin. Pauvre Canada !

  • André Leclerc - Abonné 13 mars 2019 07 h 58

    Les choix de Boeing

    C’est le troisième commentaire que je fais sur ce sujet et je n’en démords pas; la position raisonnable de Transport Canada est de suspendre, du moins temporairement, le droit de vol des B-737 Max et d’obtenir des réponses aux questions sur la sécurité de cet appareil. Malgré sa certification, il y a un doute suffisant pour justifier l’interdiction d’opérer si on en juge par les nombreuses interdictions imposées partout dans le monde.
    Les précédents existent. Rappelez-vous les problèmes de conception des portes cargo du DC-10.
    Un indice, si ce n’est une preuve, qu’il y a potentiellement un problème de conception est la demande faite à Boeing par la FAA de déployer d’ici avril un correctif au système de contrôle anti-décrochage. « D’ici avril » signifie qu’il y a urgence. Ce qui est surprenant dans ce cas c’est que la FAA n’ait pas exigé l’interdiction de vol. Les pressions économiques doivent être énormes. Mais Transport Canada n’a pas à se préoccuper de la survie de Boeing. D’ailleurs Trump n’a pas cherché à assurer la survie de Bombardier il n’y a pas si longtemps alors qu’il n’y avait aucun enjeu de sécurité.
    D’ailleurs Donald Trump a tout faux. Les avions ne sont pas devenus trop compliqués. Boeing a fait un choix d’affaires avec un raccourci économique (dans le sens de « moins coûteux ») en modifiant un concept des années 1960s ayant connu 3 générations au lieu de développer de nouveaux appareils dans cette gamme de marché. L’utilisation du 737 comme base ne se prêtait possiblement pas très bien aux nouveaux moteurs plus gros. Et c’est le choix de Boeing fait en 2012 de passer d’un diamètre de 61 po. pour les moteurs utilisés sur la New Generation à 69.4 pouces pour les moteurs de la série Max. Le déplacement obligé des réacteurs pour maintenir la garde au sol a complètement modifié la mécanique de vol obligeant le développement d’un contrôle anti-décrochage. Vous n’avez pas à me croire mais vous pouvez vérifier.
    J’espère que Transport Canada comprend l’enj