Le contraste entre Montréal et Toronto se résorbe

Le Grand Montréal aurait atteint l’état de surchauffe, mais une flambée des prix n’apparaît pas au radar.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le Grand Montréal aurait atteint l’état de surchauffe, mais une flambée des prix n’apparaît pas au radar.

L’activité immobilière demeure plutôt vigoureuse au Québec, alors que le marché s’est plutôt stabilisé côté ontarien. Le Grand Montréal aurait ainsi atteint l’état de surchauffe, mais une flambée des prix n’apparaît pas au radar.

Pour reprendre le qualificatif d’Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins, l’année 2018 a été exceptionnelle pour le marché résidentiel au Québec. Dans l’existant, le nombre de transactions effectuées sur le système interagences a bondi de 4,9 % par rapport à 2017, pour établir un nouveau sommet. Une forte demande combinée à une offre limitée de propriétés à vendre a entraîné une hausse moyenne de 5,2 % des prix, une progression plutôt ressentie à Montréal, mais qui se vérifie dans l’ensemble des régions.

Montréal [et Ottawa] sont désormais en surchauffe en raison de l’activité plus intense

Pendant ce temps, en Ontario, le bilan de 2018 a été négatif malgré une remontée au deuxième semestre. Les ventes de propriétés ont chuté de 17 % et le prix de vente moyen a fléchi de 2,7 %. « En Ontario, le marché immobilier se remet de la correction qui a suivi le resserrement des règles hypothécaires fédérales en janvier 2018 », écrit l’économiste de Desjardins.

Le contraste, établissant davantage une comparaison entre Montréal et Toronto, s’est maintenu en février. La chambre immobilière de Toronto a fait état mardi d’une baisse de 2,4 % du nombre de maisons vendues dans la région alors que le nombre de nouvelles inscriptions a fléchi de 6,2 %. Pour sa part, l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec a indiqué que les ventes de maisons dans le Montréal métropolitain ont augmenté de 8 % par rapport à février 2018. En revanche, le prix de vente moyen de tous les types de propriétés s’est élevé à 780 397 $ dans le Grand Toronto. Il était de 388 398 $ dans la région métropolitaine, de 505 780 $ sur l’île de Montréal.

« Montréal [et Ottawa] sont désormais en surchauffe en raison de l’activité plus intense. Cette situation survient lorsque la demande d’habitations s’avère trop forte par rapport au bassin de propriétés sur le marché, ce qui entraîne une accélération des prix […] Le marché de Toronto s’est [quant à lui] éloigné de cette zone depuis le resserrement des règles hypothécaires », a souligné Hélène Bégin, qui prend cependant soin d’ajouter que, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), « le niveau de surévaluation des prix demeure toutefois faible à Ottawa et à Montréal ».

Pour la suite des choses, les projections permettent d‘anticiper une certaine accalmie cette année. « Même si la remontée des taux d’intérêt semble en veilleuse pour un certain temps, la Banque du Canada a déjà relevé son taux directeur à cinq reprises depuis la mi-2017. Les dépenses de consommation sensibles au crédit s’essoufflent déjà. Tôt ou tard le marché immobilier fera de même. »

S’ajoute une tendance de fond, liée au vieillissement de la population, qui exercera une influence grandissante au cours des 10 à 15 prochaines années et qui viendra ajouter à l’engouement pour le segment locatif, dont la construction connaît déjà un essor depuis quelques années. « Selon la SCHL, le dynamisme du marché du travail et l’immigration ont favorisé la formation de ménages l’an dernier. Le vieillissement de la population a aussi contribué à soutenir le marché locatif, qui offre une option intéressante pour les personnes âgées autonomes », retient Hélène Bégin.