La croissance mondiale plombée par les tensions

À la suite de tarifs douaniers adoptés notamment par les États-Unis, le commerce mondial a déjà «fortement ralenti» et «les nouvelles commandes mesurées dans de nombreux pays continuent à décliner», note l’OCDE.
Photo: Justin Sullivan Getty images Agence France-Presse À la suite de tarifs douaniers adoptés notamment par les États-Unis, le commerce mondial a déjà «fortement ralenti» et «les nouvelles commandes mesurées dans de nombreux pays continuent à décliner», note l’OCDE.

La croissance de l’économie mondiale n’atteindra que 3,3 % en 2019 à cause des tensions commerciales et des incertitudes politiques, prévoit l’OCDE, qui tablait encore sur 3,5 % en novembre, dans son dernier rapport publié mercredi.

L’Organisation de coopération et de développement économiques explique ce nouveau coup de frein par « la hausse des incertitudes politiques, des tensions commerciales persistantes et une diminution continue de la confiance des entreprises et des consommateurs ». La croissance a été révisée à la baisse dans presque toutes les économies du G20, en particulier pour la zone euro où elle se limiterait à 1 %, contre 1,8 % encore projeté au trimestre dernier. Pour 2020, la croissance de la zone euro est prévue à 1,2 %, soit également un coup de rabot de 0,4 point de pourcentage par rapport aux dernières prévisions.

Au sein de la zone, le ralentissement est particulièrement brutal cette année pour l’Allemagne (–0,9 point à 0,7 %) et l’Italie (–1,1 point à –0,2 %). La France s’en sort mieux (–0,3 point à 1,3 %), car son économie est moins dépendante des exportations. Le Royaume-Uni voit quant à lui sa croissance anticipée ramenée à 0,8 %, contre 1,4 % prévu auparavant. Mais c’est sans compter avec les effets d’un Brexit sans accord, une perspective de plus en plus réelle à mesure qu’approche le 29 mars, date de sortie prévue de l’UE.

Au Canada, la croissance prévue en 2019 a été revue à la baisse, à 1,5 %, contre 1,8 % en 2018. Le PIB devrait progresser de 2 % en 2020.

À la suite de tarifs douaniers adoptés notamment par les États-Unis, le commerce mondial a déjà « fortement ralenti » et « les nouvelles commandes mesurées dans de nombreux pays continuent à décliner », note encore l’OCDE. Déjà, les seules barrières érigées en 2018 « pèsent sur la croissance, l’investissement et les niveaux de vie, en particulier des ménages à faibles revenus ».

Si la Chine éternue, nous allons tous nous enrhumer

L’organisation souligne aussi que l’activité planétaire est particulièrement exposée à un ralentissement qui serait plus prononcé que prévu en Chine, où elle projette une croissance de 6,2 % cette année (contre 6,3 % en novembre dernier) et de 6 % en 2020 (inchangé). « Les tensions commerciales pèsent de plus en plus sur les exportations et la production industrielle » dans la deuxième économie mondiale, constate l’OCDE.

La dette accumulée par les pays émergents et en particulier par la Chine est aussi source d’inquiétude, car « une grande partie de cette dette doit être remboursée ou refinancée au cours des trois prochaines années », a souligné Laurence Boone, économiste en chef de l’OCDE, qui a rappelé que la dette des entreprises non financières en Chine s’élevait à 155 % du PIB, « ce qui est colossal ».

L’organisation a simulé l’effet qu’aurait sur l’économie mondiale un ralentissement chinois plus fort qu’anticipé : une chute de deux points de la croissance du PIB en Chine amputerait la croissance mondiale de 0,4 point de pourcentage. « Si la Chine éternue, nous allons tous nous enrhumer », a résumé la chef économiste de l’OCDE. Le Japon, les autres pays d’Asie orientale, les producteurs de matières premières ainsi que l’Allemagne en seraient particulièrement affectés.

Avec Le Devoir