Les ménages ont de plus en plus mal à leur dette

Le risque de défaut de paiement s’est accru.
Photo: Elise Amendola Associated Press Le risque de défaut de paiement s’est accru.

La remontée des taux d’intérêt combinée à un endettement toujours plus élevé des ménages canadiens fait son oeuvre. Les faillites sont en hausse, alimentant d’autant un accroissement du taux de délinquance.

L’année 2018 est venue confirmer la détérioration de la qualité du crédit des consommateurs et des ménages dans une conjoncture dominée par une remontée des taux d’intérêt. L’agence de surveillance du crédit Equifax Canada a observé une progression du taux de délinquance au quatrième trimestre, jusque-là relativement stable depuis plusieurs années. Sur les hypothèques, les retards de paiement de 90 jours ou plus se situaient à 0,18 % à la fin de 2018, en augmentation de 1,5 % sur un an. En excluant les hypothèques, le taux était en hausse de 0,4 %, à 1,07 %. Ce renversement de tendance, même modeste, traduit deux trimestres de progression notoire des faillites des consommateurs, qui ont crû de 15 % au cours de la deuxième moitié de 2018. « La poussée marginale du taux de délinquance masque une faiblesse sous-jacente. Tout indique que cette détérioration sera la norme en 2019 », souligne l’analyste de données Bill Johnston, d’Equifax.

Par groupe d’âge, le risque accru de défaut de paiement a été observé chez les 65 ans et plus, avec un taux de délinquance en hausse de 7,2 % entre les quatrièmes trimestres de 2017 et de 2018. Suit le segment des 56-65 ans (+ 0,4 %). Ailleurs, une amélioration a plutôt été observée dans les groupes plus jeunes.

Cette lecture vient d’un cumul de 1906 milliards de dette totale des particuliers au quatrième trimestre de 2018, en hausse de 4,6 % par rapport au trimestre correspondant de 2017. En excluant l’hypothèque, le niveau d’endettement moyen des consommateurs se chiffrait à 23 520 $, soit une augmentation de 3 %. Au Québec, cette dette moyenne se situait à 19 438 $, en hausse de 1 %.

Question d’illustrer davantage les difficultés accrues des Canadiens face à leur dette, Equifax souligne que le solde impayé sur les cartes de crédit s’est accru de 2,4 %, laissant entendre qu’ils sont plus nombreux à ne pouvoir rembourser le solde de leur compte à la fin du mois. Dans le secteur automobile, un ralentissement des ventes vient en partie expliquer la faible hausse de 1 % des prêts d’un quatrième trimestre à l’autre. « On a vu un déplacement ressenti vers la location, des taux d’intérêt plus élevés venant resserrer les termes de financement des manufacturiers », soutient l’agence.

Insolvabilité

L’Association canadienne des professionnels de l’insolvabilité et de la réorganisation (ACPIR) fait également ressortir une augmentation importante du nombre de dossiers d’insolvabilité déposés par des consommateurs et des entreprises entre les mois de janvier 2018 et 2019. « Le nombre d’entreprises ayant déposé un dossier d’insolvabilité en janvier a augmenté de plus de 10,2 % par rapport à l’année précédente et de 2,1 % par rapport à décembre », écrit-elle, pointant notamment le secteur de la construction. Citant une référence mondiale, Global Insolvency Index, le Canada devrait afficher une hausse d’environ 4 % de l’insolvabilité des entreprises cette année, contre 6 % à l’échelle mondiale.

L’ACPIR y voit les répercussions de l’augmentation combinée de l’endettement et du loyer de l’argent sur les ménages. Le nombre de Canadiens ayant déposé un dossier d’insolvabilité en janvier a augmenté de 7,1 % par rapport à janvier 2018, de 11,6 % par rapport à décembre, « ce qui souligne les conséquences néfastes de la dette croissante des ménages et des taux d’intérêt plus élevés ». Seuls Terre-Neuve-et-Labrador (–7,9 %) et le Québec (–1,9 %) ont plutôt affiché une baisse à ce chapitre entre les deux mois de janvier.