L’endettement des entreprises bat des records, selon une étude

Environ 4000 milliards de dettes obligataires arriveront à échéance d’ici trois ans et obligeront leurs entreprises à les rembourser ou à les refinancer dans un contexte moins favorable.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Environ 4000 milliards de dettes obligataires arriveront à échéance d’ici trois ans et obligeront leurs entreprises à les rembourser ou à les refinancer dans un contexte moins favorable.

Dix ans de croissance économique et de taux d’intérêt exceptionnellement bas ont conduit à un endettement record des entreprises dans le monde. Or, près du tiers de cette dette majoritairement de mauvaises qualités devra bientôt être renégocié, alors que la croissance s’essouffle et que les taux d’intérêt remontent.

« L’encours mondial d’obligations émises par des entreprises non financières a atteint un niveau record proche de 13 000 milliards de dollars américains à la fin de 2018 », a rapporté lundi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) lors du dévoilement d’une étude sur le sujet. Ce total est deux fois plus élevé qu’avant le début de la crise financière de 2008, même en tenant compte de l’inflation.

Près de 80 % de ces titres de dettes (10 200 milliards) ont été émis dans les pays riches — dont 35 % par des compagnies américaines et 20 % par des entreprises européennes — où le volume d’emprunts obligataires a ainsi augmenté de 70 % en dix ans. Ne comptant toujours que pour le cinquième du total, avec 2800 milliards, les pays en voie de développement ont néanmoins multiplié ainsi cette forme d’endettement par quatre, à la faveur notamment des entreprises chinoises qui n’y avaient presque pas recours jusqu’en 2008 et qui en ont désormais pour presque 600 milliards en circulation.

Encouragées à s’endetter

Le recours croissant à cette forme d’emprunt par les entreprises a été encouragé par les pouvoirs publics, qui y voyaient une bonne façon de se financer à long terme, note l’OCDE. Il cadrait bien aussi avec les programmes d’achat massif d’actifs des banques centrales comme façon d’injecter des liquidités dans l’économie. On estime, par exemple, que les émissions obligataires des entreprises des pays en développement auraient été deux fois moindres, de 2009 à 2013, n’eussent été les programmes d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine.

Le maintien des taux d’intérêt à des niveaux extraordinairement bas par ces mêmes banques centrales depuis dix ans, la soif de rendement des investisseurs et une insouciance grandissante aux risques financiers à mesure que s’effaçait la mémoire de la crise financière ont fait le reste, expliquaient dans un blogue des économistes du Fonds monétaire international en novembre, dans la foulée de la publication du Rapport sur la stabilité financière dans le monde du FMI. Le problème, observaient-ils, est que cet endettement croissant des entreprises a souvent servi au financement d’acquisitions et de rachats d’actions ainsi qu’au versement de dividendes aux actionnaires, plutôt qu’à des investissements susceptibles d’améliorer la productivité des entreprises.

L’autre problème, dit l’OCDE dans son rapport, est que la solidité des assises financière des entreprises qui émettent des obligations va en déclinant. En 2008, moins du tiers (30 %) des nouvelles obligations se situait tout juste à la limite en dessous de laquelle ces titres auraient été considérés comme spéculatifs et donc hors jeu pour les grands investisseurs institutionnels tels que les caisses de retraite. L’an dernier, elles étaient rendues plus de la moitié (54 %) à n’être qu’à une décote par les agences de notation de passer pour des « obligations de pacotille », « ce qui représente un pic historique », relèvent les auteurs du rapport.

Or, l’avenir s’annonce plus compliqué pour toutes ces entreprises qui ont beaucoup emprunté, poursuit l’OCDE. Les banques centrales ont entrepris une lente remontée de leurs taux d’intérêt. L’économie mondiale donne des signes d’essoufflement. L’escalade de la tension commerciale entre les États-Unis et le reste du monde, l’issue incertaine des négociations du Brexit et le ralentissement de la croissance en Chine ne font rien pour améliorer les choses.

S’il fallait qu’un choc financier similaire à celui de 2008 se reproduise, plus de 500 milliards en obligations de sociétés basculeraient dans l’année dans le marché des titres de catégorie spéculative où les investisseurs se font plus rares et beaucoup plus gourmands.

Les pays en développement

Mais même si une pareille catastrophe ne survient pas, environ 4000 milliards de dettes obligataires arriveront à échéance d’ici trois ans et obligeront leurs entreprises à les rembourser ou à les refinancer dans un contexte moins favorable. Le défi s’annonce encore plus grand dans les pays en voie de développement, où ce sont presque la moitié (47 %) de toutes les obligations qui arriveront à leur terme.

L’OCDE ne s’arrête pas au cas du Canada dans son rapport. Lors de sa dernière Revue du système financier, la Banque du Canada brossait un portrait plutôt rassurant de la situation tout en soulignant l’accroissement de la dette et la « chute marquée » des revenus dans les secteurs pétrolier et minier. Globalement, le niveau d’endettement des entreprises canadiennes reste dans la moyenne des vingt dernières années, disait-elle, et « rien n’indique un accroissement de la part de la dette détenue par des entreprises présentant un bilan précaire ».