Les «petits boulots» atypiques, responsables des faibles hausses de salaires?

Au total, les deux tiers des Canadiens adultes disent se prêter actuellement à au moins une activité atypique payante et autre petit boulot, comme l’entretien ménager (9,2%), l’entretien paysager (6,8%), les services à des personnes âgées (4,1%), la garde d’enfants (4,1%) ou la promenade de chiens (4,1%).
Photo: iStock Au total, les deux tiers des Canadiens adultes disent se prêter actuellement à au moins une activité atypique payante et autre petit boulot, comme l’entretien ménager (9,2%), l’entretien paysager (6,8%), les services à des personnes âgées (4,1%), la garde d’enfants (4,1%) ou la promenade de chiens (4,1%).

La garde d’enfants, l’aide à la rénovation, l’entretien ménager, le dépannage informatique, les chauffeurs d’Uber et autres « petits boulots » rémunérés comptent pour l’équivalent de 700 000 emplois à temps plein au Canada et pourraient être en partie responsables de l’étonnante faiblesse de la hausse des salaires au pays, estime une étude (en anglais).

Le phénomène a toujours existé et on le disait en hausse avec l’explosion des plateformes numériques mettant en contact les travailleurs et les clients, mais il restait à le mesurer. Des chercheuses de la Banque du Canada se sont attelées à la tâche en introduisant des questions sur le sujet dans les enquêtes nationales réalisées périodiquement sur l’emploi au pays. Elles ont notamment appris que plus du tiers des personnes qui disent occuper des « emplois atypiques », aussi appelés « petits boulots » (gig work, en anglais), « le font en raison de la conjoncture économique défavorable » et que, « à heures de travail égales, plus de la moitié […] préféreraient un emploi plus structuré, même sans augmentation de salaire », rapportent Olena Kostyshyna et Corinne Luu dans leur étude dévoilée vendredi.

Au total, les deux tiers des Canadiens adultes disent se prêter actuellement à au moins une activité atypique payante et autre petit boulot, comme l’entretien ménager (9,2 %), l’entretien paysager (6,8 %), les services à des personnes âgées (4,1 %), la garde d’enfants (4,1 %), la promenade de chiens (4,1 %), les travaux de peinture (3,3 %), la mise en ligne de contenu sur Internet (2,5 %) ou encore les services d’autopartage comme Uber (1,6 %). Cette proportion tombe à 30 % lorsqu’on exclut des activités qui n’exigent pas un travail, comme la vente de biens dans un site Internet comme eBay ou la location de son logement avec Airbnb.

Les technologies numériques sont néanmoins bien présentes dans ce monde des petits boulots, plus du tiers des travailleurs disant y utiliser, à un moment ou l’autre, une plateforme numérique. Cette proportion grimpe à 50 % chez les jeunes de 18 à 24 ans.

Pas le premier choix

Ces jeunes sont d’ailleurs deux fois plus nombreux (58 %) à occuper un emploi atypique que les personnes de 55 ans et plus (26 %), constate l’étude de la Banque du Canada. Lorsque c’est le cas, ils sont aussi plus nombreux (42 %) à trouver dans ces petits boulots leur principale source de revenus, seulement le quart de tous les autres en disant autant. À l’inverse, 62 % des personnes plus âgées disent faire cela « juste pour le plaisir », contre le tiers des 25 à 54 ans et le cinquième des plus jeunes.

En moyenne, environ 15 % disent avoir accepté ce type d’emplois faute d’un travail régulier et plus du double (37 %) pour compenser la perte d’un emploi, la réduction du nombre d’heures de travail ou la stagnation des revenus. Cette forme d’emplois est d’ailleurs particulièrement fréquente chez les travailleurs à temps partiel qui voudraient un emploi à temps plein (53 %) ainsi que chez les chômeurs (42 %), mais se retrouve aussi chez 30 % des travailleurs qui occupent par ailleurs un emploi à temps plein.

Loin d’être le premier choix, ces emplois atypiques offriraient dans 60 % des cas des salaires inférieurs aux emplois réguliers équivalents, et dans seulement 15 % des cas des salaires supérieurs. Mais il n’y a pas que les salaires qui fâchent, plus de la moitié (57 %) des gens qui les occupent, et 90 % de jeunes, affirmant qu’ils échangeraient volontiers leurs emplois atypiques pour le même travail, au même salaire, mais dans un secteur formel.

Tous ces chiffres varient grandement en fonction de l’état du marché du travail. Au Québec, où le taux de chômage est actuellement beaucoup plus bas qu’on avait l’habitude de le voir, la proportion de travailleurs adultes qui occupent un emploi atypique est inférieure à 27 %, alors que la moyenne est de 30 % au Canada, qu’elle s’élève à 33 % en Alberta et en Saskatchewan et dépasse 35 % au Manitoba.

L’impact sur les salaires

Comme cette étude est la première dans le genre au Canada, ses auteures se disent incapables de mesurer l’évolution du phénomène. Des études similaires aux États-Unis laissent toutefois entendre qu’il serait en « modeste » croissance depuis le début des années 2000. Son impact sur l’économie, notamment sur les salaires, semble toutefois bien réel, rapporte l’étude de la Banque du Canada.

En moyenne, ceux qui occupent des emplois atypiques y consacrent 43 heures par mois pour un revenu de 465 $. Même lorsqu’on exclut du calcul les 12 % de travailleurs qui disent surtout faire cela « par plaisir », on arrive à un total de temps de travail équivalant à 700 000 emplois à temps plein dont les statistiques officielles ne tiennent souvent pas compte.

Sans le savoir, le Canada profite ainsi d’une force de travail 3,5 % plus importante qu’on ne le rapporte habituellement. Cette face cachée du travail va de 2,4 % au Québec à 4,9 % en Colombie-Britannique.

« Le taux de croissance des salaires reste paradoxalement peu élevé » au Canada pour une économie où le taux de chômage est si bas, rappellent Olena Kostyshyna et Corinne Luu dans leur étude. L’une des explications de ce mystère tient « peut-être [aux] pressions à la baisse sur les salaires » exercées par tous ces emplois atypiques moins bien payés qu’on apprend, petit à petit, à mieux connaître et mesurer.