SNC-Lavalin perd 1,6 milliard

Le président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Neil Bruce
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Neil Bruce

Deux avertissements en ce sens plus tard, SNC a inscrit une lourde perte de 1,6 milliard à ses résultats du quatrième trimestre et réduit son dividende de 65 %. Manifestant sa « fatigue » de voir le nom de SNC-Lavalin composer l’actualité depuis deux semaines, le président de la multinationale promet une défense musclée dans un éventuel procès pour corruption.

D’entrée de jeu au cours d’une conférence téléphonique portant sur la publication de ses résultats financiers, Neil Bruce a déclaré : « Nous n’avons rien fait de mal ». Plutôt fatigué de voir le nom de l’entreprise faire l’actualité depuis deux semaines, le président et chef de la direction du Groupe SNC-Lavalin déplorait que « des employés innocents servent de rondelle dans un match politique » que livre l’opposition au gouvernement Trudeau depuis la manchette du Globe and Mail. Le quotidien torontois citait des sources affirmant que le bureau du premier ministre aurait fait des pressions sur l’ex-ministre de la Justice et procureure générale pour que tombent les accusations de fraude et de corruption contre SNC pour des gestes posés en Libye. Les procureurs fédéraux ont refusé à SNC le droit de bénéficier des modifications apportées au Code criminel permettant un arrangement à l’amiable en vertu d’un régime d’accords de poursuite suspendue.

« Nous n’avons pas demandé à ce que cette décision soit annulée pour que les accusations tombent », a insisté Neil Bruce, qui a enchaîné : « Avons-nous demandé au gouvernement de faire de la médiation pour nous ? Oui. » Le haut dirigeant a ajouté souhaiter une entente à l’amiable dans ce dossier, qui s’inscrirait dans l’intérêt public, mais il ne se berce pas d’illusions. À une question d’un analyste lui demandant s’il existait un plan B advenant une condamnation, M. Neil a préféré répondre que SNC se prépare à une défense vigoureuse devant les tribunaux, dans une éventuelle bataille judiciaire devant probablement s’échelonner sur plusieurs années.

Perte et revenus en baisse

Abordant les résultats financiers, la perte du quatrième trimestre s’est établie à 1,6 milliard, ou à 9,11 $ par action, contre un bénéfice net de 52,4 millions, ou de 30 ¢ l’action, au trimestre correspondant de 2017. Ses revenus se sont établis à 2,56 milliards, en baisse de 12 % sur les 2,92 milliards comptabilisés un an plus tôt.

La multinationale l’avait souligné à deux reprises ces derniers mois en autant d’avis de révision à la baisse de ses prévisions. Sa contre-performance traduit les difficultés rencontrées dans sa division Mines et métallurgie, comprenant des problèmes d’exécution d’un contrat minier au Chili, qui ont forcé l’inscription d’une perte d’exploitation sectorielle de 349,3 millions au quatrième trimestre. Dans un autre segment en difficulté, celui du Pétrole et gaz, la perte d’exploitation s’est chiffrée à 23 millions. Ici, la firme d’ingénierie a évoqué une dégradation des perspectives à court terme, imputable à divers facteurs, dont les relations intergouvernementales difficiles entre le Canada et l’Arabie saoudite.

Au total, la perte du quatrième trimestre comprend notamment une perte nette sur valeur d’achalandage de 1,2 milliard, une inscription comptable sans incidence sur la trésorerie. Ce faisant, pour l’ensemble de l’exercice clos le 31 décembre 2018, la perte atteint 1,3 milliard, ou 7,50 $ par action, comparativement à un bénéfice net de 382 millions, ou 2,34 $ par action un an plus tôt, sur des revenus en hausse de 8 %, à 10,1 milliards.

Réduction du dividende

Le carnet de commandes de SNC se chiffrait à 14,9 milliards au 31 décembre 2018. La valeur totale des contrats octroyés l’an dernier s’est élevée à 10,4 milliards, dont 2,2 milliards au quatrième trimestre, a ajouté la firme. Au chapitre des liquidités, sa trésorerie et ses équivalents de trésorerie s’établissaient à 634 millions à la fin de 2018. L’entreprise dispose également d’une capacité inutilisée de 2,1 milliards sur une facilité de crédit renouvelable de 2,6 milliards.

Ce qui n’a pas empêché SNC de réduire de 18,7 ¢, ou de 65 %, son dividende trimestriel, qui passe à 10 ¢ l’action. « Sur une base annuelle, cette mesure permettra à SNC-Lavalin de conserver un montant en trésorerie d’environ 131 millions, qui sera utilisé pour assainir son bilan et fournira à la Société une souplesse accrue. » Au passif, la dette avec recours s’élève à 2,3 milliards.

Dans ses prévisions pour 2019, SNC avance un bénéfice cible oscillant entre 3 et 3,20 $ par action. La vente d’une portion de sa participation évaluée à 2,2 milliards dans l’autoroute ontarienne 407 ETR, dans les cartes depuis six mois, reste au menu.