Coup de frein pour la croissance britannique avant le Brexit

Le gouverneur de Banque d’Angleterre, Mark Carney, a prévenu jeudi que l’économie britannique n’était «pas encore prête» à une sortie sans accord de l’UE, le pire scénario pour les milieux d’affaires.
Photo: Hannah McKay Archives Agence France-Presse Le gouverneur de Banque d’Angleterre, Mark Carney, a prévenu jeudi que l’économie britannique n’était «pas encore prête» à une sortie sans accord de l’UE, le pire scénario pour les milieux d’affaires.

La croissance britannique a drastiquement ralenti à 1,4 % en 2018, au plus bas depuis six ans, pâtissant des incertitudes liées au Brexit qui assombrissent les perspectives pour 2019.

À moins de deux mois d’une sortie de l’Union européenne à hauts risques, les chiffres de l’Office des statistiques nationales publiés lundi ont fait l’effet d’une douche froide.

Alors que le PIB du pays avait crû de 1,8 % en 2017, il a nettement marqué le pas l’an passé, en particulier au quatrième trimestre où il n’a augmenté que de 0,2 %.

Le trou d’air a été particulièrement prononcé en décembre, et ce, dans tous les secteurs (construction, production industrielle et services).

En fin de compte, la croissance annuelle a été la plus faible depuis 2012 et le pays n’aborde pas dans les meilleures conditions économiques son départ de l’UE, prévu le 29 mars.

Or le coup de frein de l’activité devrait se poursuivre au moins tout l’hiver. En janvier, l’accord sur les modalités du Brexit conclu par la première ministre britannique Theresa May avec les dirigeants des 27 autres pays de l’UE a été massivement rejeté par les députés, ce qui a épaissi encore davantage le brouillard entourant le Brexit.

Les discussions sont depuis dans l’impasse notamment autour du « filet de sécurité » irlandais. L’ambiance reste des plus tendues dans le palais de Westminster, où, coïncidence, des travaux de réfection ont dû être entrepris ce week-end après la chute d’un morceau de maçonnerie.

Prévisions de croissance à la baisse

« L’incertitude du Brexit devrait peser encore davantage au premier trimestre, il y a peu de chance de rebond pour la croissance en ce début d’année », a prévenu Paul Dales, analyste chez Capital Economics, en évoquant les perspectives des mois à venir.

Jeudi, la vénérable Banque d’Angleterre (BoE) a frappé les esprits en abaissant drastiquement sa prévision de croissance pour 2019, à 1,2 %, ce qui constituerait le résultat le plus faible depuis la fin de la crise financière internationale d’il y a 10 ans.

Le gouverneur de l’institution, Mark Carney, dont le mandat a été prolongé jusqu’en 2020 pour assurer une stabilité en cette période incertaine, a pointé du doigt « le brouillard du Brexit ». Mais la BoE a aussi expliqué une partie de ce ralentissement par la moins bonne conjoncture mondiale, de la Chine aux États-Unis en passant par la zone euro.

La croissance réduite prévue pour cette année au Royaume-Uni pourrait même être encore plus faible si le pays devait sortir sans accord de l’UE. Jeudi, M. Carney a prévenu que l’économie britannique n’était « pas encore prête » à un tel scénario, le pire pour les milieux d’affaires.

Entreprises et consommateurs dans l’attente

Dans le détail, les entreprises se sont montrées encore prudentes avant d’investir (-1,4 % au quatrième trimestre), face à l’aggravation du blocage politique. Il s’agit du quatrième trimestre consécutif de baisse de cet indicateur crucial pour mesurer l’optimisme du secteur privé, une première depuis la crise financière internationale.

Signe de cette fébrilité, le constructeur japonais Nissan a renoncé début février à assembler l’un de ses nouveaux modèles dans son usine du nord-est de l’Angleterre, un revirement qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le pays.

Mais la consommation des ménages, qui avait tenu le choc jusque-là, ne s’est pas montrée plus dynamique (seulement +0,4 %), tandis qu’un marché immobilier au ralenti a aussi pesé sur la propension à dépenser.

« L’activité britannique a clairement rétrogradé à la fin 2018 à mesure que les incertitudes économiques et politiques du Brexit ont poussé les entreprises à la prudence. Des signes indiquent aussi que les consommateurs ont été plus attentistes malgré une hausse de leur pouvoir d’achat », a expliqué Howard Archer, économiste au EY Item Club.


Un «Brexit dur» menacerait plus de 600 000 emplois dans le monde

La baisse des importations en provenance de l’Union européenne vers le Royaume-Uni en cas de « Brexit dur » menacerait à elle seule plus de 600 000 emplois dans le monde, selon une étude allemande publiée lundi.

Selon des calculs de chercheurs de l’institut IWH, se basant sur l’hypothèse d’un recul de 25 % au Royaume-Uni de la demande pour des produits européens, 103 000 emplois seraient menacés en Allemagne et 50 000 en France.

Cependant, pour les emplois concernés, « des licenciements ne sont qu’une option parme plusieurs » et les entreprises pourraient « essayer de garder les employés » en ayant recours au chômage partiel ou en trouvant de nouveaux marchés, notent les économistes.

Censé quitter l’Union européenne le 29 mars, le Royaume-Uni est en plein flou quant à la forme que prendra ce divorce historique.

Une sortie désordonnée du Royaume-Uni de l’UE, qui se traduirait notamment par l’introduction de taxes douanières, « aurait pour conséquence de désordonner les chaînes de production internationales », explique Oliver Holtemöller, coauteur de l’étude.

L’étude « se concentre uniquement sur les échanges de biens et services » et ne prend donc pas en compte d’autres conséquences du Brexit, par exemple la baisse de la propension à investir ou les effets sur les revenus des ménages.

Au total, près de 179 000 emplois dans l’Union européenne sont directement concernés par la baisse des exportations, tandis que 433 000 postes supplémentaires sont menacés indirectement, à la fois dans l’UE et dans des pays tiers.

Ainsi, quelque 59 000 emplois sont indirectement menacés en Chine chez des entreprises fournissant des firmes européennes exportant à leur tour vers le Royaume-Uni.

Au Royaume-Uni, le seul impact indirect au sein d’entreprises exportant vers l’UE des parts de biens réimportés dans le pays se chiffre à 12 000 emplois. Une étude publiée en janvier 2018 par le cabinet de recherche Cambridge Econometrics avait estimé qu’au total 500 000 postes au Royaume-Uni étaient menacés par un « Brexit dur ».

En Allemagne, l’industrie automobile, pilier de l’économie exportatrice, serait particulièrement touchée, avec 15 000 emplois. En France, le secteur des services aux entreprises sentirait le plus l’impact d’un « Brexit dur », selon les chiffres du IWH.