La Banque mondiale, vision Wall Street

L’éventuelle arrivée de David Malpass à la direction de la Banque mondiale ne pourrait qu’accélérer la perte de confiance des pays en développement envers cette institution.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse L’éventuelle arrivée de David Malpass à la direction de la Banque mondiale ne pourrait qu’accélérer la perte de confiance des pays en développement envers cette institution.

Washington le confirme. David Malpass est le candidat de la Maison-Blanche. Son passage à la présidence de la Banque mondiale, même vivement décrié, devrait se faire sans blocage pressenti, tradition oblige. Il est craint que ce sous-secrétaire au Trésor américain apporte une vision passéiste de Wall Street à la lutte contre l’extrême pauvreté dans le monde et à la problématique du réchauffement climatique touchant plus durement encore les pays en voie de développement.

Le nom de M. Malpass circulait depuis le départ précipité de Jim Yong Kim en janvier. Ce choix est loin de faire l’unanimité, les critiques le comparant à la nomination d’un ancien lobbyiste du charbon à la tête de l’Agence de protection de l’environnement. L’ex-économiste en chef de la banque d’investissements Bear Stearns — poussée par la crise de 2008 dans les bras de JP Morgan — s’est fait partisan d’une réforme de l’institution internationale et d’une intervention plus ciblée de la Banque mondiale, faisant davantage appel aux capitaux privés. Les textes d’agence rappelaient cette semaine que devant le Congrès, peu après sa nomination au Trésor, cet allié de Donald Trump estimait que les institutions internationales dépensaient « beaucoup d’argent », qu’elles n’étaient « pas très efficaces » et « souvent corrompues dans leurs pratiques de prêts ». Qu’elles sont inféodées aux multinationales, ajouteraient les altermondialistes. Le candidat américain cible également la Chine, se faisant l’apôtre d’une canalisation des interventions de la Banque vers les pays plus pauvres ne disposant pas d’un accès aux marchés financiers à des conditions non usuraires.

Un haut responsable américain s’activait mercredi à atténuer les craintes. « Nous devons faire une distinction très importante : David [Malpass] et le gouvernement américain soutiennent […] ces organisations quand elles remplissent pleinement leur mission et travaillent de manière efficace […] Les États-Unis estiment que la Banque mondiale est une institution importante pour la croissance mondiale », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse. L’aide destinée aux pays en voie de développement sera accordée « de manière plus efficace ». « Parfois, cela nécessite des réformes », a-t-il ajouté, au risque d’alimenter les accusations de néocolonialisme. Les États-Unis étant le plus important actionnaire avec 16 % des droits de vote, et principal contributeur de l’institution, « mon administration a pour priorité de s’assurer que les dollars des contribuables sont dépensés intelligemment et servent les intérêts des Américains », a martelé Donald Trump. Bref, c’est la logique « America First » qui s’appliquera.

Le processus de dépôt des candidatures doit s’ouvrir jeudi. La période s’étend jusqu’au 14 mars, pour une annonce officielle attendue vers la mi-avril. Or la nomination du candidat de M. Trump devrait couler de source, avec les pays en développement ne cumulant que 47,2 % des droits de vote au sein de l’institution. Et même si c’est 16 % contre 84 %, il est de tradition qu’Européens et Américains se partagent la présidence des institutions de Bretton Woods depuis leur création en 1944. Un Américain à la tête de la Banque mondiale, un Européen à celle du Fonds monétaire international. Les Européens voudront protéger ce privilège, d’autant que le FMI est une institution plus influente que la Banque mondiale et un acteur plus stratégique pour eux dans un contexte de crise ou de restructuration.

L’éventuelle arrivée de David Malpass à la direction de la Banque mondiale ne pourrait donc qu’accélérer la perte de confiance des pays en développement envers une institution tentant depuis la crise de se rebâtir une légitimité. Une perte mesurée dans le rapport de la Banque mondiale publié le 8 janvier, qui soulignait avec inquiétude la forte augmentation des emprunts des pays les plus pauvres, une dette de plus en plus souvent contractée auprès de prêteurs non réglementés qui, contrairement à elle, ne proposent pas de conditions de faveur. Une institution tentant, également, de valoriser sa mission face au désaveu populaire de la mondialisation et de ses institutions fondées sur le multilatéralisme.

Cette nomination s’inscrit dans une conjoncture en proie à un ralentissement économique, alors que les pays en développement ont besoin d’être accompagnés dans leurs réponses aux enjeux liés au changement climatique. L’influence de la Chine, qui a dessiné sa Banque asiatique d’investissements afin d’étendre son hégémonie, ne s’en trouvera que renforcée.