Fonds vert: 2 milliards de dollars pour réduire les GES de 2%

Le gouvernement de François Legault a déjà admis que la province ratera sa cible de réduction de 20% des GES d’ici 2020, par rapport au niveau de 1990.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement de François Legault a déjà admis que la province ratera sa cible de réduction de 20% des GES d’ici 2020, par rapport au niveau de 1990.

Malgré des dépenses de fonds publics de plus de deux milliards de dollars dans des mesures de lutte contre les changements climatiques depuis cinq ans, le Fonds vert affiche un bilan de réduction de 1,8 million de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre, ce qui équivaut à une diminution d’à peine plus de 2 % des émissions du Québec.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a déposé mardi à l’Assemblée nationale les « Comptes du Fonds vert » pour l’exercice financier 2017-2018. Selon ce qu’on peut lire dans la section présentant les « réalisations concrètes » du Fonds vert, les réductions « cumulées » d’émissions de gaz à effet de serre (GES) depuis 2013-2014 se chiffrent à 1,8 million de tonnes.

Or, au cours de cette même période de cinq ans, les « dépenses liées à la lutte contre les changements climatiques » inscrites dans les différents bilans annuels du Fonds vert totalisent une somme avoisinant les deux milliards de dollars, dont 624,3 millions pour l’année 2017-2018 et 639,3 millions pour l’année 2016-2017.

Qui plus est, selon le plus récent bilan disponible des émissions de GES du Québec, soit celui de 2016, la province émettait alors 78,56 millions de tonnes. La réduction de 1,8 million de tonnes équivaudrait donc à 2,3 % de ce bilan, qui est cependant de deux années en retard sur la plus récente édition des « Comptes du Fonds vert ».

Néanmoins, à titre de comparaison, la cimenterie située à Port-Daniel, en Gaspésie, pourrait émettre jusqu’à deux millions de tonnes de GES par année. C’est donc dire que cette seule cimenterie, qui a échappé à un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, pourrait annuler toutes les réductions de GES générées jusqu’à présent par les deux milliards de dollars de dépenses du Fonds vert en cinq ans.

Surplus accumulés

Le rapport publié mardi précise par ailleurs que les « surplus cumulés » dans le volet de la lutte contre les changements climatiques totalisaient, en date du 31 mars 2018, 775,6 millions de dollars. Ce montant « représente des sommes qui n’ont pas encore été dépensées » depuis le lancement du Plan d’action 2013-2020 (PACC 2013-2020) sur les changements climatiques, mais qui ont été en grande majorité « allouées à des mesures précises », et seront donc « utilisées ultérieurement ».

Les données du nouveau bilan du Fonds vert sont cohérentes avec ce que concluait le bilan mi-parcours du PACC 2013-2020 dévoilé d’abord par Le Devoir en mars 2018, à savoir que les investissements de près de quatre milliards prévus dans le Plan d’ici 2020 permettront seulement de « stabiliser » les émissions de GES du Québec.

Le gouvernement de François Legault a déjà admis que la province ratera sa cible de réduction de 20 % des GES d’ici 2020, par rapport au niveau de 1990. Québec espère néanmoins atteindre la cible de 37,5 % pour 2030. Selon le plus récent bilan disponible, les émissions ont reculé de 9,1 %, par rapport à 1990. Les transports sont responsables à eux seuls de 43 % de toutes les émissions du Québec. Les émissions de ce secteur ont aussi augmenté de 21,9 % depuis 1990.