Des tarifs commerciaux qui ne profitent qu'aux autres

Le vice-premier ministre chinois, Liu He (au premier plan, à gauche), et le président américain, Donald Trump, avant une rencontre avec leurs négociateurs, le 31 janvier dernier à la Maison-Blanche
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le vice-premier ministre chinois, Liu He (au premier plan, à gauche), et le président américain, Donald Trump, avant une rencontre avec leurs négociateurs, le 31 janvier dernier à la Maison-Blanche

Les entreprises américaines et chinoises sont les premières victimes de la guerre des tarifs commerciaux que se livrent leurs deux pays et qui sert, notamment, les exportateurs canadiens, estime l’ONU. Les tarifs douaniers américains et les représailles commerciales chinoises ont principalement eu pour effet de plomber les exportations des deux géants au profit de leurs concurrents dans les autres pays, constate la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans une étude dévoilée lundi.

Selon les chiffres détaillés obtenus par le Devoir, cela vaut ainsi au Canada environ 5,5 milliards de dollars américains d’exportations de plus vers la Chine et un peu plus de 16 milliards de ventes supplémentaires aux États-Unis, pour un gain total d’environ 22 milliards en exportations.

Équivalant à 3,4 % des exportations canadiennes, ce gain est proportionnellement inférieur à ceux du Vietnam (+ 5 % d’exportations supplémentaires avec 7,5 milliards) ou du Mexique (+ 6 % avec 27 milliards), qui ressortent comme les grands gagnants de l’opération. Le Canada fait toutefois mieux, toutes proportions gardées, que l’Union européenne, qui accapare 70 milliards de ce commerce détourné, mais qui n’y gagne ainsi qu’une augmentation de 1 % de ses exportations.

Le résultat s’annonce tout autre pour les principaux acteurs du drame, constate l’agence de l’ONU. Instigateurs du conflit, les États-Unis de Donald Trump ne parviendront, avec leurs tarifs douaniers sur 250 milliards d’importations en provenance de la Chine, qu’à en remplacer 6 % par des produits américains, alors que 12 % de ces exportations chinoises continueront d’entrer aux États-Unis et que 82 % seront « capturés » par des exportateurs d’autres pays.

La Chine ne fera pas mieux avec ses représailles commerciales. Sur quelque 110 milliards d’exportations américaines assujetties à des contre-sanctions, seulement 5 % profiteront à ses propres entreprises, alors que 10 % continueront de venir des États-Unis et que 85 % seront désormais achetées auprès d’autres pays étrangers. Ce que cela montre, c’est que les tarifs commerciaux sont plus efficaces pour nuire aux exportations du pays visé que pour servir ses propres entreprises, a résumé dans un communiqué la responsable de la division commerce international de la CNUCED, Pamela Coke-Hamilton. Ainsi, « le commerce bilatéral entre les États-Unis et la Chine diminuera et sera remplacé par des échanges en provenance d’autres pays ».

Bien plus que des tarifs

L’agence de l’ONU se garde bien de limiter l’impact de la guerre des tarifs à ce seul détournement de commerce. Bien qu’elle ne touche, pour le moment, qu’une toute petite partie d’un commerce mondial qui s’élevait à 17 000 milliards en 2017, elle peut contribuer à une escalade du protectionnisme, à un affaiblissement des règles internationales et à une incertitude grandissante, qui menacent tous la croissance économique mondiale.

Dans ses propres analyses, la Banque du Canada a attribué en octobre à la guerre commerciale sino-américaine un impact économique global « négatif, mais peu marqué » au Canada. Elle disait toutefois aussi s’attendre à ce que l’autre guerre des tarifs déclarée les États-Unis, dans l’acier et l’aluminium cette fois, ainsi que toute l’incertitude entourant la politique commerciale américaine réduisent les exportations (-0,3 %) et l’investissement des entreprises (- 0,7 %) au pays d’ici 2020.

Les États-Unis accusent la Chine de pratiques commerciales déloyales, notamment en matière de protection de la propriété intellectuelle, d’aide à ses sociétés d’État et d’accès à son propre marché. Au terme de deux jours de négociations entre les deux pays à Washington la semaine dernière, le président Trump a estimé que « d’énormes progrès » avaient été réalisés. « Beaucoup de travail » reste toutefois à faire, ajoutait la Maison-Blanche, soulignant que les 90 jours de trêve qui s’achèveront à la fin du mois représentaient « une date limite ferme ».
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que «sur quelque 85 milliards d’exportations américaines assujetties à des contre-sanctions, seulement 5 % profiteront à ses propres entreprises», a été modifiée.