Il faudra une stratégie aérospatiale pancanadienne, plaident les machinistes

Le syndicat veut que l’appui au secteur devienne un enjeu de la prochaine campagne électorale fédérale.
Photo: Archives Le Devoir Le syndicat veut que l’appui au secteur devienne un enjeu de la prochaine campagne électorale fédérale.

Le Syndicat des machinistes va multiplier les rencontres pour que l’appui au secteur aérospatial devienne un enjeu de la prochaine campagne électorale fédérale, un effort qui n’est pas sans rappeler les consultations menées par l’ex-premier ministre Jean Charest au nom de l’industrie.

« Ça fait plus de 25 ans qu’on demande à avoir des politiques structurées de la part d’Ottawa et de Québec », a indiqué lundi David Chartrand, coordonnateur québécois de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale (AIMTA). « L’appui offert à l’industrie n’est pas structuré. Il est donné lorsqu’il y a une crise. »

M. Chartrand et le vice-président général canadien de l’AIMTA, Stan Pickthall, voient cette semaine le personnel de Bombardier, Rolls-Royce et Airbus, mais les représentants syndicaux ont aussi entamé un dialogue avec les entreprises, des chercheurs et les écoles de formation. Une demande a été faite auprès de M. Charest en vue d’une éventuelle rencontre.

Le mandat donné à l’ex-premier ministre par l’Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC) porte sur un dialogue entre la société civile, les gouvernements et les diverses entreprises du secteur.

Cette réflexion sur l’avenir de l’industrie est venue après le dévoilement des supergrappes imaginées par le gouvernement fédéral. Dans l’exercice, l’aérospatiale a été laissée de côté.

Stabiliser les appuis

Conscient du fait que des situations comme celle qu’a vécue Bombardier (le sauvetage in extremis en 2015, suivi de l’état des salaires de la haute direction, etc.) ont eu des répercussions sur la perception publique de l’industrie, le milieu syndical plaide pour une certaine régularisation des appuis offerts au secteur. Au dire de M. Chartrand, il faudrait « quelque chose de stable, quelque chose qui ne fera pas crier » la population.

Plus de 85 % des revenus du secteur proviennent de l’aérospatiale commerciale, comparativement à 12 % pour la défense et 2 % pour les systèmes spatiaux, a indiqué l’AIMTA en relayant des données du ministère canadien du Développement économique. L’industrie compte environ 208 000 emplois, alors que l’automobile en compte 123 000.

D’ici six ans, le tiers des effectifs dans le secteur seront en âge de prendre leur retraite, ce qui augmentera la pression sur les besoins en recrutement et la formation.

Recruter et financer

Parmi ses 17 recommandations, l’AIMTA suggère de :

lancer une nouvelle stratégie de recrutement « qui cible les jeunes, les femmes et les Autochtones ».

fournir un soutien « ciblé » auprès des fournisseurs que sont les PME, de « financer publiquement et directement » la recherche et le développement en misant moins sur les outils fiscaux. Avec des appuis directs, le Canada emprunterait un modèle vu aux États-Unis, en Allemagne et au Canada, selon l’AIMTA.

mettre sur pied un Fonds de l’innovation comme celui qui a été créé pour l’automobile.

augmenter les budgets spatiaux pour qu’ils se comparent aux autres pays du G7.

« Personne ne travaille ensemble. Le bras gauche ne parle pas au bras droit », dit M. Chartrand. Dans les salons aéronautiques, dit-il, des États américains se font concurrence pour séduire les mêmes entreprises.

« L’Alabama se bat contre la Caroline du Sud, la Caroline du Sud se bat contre Seattle, etc. Ils ont tous des kiosques, et chacun démolit ce que l’autre fait. La grande crainte que j’ai, c’est qu’au Canada on devienne comme ça. »

En entrevue au mois de décembre, M. Charest, dont le mandat s’appelle « Vision 2025 », a dit que l’industrie craint que « les politiques publiques ne soient pas structurées de manière à soutenir l’industrie à long terme ».

Cela dit, le secteur a du travail à faire lui aussi, avait-il reconnu. « Il va falloir aussi que l’industrie dise ce qu’elle est prête à faire, elle-même, et les efforts qu’elle fera pour continuer à être un champion canadien du secteur industriel. »