Des milliers d’emplois menacés à Barcelone après le départ d’Uber

Des chauffeurs employés par des entreprises détentrices de permis VTC ont protesté contre le décret du gouvernement catalan, plus tôt cette semaine, à Barcelone.
Photo: Lluis Gene Agence France-Presse Des chauffeurs employés par des entreprises détentrices de permis VTC ont protesté contre le décret du gouvernement catalan, plus tôt cette semaine, à Barcelone.

Trois entreprises de véhicules de transport avec chauffeur (VTC) vont supprimer 2080 emplois à Barcelone, a annoncé vendredi l’organisation patronale les représentant alors qu’entrait en vigueur une réglementation régionale restreignant leur activité.

« En ce moment, nous avons déjà des plans sociaux dans trois entreprises concernant 1000, 750 et 330 personnes en train d’être présentés ce matin » à l’administration compétente, a déclaré lors d’une conférence de presse Eduardo Martin, président d’Unauto VTC. Au total, selon Unauto, plus de 3000 emplois sont en danger dans le secteur des VTC à Barcelone.

Ces licenciements ont lieu alors qu’Uber et Cabify ont annoncé jeudi l’arrêt de leurs services de réservation de VTC à Barcelone. Initialement, ces deux plateformes opéraient comme de simples intermédiaires entre usagers et conducteurs indépendants, mais la législation espagnole a obligé les chauffeurs à disposer de licences de VTC. Les trois entreprises concernées par les licenciements, Vector Ronda, Moove Cars et Auro, possèdent la majorité de ces permis et mettent à disposition d’Uber et de ses concurrents leur énorme flotte de véhicules et leurs chauffeurs.

Or, la nouvelle législation entrée en vigueur vendredi en Catalogne oblige à réserver les services de VTC avec au moins quinze minutes d’avance, et jusqu’à une heure à Barcelone si les pouvoirs locaux le décident. La mairesse de Barcelone a d’ailleurs indiqué qu’elle le ferait.

Le décret, qui empêche également les applications mobiles d’exploiter la géolocalisation de leur flotte, fait suite à une dure grève des chauffeurs de taxi dans la deuxième ville d’Espagne. « Elle rend l’activité absolument intenable », a affirmé Eduardo Martin.

Uber sous pression dans le monde

Uber, traîné régulièrement devant les tribunaux et honni par les taxis, se voit contraint de respecter les règles des villes dans lesquelles il s’est implanté un peu partout dans le monde.

La Bulgarie a été un des premiers pays à interdire totalement Uber en juillet 2015, une décision de la Commission de protection de la concurrence, notamment au motif d’une « concurrence déloyale ».

La Hongrie a été désertée par Uber en juillet 2016, à la suite d’une loi permettant de bloquer techniquement les services Internet de tout « prestataire de services de taxi ne disposant pas d’un centre d’appel », ce qui est son cas.

Au Danemark, l’activité de VTC est illégale : une loi adoptée en février 2017 exige des chauffeurs particuliers qu’ils soient équipés d’un taximètre et de détecteurs d’occupation de sièges permettant d’activer les coussins gonflables, des conditions jugées « trop coûteuses » pour Uber, qui a abandonné en 2017.

En Allemagne, le service Uber est offert uniquement dans les villes de Munich et Berlin, le reste du pays obligeant par décision de justice tous les conducteurs Uber à acheter des licences commerciales officielles. De même, dans l’État américain de l’Oregon, Uber n’est autorisé à exercer que dans la ville de Portland. En Italie, en France, en Finlande et aux Pays-Bas, le service UberPop a été interdit ces dernières années, entre autres pour des raisons de sécurité.

À Londres, la société s’est vu retirer sa licence par l’autorité des transports de Londres, mais a obtenu en juin 2018 du tribunal de Westminster de pouvoir continuer à travailler pendant quinze mois, son comportement étant scruté de près pendant la période. À New York, les nouvelles licences pour les VTC sont suspendues depuis août 2018 par la ville, et ce, pour une durée d’un an, le temps nécessaire à l’autorité de supervision des véhicules avec chauffeur pour réaliser une étude d’impact.

En Italie, le service Uber est interdit sur l’ensemble du territoire depuis une décision du tribunal de Rome en avril 2017 pour « concurrence déloyale », une décision suspendue quelques jours plus tard en attente d’un jugement en appel.

À Bruxelles, Uber a été déclaré illégal en janvier, mais continue ses activités grâce à une décision rendue quelques jours plus tard par un tribunal francophone de la capitale, qui a indiqué que la société respectait le cadre légal bruxellois.

Uber continue toutefois de déployer ses services à travers 65 pays et 600 villes ou aires urbaines. La société basée à San Francisco, valorisée aux alentours des 100 milliards $US, a passé la barre des 10 milliards de trajets en juin 2018. Ses derniers résultats faisaient état au troisième trimestre 2018 d’un chiffre d’affaires de 2,95 milliards $US pour plus d’un milliard de pertes.