La Fed s’engage sur la voie de la «patience»

Jerome Powell
Photo: Susan Walsh Associated Press Jerome Powell

La Banque centrale américaine (Fed) a laissé les taux d’intérêt inchangés mercredi et promis explicitement qu’elle sera « patiente » pour de futures hausses de taux en raison du ralentissement de l’économie mondiale et en l’absence d’une accélération de l’inflation.

Dans son communiqué, le Comité monétaire, qui décrit l’activité économique américaine comme « solide » et non plus « forte », affirme qu’« au vu des développements économiques et financiers et des faibles tensions inflationnistes », il sera désormais « patient dans la détermination de ses futurs ajustements monétaires ». Jerome Powell, le président de la Fed, a insisté sur les trajectoires actuellement opposées entre l’économie américaine encore solide et l’économie mondiale qui ralentit, évoquant la rencontre de « contre-courants ». Pour autant, en conférence de presse, le patron de la Fed n’a pas voulu quantifier ce « temps de la patience ». « La longueur de la période où nous serons patients dépend entièrement des données économiques », a-t-il affirmé. Les taux au jour le jour se situent actuellement entre 2,25 % et 2,5 % et sont proches du taux neutre, a affirmé M. Powell.

Le communiqué ne fait pas mention des tensions commerciales alors que des négociations à haut risque se tiennent mercredi et jeudi avec une délégation chinoise pour tenter de débloquer une impasse qui a mené à une surenchère de tarifs douaniers et qui commence à inquiéter les milieux industriels. Mais le numéro 1 de la Fed a reconnu que, si elles persistaient au-delà des négociations, les tensions commerciales aboutiraient à une perte de confiance. Or « l’incertitude est l’ennemie des affaires ».

La Fed n’a pas formellement évoqué le shutdown du gouvernement (paralysie partielle des administrations fédérales), qui a miné le moral des consommateurs et obscurci la visibilité économique. M. Powell n’a en revanche pas caché qu’une seconde fermeture de l’Administration, comme le président Donald Trump en fait la menace après le 15 février, pourrait avoir un effet négatif plus durable sur l’activité économique.

Au rang des inquiétudes sur le front international, M. Powell a mentionné le risque d’un « Brexit dur », qui « perturberait très certainement l’économie du continent et certainement celle du Royaume-Uni. Et nous en sentirions les effets », a-t-il déclaré.

Autre point sensible, la Banque centrale se dit « prête à ajuster » le rythme de normalisation de son bilan. Ces actifs (plus de 4000 milliards de dollars en bons du Trésor et obligations hypothécaires) sont jusqu’ici réduits au rythme de 50 milliards de dollars par mois. Aucune décision n’a été prise sur l’évolution du rythme de dégonflement du bilan, mais cela sera discuté au cours des prochaines réunions du Comité, a indiqué M. Powell, alors que la démarche qui semble avoir un impact à la hausse sur les taux a rendu les marchés nerveux.

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