Nouveaux bureaux, nouveaux besoins pour Mila

Le Mila est une pierre angulaire de l’écosystème québécois en intelligence artificielle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Mila est une pierre angulaire de l’écosystème québécois en intelligence artificielle.

L’inauguration des nouveaux locaux de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila), effectuée en grande pompe lundi, annonce un nouveau départ, mais aussi de nouveaux besoins : l’organisation souhaite obtenir plusieurs centaines de millions de dollars supplémentaires de la part de Québec et d’Ottawa pour soutenir sa croissance à long terme.

« Ce qu’on a eu dans les dernières années, ça a été des investissements de base, de départ. Ce qui était envisagé, c’était un horizon de trois à cinq ans, ce qui est fantastique. Ça a permis l’essor du Mila, […] mais ce n’est pas suffisant », a affirmé au Devoir la présidente-directrice générale du Mila, Valérie Pisano, en marge du dévoilement des bureaux du centre de recherche, situés dans le quartier Mile-Ex, à Montréal.

Le Mila, qui constitue la pierre angulaire de l’écosystème québécois en intelligence artificielle (IA), s’est vu accorder en 2017 une enveloppe de 80 millions de dollars sur cinq ans de la part de Québec et de 44 millions du gouvernement fédéral, par l’entremise de l’Institut canadien de recherches avancées. À ces sommes s’ajoutent celles, non précisées, du secteur privé. Mais pour permettre à l’organisation de poursuivre sur sa lancée, il lui faudra beaucoup plus d’argent, note Mme Pisano.

  
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Yoshua Bengio est le directeur scientifique du Mila, dont les locaux ont été inaugurés lundi dans le quartier Mile-Ex à Montréal.

« Attirer des chercheurs à Montréal en leur disant qu’il nous reste deux ans de financement, ce n’est pas suffisant. Il faut qu’on s’inscrive dans une vision plus large et à plus long terme, dit-elle. On est dans l’ordre des dizaines et des centaines de millions. »

Le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qui a pris part à l’inauguration de lundi, se contente pour l’instant d’affirmer que les 80 millions prévus par le précédent gouvernement libéral seront bel et bien dépensés. « Nous allons continuer d’investir et nous allons mettre d’autres programmes en place très prochainement », a-t-il répondu en mêlée de presse.

Dans son rapport publié en mai dernier, le Comité d’orientation de la grappe en intelligence artificielle, mis sur pied par le gouvernement du Québec, a conclu que « les investissements annoncés ne suffiront pas à positionner le Québec en tant que leader » et qu’une enveloppe additionnelle d’environ 300 millions serait nécessaire, notamment pour pérenniser le Mila.

« C’est difficile à croire »

Lundi, plus de 200 personnes sont venues assister à l’événement marquant les débuts du Mila au 6666, rue Saint-Urbain, un édifice qui regroupe déjà les plus importantes entreprises de l’écosystème en IA. En déambulant dans les couloirs baignés de lumière qui sentent encore la peinture fraîche, le directeur scientifique de l’institut, Yoshua Bengio, s’est rappelé l’époque où il a fondé le Laboratoire d’informatique des systèmes adaptatifs, qui allait devenir l’ancêtre du Mila. C’était en 1993, « dans un petit local avec deux ou trois étudiants ».

350
C'est le nombre de chercheurs — professeurs et étudiants — actuellement associés au Mila. Ce nombre pourrait à terme atteindre 500.

« C’est difficile à croire, de voir que ça a grossi et grandi comme ça. Ça fait chaud au coeur de voir que ces rêves-là ont été portés par tant de belles personnes dans les dernières années », a-t-il souligné.

Vingt-cinq ans plus tard, le Mila regroupe 350 chercheurs — professeurs et étudiants —, ce qui constitue « la plus forte concentration mondiale de recherche et développement en apprentissage profond et par renforcement ». L’institut est aujourd’hui associé à l’Université de Montréal et à l’Université McGill, en plus d’être appuyé par Polytechnique Montréal et HEC Montréal.

« De mémoire de recteur, c’est du jamais vu, cette intensité de collaboration interinstitutionnelle », a fait remarquer le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton.

Attirer les meilleurs

Dans les nouveaux locaux, les nombreux sièges vident témoignent d’un des principaux objectifs que le Mila s’est donnés : attirer à Montréal les meilleurs talents dans le domaine de l’apprentissage automatique, afin de favoriser la recherche fondamentale, la formation d’étudiants et le transfert technologique en entreprises.

« Pour l’équipe scientifique, c’est la priorité numéro un, souligne Valérie Pisano. C’est de confirmer les prochains trois, cinq, sept professeurs et d’attendre ensuite l’effet cyclique, c’est-à-dire que ces professeurs attireront à leur tour une masse d’étudiants. »

À terme, le Mila pourrait accueillir jusqu’à 500 chercheurs, estime la p.-d.g., sans toutefois fixer d’objectif précis. « On n’a pas autant un objectif de croissance en nombre qu’un objectif d’impact », dit-elle.

Pour l’instant, près de 700 personnes sont associées au Mila, si on inclut à la fois les chercheurs, les étudiants, les employés, les entreprises en démarrage qui y séjournent et les partenaires industriels. Cette arrivée massive de travailleurs est vue d’un bon oeil par le maire de l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie, François Croteau.

« En 2007, il y a eu une délocalisation complète des 3500 emplois de l’industrie du textile qui étaient ici. On s’est retrouvé avec un quartier pratiquement vidé, rappelle-t-il. Il y a maintenant plus d’emplois créés ici qu’il y a eu de postes perdus à l’époque. »

« Il faut préserver la couleur du quartier, garder une mixité et permettre aux artistes de continuer à créer ici », ajoute-t-il, en réponse aux craintes récemment exprimées par des occupants d’ateliers d’artistes du secteur.

L’IA au service du Pacte pour la transition?

Il n’y a pas que des membres de l’écosystème en IA qui ont assisté à l’événement de lundi. Le metteur en scène Dominic Champagne, qui a lancé l’automne dernier le Pacte pour la transition, était également présent, pour discuter d’une possible collaboration avec le Mila. Il veut s’associer à l’institut pour développer une « boussole environnementale » qui permettrait de guider les choix environnementaux des citoyens. L’intelligence artificielle permettrait notamment de faciliter l’analyse du cycle de vie des produits ou l’empreinte environnementale de différentes actions. « Avec la qualité du travail qui se fait ici, on espère développer la plus belle synergie possible », a-t-il expliqué.